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Les Turcs sont à la mode

Publié le 03/06/2020 à 08h59 - AFP

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La Ligue 1 Conforama et la Domino’s Ligue 2 n’ont jamais compté dans leurs rangs autant de joueurs turcs.

Les clubs français, à l'image du LOSC et du Havre AC, ont ces derniers temps recruté en Turquie, un « vivier de bonnes affaires » où les jeunes footballeurs sont déjà « habitués à supporter la pression » du public et des médias. L'aubaine économique et sportive ravit aussi les dirigeants turcs.

Longtemps, il n'y eut parmi leurs représentants que Mevlüt Erding, l'attaquant aux parents installés en France, auteur de 92 buts en Ligue 1 Conforama et présent sur plus d'une décennie dans le paysage footballistique français.

Cette saison, ils étaient quatre internationaux installés dans l'Hexagone et aucun d'entre eux n'a de racines françaises. Car c'est bien en Süper Lig turque que plusieurs clubs sont allés prospecter. Le LOSC, vice-champion de France en 2019, avait lancé la mode avec l'arrière droit Zeki Celik, devenu depuis un indiscutable en sélection. L'ancien joueur d'Istanbulspor, désormais 23 ans, a donné une telle satisfaction à son entraîneur Christophe Galtier que le club nordiste a fait tapis cet été pour attirer un autre international, le milieu offensif Yusuf Yazici, 23 ans, en provenance de Trabzonspor. Alors qu’il s’imposait chez les Dogues (1 but et 4 passes décisives en l’espace de 3 matchs fin octobre – début novembre), le gaucher a vu sa saison s’arrêter sur une blessure au genou fin décembre.

« Plus armés que nos jeunes »

« On a trouvé là-bas les profils qu'on recherchait pour notre équipe », assure Galtier, séduit par leur capacité à gérer « les matchs à haute tension » malgré leur jeunesse. « Ils ont l'habitude de jouer dans des atmosphères chaudes voire hostiles, des derbies avec beaucoup de pression. Ils peuvent être plus armés que nos jeunes joueurs sur cet aspect-là, c'est précieux », analyse-t-il. « De plus, les jeunes sont exposés très rapidement médiatiquement car le football est très suivi en Turquie »

Au Havre, qui a recruté lors du dernier mercato estival Umut Meras et Ertugrul Ersoy, deux pousses de Bursaspor (ex-club de l'entraîneur des Normands, Paul Le Guen), on a décelé la même chose. « Ils sont habitués à disputer des matches dans des contextes très tendus », expliquait Pierre Wantiez, le directeur général du HAC. « Puisqu'en Domino’s Ligue 2, il faut aller au combat, on a estimé qu'ils seraient un réel renfort ».

Umut Meras, arrière gauche de 24 ans, s'avère être une bonne pioche. Il a même été titulaire lors de 5 des 6 derniers matchs de l’équipe de Turquie. Ersoy compte, lui, 2 capes mais n’a plus été appelé depuis fin 2018. Pour se relancer, il a privilégié le club de Le Guen aux offres de Galatasaray, Fenerbahçe, Anderlecht ou même Augsbourg en Allemagne, pays où nombre de ses compatriotes ont trouvé un point de chute par le passé.

La France, eldorado rêvé pour les joueurs turcs ? Pas si simple, toutefois. « Ils doivent prendre la mesure de notre championnat qui est beaucoup plus dur athlétiquement et plus homogène. On a l'image des derbies turcs où il y a beaucoup plus d'intensité, mais il y a un écart conséquent entre le haut, le milieu et le bas de tableau, ce qui n'est pas le cas en France », avertit Galtier.

« Ambassadeurs »

En Turquie, on assure en tout cas que l'envol vers la France n'est pas un saut dans l'inconnu. « Même si le championnat français reste moins connu que les championnats allemand ou anglais, il est de plus en plus qualitatif et suivi en Turquie », souligne un responsable de la Fédération turque, d'après qui les paillettes du PSG ne laissent pas insensibles de part et d'autre du Bosphore. « Nous avons de très bons jeunes et, pour les clubs européens, la Turquie est devenue un vivier où ils peuvent faire de bonnes affaires », poursuit-il, sous couvert d'anonymat. D'autant plus que les clubs locaux, fragilisés par l'effondrement de la livre turque depuis trois ans et qui ont dépensé sans compter ces dernières années pour attirer des stars européennes sur le déclin, doivent souvent se séparer de leurs prodiges pour échapper aux sanctions liées au fair-play financier.

Le dirigeant préfère se satisfaire de cette fuite des talents : « Pour nous, ces joueurs sont des ambassadeurs qui permettent à tout le monde de voir la qualité de notre football. » Des ambassadeurs de « caractère, qui travaillent beaucoup et sont dans le respect des règles », abonde Galtier. « Ils veulent réussir à l'extérieur de chez eux car ils sont fiers. Et ils s'en donnent les moyens ».