Arbitrage

Antony Gautier : « Je veux humaniser l’arbitrage »

Antony Gautier : « Je veux humaniser l’arbitrage »

Arbitrage
Publié le 10/10 à 14:57 -

Partager

La 22e édition des Journées de l’arbitrage La Poste pour favoriser l’émergence d’une nouvelle génération d’arbitres débute ce mardi. L’occasion d’évoquer cette fonction avec Antony Gautier, le directeur de l’arbitrage français.

Pouvez-vous nous rappeler l’importance de cette 22e édition des Journées de l’arbitrage La Poste ?
Les Journées de l'arbitrage La Poste sont un événement essentiel à la promotion et la valorisation de l'arbitrage. L'objectif est simple : rendre l'arbitrage accessible à celles et ceux qui le souhaitent, en toute simplicité.

Quelles sont vos principales attentes lors de cette opération qui se déroule jusqu’au 23 octobre ?
Je souhaite que cet événement puisse susciter de nouvelles vocations, en donnant une image « humaine », bienveillante et ouverte de l'arbitrage français. J'ai un seul mot à dire aux personnes de tous âges qui seraient intéressées : « Osez ! ». Oui, osez prendre le sifflet, osez pratiquer une nouvelle activité physique et sportive, osez prendre des décisions avec intelligence, osez découvrir de nouvelles émotions sur un terrain, osez devenir des passionnés de l’arbitrage !

« Faire tomber les barrières autour de l’arbitrage »

Quelles sont les problématiques identifiées qui limitent la naissance de nouvelles vocations pour devenir arbitre ?
La problématique principale concerne évidemment le manque de respect et les incivilités. Même si ces dernières apparaissent rarement sur les terrains et en dehors de ceux-ci, elles contribuent significativement au manque d'attrait de la fonction d'arbitre et génèrent chaque saison de nombreuses démissions d'arbitres.

Outre les sanctions à disposition (cartons, suspensions…), comment faire pour affirmer l’autorité des arbitres sur le terrain ?
Au-delà d'une affirmation de l'autorité qui apparaît naturellement avec l'exercice de la fonction, je considère qu'il est essentiel de faire tomber les barrières autour de l'arbitrage, de montrer que, derrière chaque arbitre, se trouve une femme ou un homme avec une sensibilité et une personnalité. Je veux aujourd'hui humaniser l'arbitrage.

Comment faire en sorte que les décisions prises par les arbitres soient encore davantage respectées ?
C'est à mon sens une question d'état d'esprit sportif, une question de culture autour de l'arbitrage. Dans la vie en général, je pense que tout un chacun accepte toujours mieux ce qu'il comprend. Donc je veux aujourd'hui faire comprendre l'arbitrage, en transparence et avec pédagogie.

La communication faite autour de l’arbitrage avec des contenus immersifs proposés en Ligue 1 Uber Eats et également en Ligue 2 BKT est-il un moyen d’y contribuer ?
Oui, je souhaite faire comprendre l'arbitrage dans tous ses domaines techniques.

Entretenez-vous des échanges avec arbitres des autres sports collectifs ?
Bien sûr, j'échange régulièrement avec des responsables de l'arbitrage d'autres disciplines, comme le rugby ou le basketball. Il me paraît opportun d'être toujours prêt à s'inspirer des bonnes pratiques et idées qui existent dans d'autres sports, pour faire avancer l'arbitrage du football. Je suis d'ailleurs à la disposition de mes homologues des autres disciplines pour échanger sur tous les sujets.

Malgré l’utilisation de la VAR réduisant le nombre d’erreurs, travaillez-vous auprès des clubs et des joueurs sur l’acceptation de l’erreur ?
Depuis janvier 2023, j'ai souhaité que la Direction de l'arbitrage (DA) porte une démarche proactive auprès des clubs professionnels afin de créer des échanges réguliers et constructifs. En sus d'échanges au fur et à mesure de la saison, nous rendons par exemple visite aux joueurs et au staff des clubs qui le souhaitent en début de saison pour leur présenter les orientations techniques qui seront suivies par les arbitres. Même si nous ne serons pas toujours d'accord, je suis convaincu que c'est dans l'échange et le respect que nous parviendrons à faire avancer l'arbitrage en particulier, et donc le football français en général.

« Certaines décisions ne seront jamais noires ou blanches »

Plus largement, après l’annonce des consignes passées en début de saison, quels sont vos principaux objectifs pour cette saison en Ligue 1 Uber Eats ?
Les objectifs poursuivis par la Commission fédérale de l'arbitrage et la DA sont clairs : les arbitres doivent favoriser le jeu et le spectacle, en restant fermes sur les incontournables et en faisant preuve d'intelligence contextuelle sur le reste. Je souhaite un arbitrage « humain », qui exclut toute robotisation des arbitres et qui puisse tendre vers une uniformité.

Comment travaillez-vous justement pour uniformiser au mieux les décisions ?
Les arbitres sont rassemblés au Centre national du football à Clairefontaine plusieurs jours par mois pour partager certaines situations techniques. La Direction propose également de façon régulière des échanges en visio pour préciser certaines décisions. Mais il est important de savoir et de dire que certaines situations ne seront jamais noires ou blanches, mais plutôt grises. Les règles du football ont toujours été ainsi rédigées.

Avec l’arrivée de la VAR en Ligue 2 BKT la saison prochaine, comment anticipez-vous le besoin d’arbitres vidéo ?
La Direction de l'arbitrage travaille déjà depuis plusieurs semaines sur le déploiement de l'assistance vidéo en Ligue 2 BKT, en août 2024. Nous avons établi un plan de formation technique des futurs arbitres vidéo, incluant la question initiale du recrutement de ces anciens arbitres. Car le protocole de l'IFAB impose d'être ou d'avoir été arbitre au niveau professionnel pour occuper ensuite les fonctions d'arbitre vidéo. Ce plan de formation est exhaustif et exigeant, avec de nombreuses sessions de formation théorique, de formation sur simulateur ou de formation en temps réel.