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Interview

Dans les coulisses du métier d’analyste vidéo

Dans les coulisses du métier d’analyste vidéo

Interview
Publié le 13/11 à 16H22 - ADS

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Dans le staff d’Olivier Dall’Oglio, Maxime Flaman dévoile les coulisses du métier d’analyste vidéo au Stade Brestois 29. De son travail avec Romain Perraud ou Gautier Larsonneur aux centaines d’heures passées à revoir les matchs en passant par son rôle à la mi-temps, les adversaires les plus difficiles à analyser ou encore l’astuce à l’origine d’un but.

Arrivé au Stade Brestois 29 dans les bagages d’Olivier Dall’Oglio lors de l’été 2019, Maxime Flaman fait partie du staff technique du club finistérien. Celui qui a officié pendant huit ans au Dijon FCO travaille comme analyste vidéo, au service du projet de jeu d’un entraîneur réputé pour son style séduisant. Maxime Flaman estime à 200 le nombre de matchs qu’il visionne chaque saison. « Sans compter ceux que je regarde pour le plaisir », plaisante-t-il. Plongée dans les coulisses du métier d’analyste vidéo.

Comment êtes-vous devenu analyste vidéo ?
J’ai commencé le foot très tôt. C’était une véritable passion et j’y ai joué jusqu’au niveau régional. Après le lycée, j’ai suivi un cursus STAPS orienté préparation physique et, en parallèle, je passais mes diplômes d’entraîneur, jusqu’à obtenir le BE1 en même temps que mon master. Des rencontres m’ont amené à passer un DU d’analyse vidéo, ce qui m’a ouvert les portes d’un stage au Dijon FCO, où j’étais aussi bien sur la préparation physique que sur l’analyse vidéo. J’y ai fait 6 mois. C’était au moment du retour du club en Ligue 1 avec Patrice Carteron. Le club est redescendu en fin de saison et Olivier Dall’Oglio a pris les rênes de l’équipe. C’est lui qui m’a fait intégrer le staff. D’abord comme préparateur physique chargé de la réathlétisation et analyste vidéo. Comme cette dernière partie prenait beaucoup de temps, j’ai fini par m’y consacrer au bout de deux ou trois ans, notamment pour l’analyse du jeu.

« Analyser le jeu et faciliter le travail de tous »

En quoi consiste votre rôle précisément ?
Mon rôle est de répondre aux demandes du coach et du staff, en fonction de leur vision du foot. Je réponds aussi aux demandes des joueurs. Je suis un analyste du jeu. J’analyse les matchs, je découpe et je classe des images pour aider l’entraîneur à expliquer aux joueurs des choses précises. J’apporte mon œil, mon expertise, pour analyser le jeu et faciliter le travail de tous.

Comment s’organise votre relation de travail avec Olivier Dall’Oglio ?
Déjà, j’ai la chance de bosser pour un entraîneur qui s’appuie sur mes analyses, qui me fait confiance, qui est dans l’échange avec les membres de son staff. Ce n’est pas le cas partout. Dans certains clubs, les analystes vidéo sont vus comme des techniciens vidéo, chargés de découper, séquencer et monter les vidéos de match. Dans d’autres clubs, les entraîneurs vont réellement s’appuyer sur notre expertise. Pour revenir à Brest et Olivier Dall’Oglio, le coach va parfois me demander de préparer des images pour prouver un point particulier, appuyer ses propos. Et, parfois, c’est moi qui repère quelque chose lors d’une analyse en amont et je lui soumets. Ça peut être une analyse de l’adversaire ou de nos matchs. Comme je travaille avec Olivier Dall’Oglio depuis plusieurs années, ça va plus vite car je sais ce qu’il attend. Je n’ai pas forcément besoin de regarder les images avec lui pour savoir ce qu’il veut.

« Aider l’entraîneur à appliquer son projet de jeu »

A quoi ressemble une semaine type ?
Quand on joue le samedi, je revois le match à tête reposée le dimanche ou le lundi et, le lundi après-midi, on montre des séquences aux joueurs. C’est un montage vidéo qui dure entre 5 et 10 minutes selon le match. On peut ensuite axer la semaine de travail autour de certaines phases de jeu qui ont été identifiées.

C’est-à-dire ?
L’analyse du jeu permet d’orienter le contenu des entraînements dans le sens où, par rapport à ce qu’on a vu, on va mettre en place des exercices qui vont nous permettre de mieux gérer certaines situations de match, de reproduire des phases de jeu. On a un projet de jeu assez précis, qu’on a décidé avec le staff, et on aide l’entraîneur à appliquer ce projet de jeu. J’ai également un rôle sur le terrain puisque je suis présent avec le groupe lors de 5 entraînements sur 6 en tant que relais de l’entraîneur, en tant qu’œil supplémentaire. Avant et après les entraînements, je fais de l’analyse de match. Et je prépare aussi des vidéos durant les matchs pour m’en servir immédiatement.

