Bilan

LOSC : Un jeu dogue-matique ?

LOSC : Un jeu dogue-matique ?

Bilan
Publié le 17/05 à 17:36 - Stats Perform

Partager

5e de Ligue 1 Uber Eats avant de recevoir l’Olympique de Marseille samedi (J36), le LOSC réalise une saison paradoxale sous la direction de Paulo Fonseca. Les Dogues ont toujours été et restent encore dans la course à une qualification européenne, mais le bilan comptable ne reflète pas tout à fait le jeu ambitieux prôné par le technicien portugais.

Dans la querelle entre ceux qui cherchent le jeu pour la victoire et ceux qui cherchent la victoire par le jeu, Paulo Fonseca a choisi son camp depuis longtemps et ne comptait pas changer d’avis en débarquant à Lille à l’été 2022. L’entraîneur portugais qui a déjà officié au FC Porto, au Shakhtar Donetsk et à l’AS Rome a toujours souhaité évoluer avec une équipe prête à prendre des risques. « Je crois vraiment qu'on peut construire ensemble une équipe forte avec grosse mentalité, ambitieuse », affirmait-il lors de sa présentation dans le Nord. Dans les faits le pari est tenu car le LOSC est probablement une des équipes qui développe le jeu le plus abouti dans l’élite cette saison.

« L’Expected champion de France »

En termes de tirs, Lille se tient sans problème à la hauteur des leaders du championnat. Avec 518 tentatives cette saison, il n’est devancé que par le PSG (531). Idem en matière d’Expected Goals (65.1 xG pour le LOSC, 73.9 pour Paris). En défense, c’est encore mieux avec 305 tirs adverses seulement, c’est au moins 43 de moins que toute autre équipe. Pourtant les Lillois n’affichent que la 4e attaque (60 buts marqués) et la 7e défense (41 buts encaissés) de Ligue 1 Uber Eats 2022/23. Par conséquent, le LOSC se retrouve en milieu de tableau en matière de tirs convertis en buts (10e) et figure même parmi les équipes qui affichent le plus grand pourcentage de tirs adverses convertis en buts (4e avec 13.4% derrière Angers, Ajaccio et Strasbourg).

Est-ce une question de chance ou d’efficacité ? Les données démontrent en tout cas que Lille aurait pu prétendre à mieux que cette 5e place. Si l’on regarde du côté des Expected Points, modèle qui utilise les différences entre les xG pour et contre chaque équipe à chaque match pour attribuer des points et établir un classement virtuel, les Dogues seraient en tête du championnat avec 66.4 xPts devant le Paris Saint-Germain (65.2) et l’OM (63.3). C’est quasiment 10 unités de plus que ses concurrents directs pour les derniers accessits européens (Rennes 5e avec 57.7 xPts, Monaco 6e avec 55.4).

Des idées claires

Malgré ce manque de réussite, le LOSC de Paulo Fonseca ne souhaite pas déroger à ses principes fondateurs : un bloc haut, des actions construites et la volonté d’empêcher l’adversaire d’en faire. Ainsi, Lille demeure l’équipe avec le plus haut pourcentage moyen de possession en Ligue 1 Uber Eats 2022/23 (61%) : il s’agit même un record pour les Dogues sur un même exercice depuis qu’Opta analyse la compétition (2006/07). Les Lillois partent sans hésiter à l’abordage du camp adverse avec une hauteur de début de séquences à 45 mètres de leur propre but en moyenne, c’est plus que toute autre équipe dans l’élite.

La formation nordiste aime effectuer de longs enchaînements de passes, totalisant 517 séquences de 10 passes ou plus en Ligue 1 Uber Eats cette saison, seuls le PSG (746) et le Stade Rennais (521) font mieux. Le LOSC essaie surtout de neutraliser son adversaire dans ce domaine avec seulement 159 séquences de 10 passes ou plus subies, soit bien moins que tout autre club. Le travail des Dogues pour couper les lignes de passes adverses paie puisque seuls 78.3% des passes tentées par les équipes qui les affrontent trouvent un destinataire, pourcentage le plus faible en 2022/23. Sur 37.6% des ballons joués par les adversaires du LOSC, un joueur lillois effectue un pressing appuyé sur le porteur, c’est là aussi le pourcentage le plus élevé.

