Interview

Arsène Wenger : « Un changement de philosophie en Ligue 1 Uber Eats »

Publié le 18/10/2021 à 12:46 - ADS

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Parrain des journées de l’arbitrage la Poste, Arsène Wenger estime qu’il y a un changement de philosophie en Ligue 1 Uber Eats cette saison. MNM, VAR simplifiée, automatisation du hors-jeu, centres de formation pour arbitres… Entretien.

Beaucoup d’observateurs se félicitent du niveau de jeu et du spectacle affichés en Ligue 1 Uber Eats depuis le début de saison. Partagez-vous cet avis ?
Tout à fait. Il y a un changement de philosophie dans l’approche des matchs. Les équipes ont des attitudes beaucoup plus positives. Elles essaient d’aller de l’avant, de faire le jeu alors que pendant longtemps, les équipes du championnat de France faisaient surtout attention à « bien » subir, sans prendre de buts et si jamais il y avait une opportunité… Maintenant, les équipes essaient de prendre les choses en main et c’est vrai que c’est agréable à suivre.

Comment expliquez-vous ce changement de mentalité ?
Il y a des modes, des entraîneurs qui arrivent… Les équipes qui gagnent avec une philosophie positive incitent les autres. Par exemple, l’Italie a gagné l’Euro en changeant totalement de philosophie, ce qui peut avoir une influence sur les entraîneurs.

« On sent un potentiel à l’OL »

Quelles équipes de Ligue 1 Uber Eats vous plaisent le plus actuellement ?
Il y en a plusieurs dont le PSG. Le match entre Paris et Manchester City était le match qu’on attendait tous. Ce jour-là, on a pu voir que le PSG était capable de se hisser au niveau espéré. C’est le match du début de saison en France selon moi. Les joueurs du PSG sont ceux qu’on attend en premier lieu, notamment Kylian Mbappé, et il y a aussi de l’attente et de l’incertitude autour de Lionel Messi, forcément. Je trouve aussi que l’OL a une équipe intéressante sur le plan technique. Il faut plus de constance dans les prestations mais on sent un potentiel. Je m’attends aussi à ce que Lille revienne bien avec le retour de certains joueurs qui étaient blessés comme Renato Sanches ou Jonathan Bamba. J’ai vu le LOSC à Strasbourg fin septembre (1-2) et je les ai trouvés très bons. Il y a des équipes intéressantes. Ce qui me travaille un peu, ce sont les résultats des clubs français en Ligue Europa ces dernières années. Ça reste un mystère pour moi… Sinon, j’espère que des équipes comme Nice ou Rennes, qui ont un potentiel intéressant, vont provoquer des choses. Un petit peloton d’équipes qui jouent bien, qui ont du talent, du potentiel, commence à se former derrière le PSG.

On parle beaucoup de la difficulté qui sera celle du PSG à aligner Messi, Neymar et Mbappé tout en préservant l’équilibre de l’équipe. Quel est votre avis ?
C’est la crainte que tout le monde avait mais ils ont donné la réponse contre Manchester City. Il n’y a aucune crainte à avoir. A partir du moment où les trois sont en pleine forme physiquement, qu’ils ont envie et qu’ils forcent un peu leur nature, il n’y aura aucun souci. Le vrai problème dans le football, c’est de ne pas avoir le talent. Il ne faut pas se plaindre quand on a du talent, il ne reste plus que les efforts à faire !

« On pourrait avoir une transparence totale »

Pour maintenant évoquer l’arbitrage, êtes-vous favorable à la sonorisation des arbitres ?
Oui, on est dans la société de la transparence. La sonorisation viendra sans doute par étapes. Dans un premier temps, ce serait intéressant d’entendre les conversations entre l’arbitre et le VAR. Ces échanges ajouteraient de l’intérêt pour les téléspectateurs et ils comprendraient mieux les décisions prises. On pourrait ensuite relayer ça sur les écrans du stade. Peut-être que dans un deuxième temps, on pourrait avoir une transparence totale et entendre aussi les mots d’amour que les joueurs et les entraîneurs ont pour les arbitres ! Ce serait intéressant et c’est peut-être le moyen le plus efficace d’améliorer le respect et le comportement de tous les acteurs du jeu.

Ce sont des réflexions régulièrement évoquées à la FIFA, dont vous êtes directeur du développement du football mondial ?
Oui, on en parle. Mais encore une fois, il y aura un fonctionnement par étapes et la toute prochaine étape sera sans doute une explication technique de la décision prise par l’arbitre et le VAR. La deuxième étape sera une ouverture du micro entre l’arbitre et le VAR. Il y a un problème de pédagogie, d’explication des décisions, qui peut être réglé avec l’ouverture des micros.

Faut-il faire en sorte que, comme au rugby, seul le capitaine ait le droit de s’adresser à l’arbitre ?
C’est déjà le cas dans les règles du foot mais ce n’est pas vraiment respecté (rires). La psychologie est différente. Au rugby, il y a plus de moments d’arrêt, d’explications aux joueurs. Au football, l’intervention de l’arbitre est ressentie comme une interruption de la fluidité du jeu et le joueur n’aime pas beaucoup ça. On a des progrès à faire et il faut travailler ça dès le plus jeune âge.