Pouvez-vous nous expliquer ?
En France, on demande souvent aux analystes de coder les matchs en temps réel, de sorte à pouvoir montrer des images aux joueurs à la pause. Ça permet aux joueurs d’avoir un feedback visuel et pas seulement auditif, ce qui parle davantage à certains. On va pouvoir montrer aux joueurs ce qui a marché, ce qu’ils n’ont pas assez fait, les espaces à exploiter… On va pouvoir expliquer pourquoi on est en difficulté sur telle ou telle phase de jeu. Il y a une communication constante entre le banc et nous, qui sommes en tribune.

Dans quelle mesure devez-vous adapter votre travail à l’entraîneur en poste ?
Chaque entraîneur a une manière de transmettre les messages bien à lui selon sa personnalité. Chaque entraîneur a sa vision de l’analyse vidéo, sa vision du jeu… Donc il faut toujours s’adapter. Les trois entraîneurs avec qui j’ai travaillés (Patrice Carteron, Antoine Kombouaré et Olivier Dall’Oglio) avaient des approches du foot différentes. Par exemple, certains coachs cherchent à ressortir le ballon de derrière alors que d’autres préfèrent du jeu long et la recherche du second ballon. Olivier Dall’Oglio aime, lui, ressortir de derrière. Mon travail est donc de trouver des sorties de balle progressives, de se retrouver dans les meilleures positions en partant de bas.

« On a la chance d’avoir un entraîneur qui cherche à jouer »

Est-ce qu’il vous arrive de montrer des images aux joueurs durant une séance d’entraînement ?
Ça arrive, mais il faut avoir le matériel. Lorsque l’on s’entraîne au stade Francis-Le Blé, on peut notamment se servir de l’écran géant, ce qui permet de revoir une séquence immédiatement et d’en discuter.

Que montrez-vous aux joueurs par exemple ?
Plein de choses. Ça va dépendre du projet de jeu de l’entraîneur et, à Brest, on a la chance d’avoir un entraîneur qui cherche à jouer, ce qui rend mon travail d’autant plus passionnant. On peut travailler les sorties de balle, les phases arrêtées, la progression sur le terrain, la façon dont on agit en zone de finition... C’est tout un cheminement pour aller d’un but à l’autre, trouver de l’efficacité, trouver les bonnes zones pour réussir à marquer. Il faut aussi parer à une éventuelle perte de balle et travailler au mieux pour ne pas encaisser trop de buts.

Pouvez-vous nous parler de la partie de votre travail qui consiste à analyser le jeu du prochain adversaire ?
Aujourd’hui, on analyse les images de l’adversaire mais on se sert aussi de la data, pour valider un ressenti par des chiffres et avoir les grands principes de jeu d’une équipe. Chaque semaine débute par un point avec un collègue qui a créé une base de données imagées et chiffrées pour dégager une grande tendance à communiquer au staff. Le but est ensuite d’aller à l’essentiel pour que les joueurs ne reçoivent pas trop d’informations. On fait attention à ce que la durée de ces montages vidéo ne soit pas trop longue. Dans cette optique, l’analyse de l’adversaire est découpée en trois parties pour que les causeries soient le plus digestes possibles. Il y a une première session la veille du match puis deux le jour-même : une le matin et une l’après-midi.

Lorsque vous préparez une journée de championnat, combien de matchs de l’équipe adverse visionnez-vous ?
On en regarde 3 ou 4, à raison d’une heure et demie à deux heures d’étude par match. En tout, ça peut même aller jusqu’à une quinzaine d’heures de préparation. Tout ça pour montrer aux joueurs trois passages de 5 minutes ! Pour revenir à la préparation, on ne choisit pas forcément les derniers matchs de l’adversaire. On les sélectionne en fonction du système utilisé, de l’absence ou de la présence de certains joueurs… Chaque joueur amène quelque chose de différent. Par exemple, s’il y a un suspendu et deux blessés chez les titulaires habituels, on va essayer de retrouver les matchs où les joueurs en question étaient absents. Jouer contre Paris sans Mbappé et Neymar, ce n’est pas comme jouer contre Paris lorsque ces deux joueurs sont là. Mais généralement, ce sont les équipes qui changent régulièrement de système qui sont les plus difficiles à analyser.

