Interview

Ludovic Obraniak : « Hâte de voir le nouveau Jocelyn Gourvennec »

Publié le 01/08/2021 à 11:33 - ADS

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En Israël pour le Trophée des Champions, l’ex-Lillois Ludovic Obraniak évoque le LOSC-PSG de ce dimanche, de Jocelyn Gourvennec aux indispensables du LOSC en passant par un contexte local plus que familier.

Sacré en 2011 avec le LOSC, Ludovic Obraniak pose son regard sur le match entre son ancien club et le PSG de ce dimanche à Tel Aviv (20h). Présent en Israël pour ce Trophée des Champions, l’ex-milieu international polonais évoque le LOSC actuel, de la nomination de Jocelyn Gourvennec sur le banc aux indispensables José Fonte et Benjamin André. Celui qui a joué en Israël en fin de carrière revient aussi sur la ferveur du championnat local et la saison comme coach qui l’attend.

Ce dimanche soir, le LOSC affronte le PSG. Une affiche qui doit vous rappeler des souvenirs…
Forcément ! Ça me replonge dans la fin de saison 2010/2011 et le duel LOSC-PSG de l’époque. En l’espace d’une semaine, on les avait joués en championnat dans un match décisif pour le titre et en finale de Coupe de France. Marquer l’unique but de cette finale de Coupe de France a catapulté ma carrière dans une autre dimension donc c’est un super souvenir. Le PSG m’a souvent réussi. Je crois même que c’est le club contre qui j’ai le plus marqué (4 buts toutes compétitions confondues, ce qui fait du PSG sa victime favorite avec… le LOSC). Ce but en finale de la Coupe de France, on m’en parle tout le temps ! Les supporters parisiens m’arrêtent dans la rue pour me dire que je leur ai fait du mal ce jour-là et les Lillois pour me remercier ! Le titre de champion de France que vient de remporter le LOSC 10 ans après le nôtre a remis en lumière notre équipe de l’époque. Pas mal de souvenirs sont remontés ces dernières semaines !

A quel type de rencontre vous attendez-vous pour ce Trophée des Champions ?
Je m’attends à un match tendu vu les déclarations de Pochettino (l’entraîneur parisien a évoqué « une revanche contre nous-mêmes »), de certains joueurs… On sent que Paris a envie de remettre les pendules à l’heure. Et de l’autre côté, Lille doit assumer son statut de champion de France. Être champion, c’est quelque chose. C’est dur de préparer l’après mais le LOSC se doit d’être ambitieux. Il y a un devoir vis-à-vis de ce statut de champion de France. Le PSG a pas mal d’absents mais, vu leur recrutement estival, ça rééquilibre un peu les forces. En face, l’effectif du LOSC a peu bougé mais l’entraîneur a changé…

« La lumière vient souvent de Benjamin André »

Justement, que pensez-vous de la nomination de Jocelyn Gourvennec ?
Vu comment Christophe Galtier manageait cette équipe, comment il arrivait à en tirer le maximum, ce sera un vrai challenge pour Jocelyn Gourvennec de rester dans la continuité tout en imposant son identité au fur et à mesure. J’étais un peu sceptique au moment de son arrivée, pas sur ses qualités d’entraîneur car c’est un coach respecté, mais je trouvais qu’il y avait un petit décalage entre la situation du LOSC et celle de Gourvennec à ce moment-là. Mais rien ne dit qu’il ne réussira pas avec le LOSC ! Je lui souhaite bien sûr de réussir. Lors de ses premières années guingampaises et de ses premiers mois à Bordeaux, il a montré de belles choses, il avait une belle cote. Ça s’est un peu dégradé ensuite et je ne suis pas sûr que son choix de revenir à Guingamp ait été judicieux mais, depuis, il a pris du recul. Il a notamment fait une formation en management au CDES de Limoges. Il a sûrement une vision différente désormais, peut-être plus en retrait, comme un manager à l’anglaise. J’ai hâte de voir le nouveau Jocelyn Gourvennec, de voir comment il va piloter cette Ferrari qu’est le LOSC.