« On songe à faire une VAR simplifiée »

Que pensez-vous de la situation de l’arbitrage dans le sport amateur ?
Honnêtement, je suis admiratif de ces arbitres. Quand on voit certaines choses se passer dans le foot amateur, c’est inexcusable et on se demande comment les arbitres trouvent la force de revenir sur le terrain le week-end d’après. Il faut être impitoyable. Mais je suis hors du monde amateur depuis tellement longtemps que je ne me sens pas tellement compétent pour exprimer mon point de vue. Il y a des ligues plus faibles que d’autres, des ligues où il y a moins de problèmes qu’ailleurs, il faut faire un effort là-dessus.

Quelles initiatives pourraient être prises pour sensibiliser les plus jeunes ?
Il y a un travail à faire au niveau de l’éducation. Peut-être qu’il faudrait que les jeunes aient l’occasion d’arbitrer pour qu’ils se rendent compte de la difficulté. Il y a aussi un travail à faire sur les parents et leur comportement au bord du terrain. Il faut être intransigeant. Si les gamins respectent l’arbitre et que leurs parents non, on ne va pas aller très loin. Il y a aussi les situations où certains voient hors-jeu et d’autres non. Avec la VAR, vous pouvez trancher mais, sur un terrain où il n’y a pas la VAR, vous ne pouvez pas mettre tout le monde d’accord. C’est pour ça qu’il y a un décalage encore plus grand entre le football de haut niveau et le football amateur. On songe à faire une VAR simplifiée, qui pourrait s’appliquer aux divisions inférieures. Pourquoi la VAR n’est-elle pas accessible à tous ? Parce qu’elle coûte beaucoup trop cher.

Pouvez-vous détailler le fonctionnement de cette VAR simplifiée ?
Il faudrait au maximum trois caméras. Je ne peux pas vous en dire plus pour l’instant car on n’a pas complètement fini notre étude mais on réfléchit beaucoup sur ce thème. Aujourd’hui, on a un foot à deux vitesses au niveau technologique mais une VAR simplifiée permettrait de réduire ce fossé.

« A un moment donné, il faudra dire stop à la technologie »

Quel bilan tirez-vous de la VAR ?
Je pense que c’est devenu un élément indispensable du football de haut niveau. Si demain, on l’enlevait, plus personne ne serait content. Ça permet de prendre des décisions plus justes. Ça n’a pas tué le nombre de buts marqués, au contraire. Auparavant, des hors-jeux étaient signalés sur des situations où un joueur allait seul au but alors qu’il n’était pas en position de hors-jeu. Aujourd’hui, on laisse courir et on vérifie ensuite. La VAR n’a pas nui au côté spectaculaire du jeu. A juste titre, on reproche parfois à la VAR d’être un tueur émotionnel. On explose de joie pour apprendre une minute plus tard que le but est refusé. Mais je pense que cet argument va disparaître.

Est-ce que la technologie pourra un jour arbitrer à la place de l’humain ?
Non, la science doit nous permettre de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons mais elle ne remplacera pas l’humain. Si on en vient à avoir un arbitrage robotisé, pourquoi ne pas avoir des robots qui jouent également ? Ce qui est beau dans le foot, c’est l’humain, les incertitudes qu’il y a autour, avec un certain pourcentage d’erreurs. A un moment donné, il faudra dire stop à la technologie. Dans les expériences que nous faisons à la FIFA aujourd’hui, on peut par exemple calculée la poussée exercée lors d’un duel épaule contre épaule. Est-ce qu’on intégrerait ça dans les éléments à analyser pour décider si la poussée est trop importante et s’il y a faute ? Il faut bien s’arrêter à un moment donné et limiter le rôle de la technologie.

On parle aussi d’automatiser le signalement des hors-jeux…
En effet, cette technologie existe. Je ne me sens pas permis de vous divulguer comment ça marche mais ça marchera.

« Créer des centres de formations pour arbitres »

Dans le foot, les femmes ne représentent que 5% des arbitres alors que dans le hand ou le basket, elles sont 25%. Comment développer l’arbitrage féminin dans le foot ?
Ça passe par les joueuses. Je pense que l’explosion du 21e siècle sera le football féminin. Je suis convaincu que les joueuses et anciennes joueuses pourraient aider à développer ça, à l’instar de Gaël Angoula, qui était joueur professionnel et qui arbitre désormais. Plus globalement, Il faut favoriser l’accès à ces carrières et professionnaliser l’arbitrage. C’est une question de moyens financiers. Aujourd’hui, les filles n’ont pas les mêmes moyens financiers. Il faudra attendre un peu mais je suis convaincu que ça arrivera.

Pour terminer, par quoi passe l’avenir de l’arbitrage selon vous ?
Il faut encourager les jeunes à faire carrière très tôt, à arbitrer lors des séances d’entraînement. Peut-être qu’il faudra créer des centres de formation pour arbitres. Ça existe dans certains pays aujourd’hui. Récemment, j’étais à Doha, au Qatar, et j’ai vu ce type de centres de formations. J’ai pu assister à certains cours et c’était très intéressant comme démarche.