Interview

Mevlüt Erding : « Le PSG est devenu le plus grand club du monde »

Publié le 21/10/2021 à 09:12 - A. Di Stasio

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Avant OM-PSG, l’ex-attaquant parisien Mevlüt Erding évoque ses souvenirs de Classicos, le PSG actuel, son admiration pour Christophe Galtier mais aussi Cengiz Ünder et Burak Yilmaz, ses anciens coéquipiers en équipe de Turquie.

Au programme de ce week-end : OM-PSG ! Une affiche qui doit vous évoquer des souvenirs…
La première chose qui me vient à l’esprit, c’est la pression, mais la bonne pression. J’étais un jeune joueur lorsque j’ai disputé des Classicos. Ça me rappelle aussi mes jeunes années à Sochaux. J’étais supporter du Paris Saint-Germain et quand on regardait les Classicos au centre de formation, il y avait une sacrée ambiance. Dans la salle TV, on faisait deux camps. Tous ceux qui étaient pour Paris s’asseyaient d’un côté et ceux qui étaient pour l’OM s’installaient de l’autre. Plus tard, quand j’ai eu la chance de jouer ces matchs, je repensais à cette époque et je me disais qu’il fallait que je me donne à fond, que c’était un rêve d’enfant qui se réalisait. Et j’ai même eu la chance de marquer !

Justement, où placez-vous ce but parmi les grands moments de votre carrière ?
J’ai pas mal de beaux souvenirs mais, en France, c’est le meilleur (victoire 2-1 en novembre 2010). Marquer contre l’OM au Parc des Princes, dans un stade chaud bouillant… Tous les jours de la semaine qui a suivi, on m’a parlé de ce but. Même le coach, Antoine Kombouaré, qui a été un grand joueur de Paris, me taquinait. Je me rappelle qu’après ce match, je n’avais pas pu dormir de la nuit.

« Le PSG d'aujourd'hui fait rêver »

La préparation de ces matchs entre le PSG et l’OM était-elle différente de celle des autres matchs ?
Lors de la semaine précédente, on analysait peut-être encore plus le jeu de l’équipe adverse. Et pour nous, les attaquants, c’était tendu. Il y avait beaucoup de concurrence et tout le monde avait envie de jouer, évidemment. Avec Guillaume Hoarau, on s’entendait si bien et on était si motivés que ça s’était passé parfaitement pour nous ce jour-là. On gagne et on marque tous les deux, Nenê nous donne les deux buts… Extraordinaire. Peut-être que les gens ont oublié ce Classico mais, moi, je ne l’oublierai jamais. A cette époque, c’est souvent l’OM qui gagnait…

Depuis la Turquie, où vous évoluez depuis 2017, continuez-vous à suivre le PSG ?
Bien sûr, de très près. Je regarde souvent les matchs et je suis toujours en contact avec Leonardo. Je suis parti de Paris en très bons termes avec « Leo ». Je lui ai d’ailleurs écrit pour le féliciter lorsqu’il a recruté Lionel Messi. Le PSG est devenu le plus grand club au monde ! C’était mon rêve de gamin que le PSG arrive à ce niveau. Quand on regarde le PSG actuel, on croirait une équipe créée sur Football Manager. Quand j’étais gamin et que j’y jouais, au début des années 2000, je prenais presque tout le temps Paris. C’est pour ça que je connaissais tous les joueurs, de Ronaldinho à Vampeta. Je peux vous citer tous les joueurs de l’époque. D’ailleurs, je joue encore à Football Manager à presque 35 ans ! Mais pour revenir à Paris, le PSG d’aujourd’hui fait rêver. Ça me fait penser aux Galactiques du Real Madrid.