« Si on donne trop d’infos, on perd les joueurs »

Quelle est votre recette pour conserver l’attention de tout le monde ?
Il faut être le plus concis possible, il faut donner des chiffres et il faut montrer des images parlantes. Si on donne trop d’infos, on perd les joueurs. Capter l’attention, c’est ce qu’il y a de plus compliqué. On cherche des moyens de toucher tout le monde. On fait parfois des séances vidéo par petits groupes, par ligne par exemple, ou en individuel. Le but est d’être le plus précis pour leur montrer ce qui peut les attendre pendant le match. On regarde les déplacements spécifiques de l’adversaire, les aspects récurrents de son jeu, pour « alerter » les joueurs.

Quelle est la fréquence de ces séances vidéo individuelles ?
Ça peut être toutes les semaines. Certains joueurs en sont plus friands que d’autres. Il y a des joueurs qui se regardent alors que d’autres ont plus de mal. Ceux qui analysent leur jeu viennent en discuter avec nous et je pense que c’est dans l’échange qu’on avance le plus. Plus ils se regardent, plus il y a d’échange et plus il y a de remise en question, de progression. Avec les joueurs qui souhaitent ces retours individuels, on essaie de varier les interlocuteurs au sein du staff et le nombre d’interlocuteurs pour que ce ne soit pas rébarbatif.

Quel est le dernier joueur que vous avez vu dans ce cadre ?
J’étais avec Gautier Larsonneur tout à l’heure pour lui faire un retour sur une séance qu’on a filmée hier, une séance sur les sorties de balle. On a revu les images ensemble et on a discuté de certaines choses, ses choix de passe par exemple.

Avez-vous un exemple de conseil qui a pu aider un de vos joueurs à faire basculer un match ?
A Dijon, on étudiait la façon dont les gardiens adverses sortaient avant un face-à-face avec un attaquant et on avait identifié que le gardien niçois Walter Benitez allait très vite au sol. On en a parlé avec Julio Tavares avant ce match durant lequel il s’est présenté deux fois en face-à-face contre Benitez. La première fois, il a réussi à surprendre Benitez en piquant son ballon au-dessus de lui mais ça a fini sur la barre. La deuxième fois, Benitez a adapté sa façon de sortir : il est resté debout et Julio a pu lui glisser le ballon entre les jambes ! Ça a fini au fond et c’est un match qu’on gagne 3 à 2... Si le joueur s’implique, il peut avancer plus vite grâce à ce type de détails. Ça devient un jeu entre l’attaquant et le gardien, comme sur pénalty.


« Romain Perraud est demandeur de conseils »

Parmi les joueurs brestois les plus en vue, Romain Perraud effectue un très bon début de saison…
Romain est très à l’écoute. C’est un joueur qui cherche à progresser, notamment dans son placement, il est demandeur de conseils. Il fait partie de ceux qui s’appuient sur la vidéo et il met tout de suite en application les conseils qu’on peut lui donner. Il a évolué au cours de la saison dernière. Il a vu qu’en se positionnant d’une certaine manière, il s’ouvrait plus de possibilités qu’auparavant. Il faut aussi prendre en compte qu’il arrivait d’une équipe moins joueuse (le Paris FC), on lui a demandé d’autres choses et il lui a fallu un temps d’adaptation. Sur le poste de latéral, on agit autant sur la partie offensive que défensive, c’est toute la difficulté du poste.

L’analyste vidéo a-t-il également un rôle à jouer dans le recrutement ?
A Brest, c’est davantage le cas qu’à Dijon. Le directeur sportif nous donne des orientations et c’est ensuite à nous de nous pencher sur certains joueurs pour donner notre avis. On fait ce travail pendant l’intersaison mais à force de regarder des matchs, on connaît beaucoup de joueurs et on est capable de donner un avis rapidement.

Pour terminer, quel est l’aspect de votre métier qui vous procure le plus de plaisir ?
C’est quand on parle de jeu. J’aime le jeu offensif, le beau jeu, le foot fait de passes et de déplacements… J’ai commencé à aimer le foot avec le FC Nantes de Suaudeau au milieu des années 90. J’aime ce jeu fait de déplacements, en une touche, avec des une-deux, le jeu collectif et offensif où l’on s’applique pour ressortir de derrière. Ce que j’aime, c’est discuter de jeu avec le staff, mettre des choses en place pour poser des problèmes à l’adversaire. J’aime échanger avec les autres membres du staff, avec les joueurs… Quand ces discussions fonctionnent, c’est le top et, quand ça ne fonctionne pas, ça nous permet de progresser aussi. Ce qui me plaît, c’est qu’on apprend tous les jours.

(Photo : SB29)