Des joueurs impliqués

Les Dogues ne sont pas du genre à rechigner à la tâche comme le montre les 2199 pressings exercés par Jonathan David dans l’élite cette saison, soit le 4e meilleur total. L’attaquant canadien est bien épaulé dans cette mission par Benjamin André, Jonathan Bamba ou Rémy Cabella notamment. Ce dernier est ainsi le joueur qui récupère le plus de ballons dans les 30 derniers mètres (30 – à égalité avec Amine Gouiri du SRFC). Ce travail a par exemple porté ses fruits contre le Toulouse FC en mars, lorsque les Lillois ont poussé le TFC à la faute, permettant à Mohamed Bayo d’en profiter pour inscrire le but du 2-0.

Dans la construction du jeu, chaque joueur occupe un rôle assez précis. Benjamin André est souvent au départ de la séquence (32 d’entre elles se sont terminées par un tir, 4e total de l’élite) et va rapidement chercher à casser une première ligne adverse grâce à ses passes (il en a tenté 382 de ce style, 3e total en Ligue 1 Uber Eats), généralement pour trouver Rémy Cabella. Son pendant au milieu de terrain, Angel Gomes, se distingue par son jeu plus direct, fait de transmissions vers le trio d’attaque et de nombreuses frappes de loin (39, le double de tout autre joueur du LOSC). Devant eux, Rémy Cabella joue le parfait métronome, surtout depuis le début de l’année 2023 où il est le joueur avec le plus de dernières passes avant un tir (65, Lionel Messi 2e avec 47) et d’avant-dernières passes avant un tir (24) en Ligue 1 Uber Eats. Sur la saison, le n°10 lillois pointe également au sommet du classement des joueurs offrant le plus de passes avant un tir (95), devant Benjamin Bourigeaud (89) et le duo Franck Honorat-Branco van den Boomen (84).

Cabella joue pour les 2 Jo

L’ancien montpelliérain est capable d’évoluer dans l’axe ou sur les ailes. Quel que soit la position, il essaiera de trouver un des 2 Jonathan (David ou Bamba) dans la profondeur ou un ailier qui tentera de faire la différence via un dribble comme Edon Zhegrova ou Adam Ounas. Dans cette configuration, Jonathan David se procure bien plus d’occasions qu’au cours de ses 2 premiers exercices dans le championnat, lui permettant d’atteindre le total de 21 buts, ce qui le place à la 3e place du classement des meilleurs buteurs de Ligue 1 Uber Eats 2022/23 et le propulse en tête des meilleurs buteurs du club au 21e siècle (55 réalisations toutes compétitions confondues).

La démonstration de ce jeu bien ficelé est intervenue lors de la réception de l’Olympique Lyonnais à la 27e journée (3-3). Au retour des vestiaires, les 11 Lillois sur le terrain touchent tous au moins une fois le ballon avant la conclusion signée Jonathan David, sur un centre de Jonathan Bamba et une avant-dernière passe de Rémy Cabella. La relation technique entre ces 3 hommes dans le système de Paulo Fonseca n’est plus à prouver : 9 des 21 buts de l’international canadien dans l’élite cette saison font suite à une dernière passe de Cabella ou de Bamba.

La rencontre contre l’OL est aussi une démonstration de la saison frustrante du LOSC où malgré 3 buts et un net avantage en matière d’Expected Goals (2.3 contre 0.8), les Dogues avaient concédé le match nul. La rencontre de ce samedi contre l’Olympique de Marseille – une autre équipe adepte du jeu de possession – est déterminante pour la lutte aux places européennes, mais c’est surtout l’ultime occasion de montrer que le projet mené par Paulo Fonseca peut voir encore plus grand.