Comment voyez-vous le match OM-PSG de dimanche ?
Si je suis lucide, je vois Paris gagner. L’OM va être à bloc devant son public mais le PSG reste un cran au-dessus, tout le monde le sait. Aujourd’hui, le PSG domine en France comme le Bayern Munich en Allemagne. Je vois Paris gagner et quand je parle de ce match avec mes amis marseillais, il y a de la peur chez eux. Le PSG est trop fort. Et comme c’est un Classico, les joueurs parisiens seront forcément motivés, surtout qu’ils vont récupérer Messi et d’autres joueurs…

Plus globalement, quel est votre regard sur la saison du PSG ?
Même s’ils ont perdu contre Rennes, ils restent largement devant au classement, ce qui leur permet de n’avoir aucune pression avant ce déplacement à Marseille. De l’extérieur, ce PSG paraît trop fort. Mais c’est une équipe tellement extraordinaire sur le papier qu’il y aura forcément des critiques. Je vis en Turquie et, ici, on parle du PSG comme on parle du Bayern, du Real Madrid… Voilà ce qu’est devenu le PSG. En France, on souligne peut-être les défauts plus qu’ailleurs mais ce n’est pas le cas partout. Avec Messi qui n’a pas gagné la Ligue des champions depuis quelques années, ça peut faire mal. S’il a signé à Paris, c’est pour la gagner en fin de saison.

« Cengiz Ünder s’est réveillé »

Cette saison encore, plusieurs Turcs évoluent en Ligue 1 Uber Eats, que ce soit les Lillois Burak Yilmaz, Zeki Çelik et Yusuf Yazici ou encore Cengiz Ünder à l’OM. Quelle est l’image du championnat de France en Turquie ?
Ici, on suit beaucoup la Ligue 1 désormais. Par exemple, j’étais en mise au vert avec mon club de Kocaelispor samedi dernier et, avec tous les joueurs, on a regardé Lyon-Monaco. Les matchs du championnat de France sont diffusés en Turquie et tout le monde suit le LOSC et l’OM parce que Cengiz Ünder y réalise de bonnes performances. Les Turcs sont très patriotes donc ils suivent leurs joueurs. Quand je jouais en France, j’étais le seul Turc du championnat mais tout le monde me connaissait en Turquie. C’est un pays de football. Quand il y a des Turcs dans un championnat aussi important que la Ligue 1 Uber Eats, les gens s’y intéressent de très près.

Vous avez longtemps joué en sélection avec Burak Yilmaz. Avez-vous été surpris de le voir s’imposer et jouer un rôle de leader à Lille si vite ?
Non, c’est un leader né, un capitaine né. Un joueur qui emmène son équipe avec lui, qui va presser. J’ai parfois joué avec lui en équipe de Turquie mais je trouve qu’il est meilleur lorsqu’il est seul devant. Il est très imposant et il prend beaucoup de place. C’est un super joueur. A chaque match, il motive les autres, quel que soit l’adversaire. Et quand il est arrivé à Lille, il a annoncé que c’était pour être champion. C’est quand même incroyable de dire ça en début de saison alors que le PSG est le grand favori. Ça montre l’état d’esprit et la force de caractère de Burak Yilmaz. C’est lui qui a emmené le LOSC au titre. Il a surmotivé ses coéquipiers, avec l’aide de Christophe Galtier bien sûr, un meneur d’hommes extraordinaire. Ça a bien collé entre Burak et Christophe, le coach a dû adorer son caractère. Même si Burak ne devait pas beaucoup parler français à son arrivée, le football n’a pas de langue, c’est universel. Par un geste, un appel de balle, tu peux te faire comprendre. C’est important de communiquer sur le terrain mais, parfois, il n’y a pas besoin de parler. Ça s’est encore vérifié avec Burak. Comme son surnom l’indique, c’est le « kral », le roi, et il est encore perçu comme tel en Turquie.

Quelle est votre relation avec les autres Turcs du championnat ?
Je les connais tous ! J’ai été en sélection avec Yusuf Yazici et Cengiz Ünder, des super mecs. Zeki Çelik, je l’ai eu au téléphone quand il a signé à Lille. Un ami en commun qui vit à Lille et qui aidait Zeki au moment de son installation nous a mis en relation pour que je lui explique quel genre de coach était Christophe Galtier, comment ça jouait en France, comment s’adapter… Je suis content de sa réussite. Aujourd’hui, c’est un des meilleurs latéraux du championnat.