Quel joueur est le plus indispensable au LOSC selon vous ?
Le LOSC champion de France s’est distingué par son ossature selon moi. Le fait d’avoir prolongé José Fonte est très important pour l’équilibre et la cohésion du groupe. C’est un vrai leader, le capitaine de cette équipe. Il fallait garder une continuité. J’ai également envie de mettre Benjamin André en avant. Dans le système Galtier, c’était lui qui impulsait le tempo, qui incarnait la dimension physique du LOSC. Il a cette capacité à faire mal, à harceler l’adversaire. Il est vice-capitaine, ce qui montre aussi le rôle qu’il tient en dehors du terrain. C’est un garçon qui semble dans l’ombre mais la lumière vient souvent de lui.

« Yossi Benayoun est un demi-dieu ici »

Ce Trophée des Champions se déroule en Israël, où vous avez joué lors de la saison 2015/2016…
Je suis tellement heureux d’être ici, j’ai un rapport à ce pays qui va au-delà de l’affection, je me suis amouraché d’Israël. J’ai gardé beaucoup d’amis ici et les bruits, les odeurs, les lumières, beaucoup font remonter beaucoup de souvenirs. J’ai vécu un an extraordinaire en Israël, aussi bien en dehors que sur le terrain. Avec le Maccabi Haïfa, on avait remporté la Coupe d’Israël, ce qui n’était plus arrivé au club depuis longtemps (18 ans), un peu comme le LOSC. J’ai eu la chance de tomber dans une équipe très compétitive et j’ai eu le privilège de jouer avec Yossi Benayoun, peut-être le meilleur joueur israélien de l’histoire. C’est un demi-dieu ici. Il avait une technique en mouvement quasi incomparable. Et quand je jouais avec lui, il avait pourtant dépassé les 35 ans. C’était un joueur de classe mondiale. Il pouvait évoluer comme numéro 10, numéro 8… Il savait tout faire ! J’ai beaucoup appris à ses côtés.

Que pouvez-vous nous dire sur la façon dont Israël vit le foot ?
C’est le sport roi ici ! Dans le championnat local, il y a une ferveur spéciale, des rivalités exacerbées avec des clubs comme le Maccabi Tel Aviv, le Beitar Jérusalem, le Maccabi Haïfa… Un peu comme pour les derbys d’Istanbul, ça donne des ambiances très chaudes. Ce dimanche soir, le Bloomfield Stadium sera plein, quel bonheur de revivre ça ! J’ai joué dans ce stade avant qu’il soit modernisé mais c’était déjà une véritable bombonière, un stade en centre-ville avec les supporters proches de la pelouse, beaucoup d’écho… Ça ressemble à Tel Aviv, une ville méditerranéenne que l’on peut comparer à Marseille ou Istanbul. Ici, les gens ont le sang chaud. Quand ils s’impliquent, ils s’impliquent à fond.

Et sinon, à quoi vont ressembler vos prochains mois ?
Je continue à collaborer avec La Chaîne L’Equipe où je suis très heureux. Je suis également en train de passer mes diplômes d’entraîneur, le DES en l’occurrence. J’ai été accepté dans la promotion de cette année avec mes anciens coéquipiers Florent Balmont et Damien Perquis. Dans ce cadre, je suis devenu coach du Touquet ACFCO, qui évolue en N3. J’ai eu cette opportunité dans ce club qui voulait injecter du sang neuf. C’est super comme expérience car je touche un peu à tout, du recrutement des joueurs et des adjoints à la conception des maillots. Là, on est en pleine préparation de la saison. Les matchs amicaux commencent la semaine prochaine… Au départ, je me dirigeais vers le management mais le timing a fait que je n’ai pas pu intégrer le CDES de Limoges. Plutôt que d’attendre deux ans pour éventuellement intégrer la promotion suivante, je me suis dit que j’allais me former comme entraîneur. C’est en train de développer quelque chose chez moi qui me dit que j’ai peut-être un avenir dans cette branche-là.