Cengiz Ünder réalise une belle saison avec l’OM alors qu’il manquait de régularité ces dernières années. Que s’est-il passé selon vous ?
Il s’est réveillé en arrivant à Marseille, peut-être grâce à l’environnement, aux supporters… Ça ne me surprend pas de le voir réussir à l’OM. Cengiz, on l’a vu arriver très tôt en sélection, c’est un phénomène. Il frappe pied droit, pied gauche, il élimine facilement…

« Si je deviens coach un jour, c’est sur Christophe Galtier que je prendrai exemple »

Vous avez connu Christophe Galtier à l’époque où il était adjoint à Sochaux en 2006/2007 puis comme entraîneur principal à Saint-Etienne entre 2013 et 2015. Avez-vous observé une évolution chez lui ?
A Sochaux, il était très proche des joueurs en tant qu’adjoint. Il savait ce qui passait par la tête des joueurs, ceux qui jouaient comme ceux qui ne jouaient pas. C’est ce qui fait sa force. Il est devenu coach numéro 1 à Saint-Etienne et c’était un peu bizarre au moment de le retrouver. Il fallait que je l’appelle « coach » alors que j’avais l’habitude de l’appeler « Christophe » lorsqu’on était ensemble à Sochaux et que c’était l’adjoint d’Alain Perrin. Parfois, ça m’échappait mais il ne m’en voulait pas (rires) ! Christophe Galtier, c’est quelqu’un d’extraordinaire dans les relations humaines. Il connaît les joueurs sur le bout des doigts. Il s’intéresse à toi, ta famille, ta vie, tes séances d’entraînement, tout ! Ce qui est bien avec Christophe, c’est que tu peux aller frapper à sa porte si tu as un problème. Pour moi, c’est l’un des meilleurs coachs français, peut-être même l’un des meilleurs coachs du monde. Il mérite d’être en haut.

C’est le coach qui vous a le plus marqué ?
J’ai eu beaucoup de coachs, notamment Fatih Terim, qui est une légende en Turquie, mais Christophe Galtier reste mon modèle chez les entraîneurs. Si je deviens coach un jour, c’est sur lui que je prendrai exemple.

Vous attendiez-vous à le voir remporter le championnat de France avec le LOSC ?
Il avait déjà fait du très bon travail à Saint-Etienne. L’ASSE était un club qui jouait souvent le maintien, qui était même en Ligue 2 au début des années 2000, et il a réussi à redresser le club, à toujours finir 4e ou 5e, toujours à la limite de la Ligue des champions. A Lille, il avait un meilleur effectif et le LOSC a été champion. Ça ne m’a pas du tout surpris. Et même si Nice a perdu son dernier match de championnat, je suis sûr qu’il réussira là-bas aussi, je n’ai aucun doute. C’est un vrai coach, un entraîneur qui a la classe, que ce soit quand il parle aux médias ou aux joueurs. Il a même la classe quand il s’énerve !

C’est-à-dire ?
Je me rappelle d’un jour à Saint-Etienne où il m’avait convoqué avec l’autre attaquant de l’équipe, Ricky van Wolfswinkel. Il nous avait passé une soufflante dans son bureau... Il nous avait dit qu’on n’était pas assez performants et ça nous a réveillés ! La semaine suivante, l’un de nous deux avait marqué. Quand ça se passait bien, il nous parlait et quand ça allait moins bien, il nous parlait aussi. C’est ce que fait un bon coach pour gérer son groupe.

L’été dernier, le Stade Rennais a recruté un jeune gardien turc, Doğan Alemdar. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce joueur de 18 ans ?
Pour être honnête, je le connais peu mais, en Turquie, c’est un très grand espoir. Tout le monde était très content lorsqu’il a signé à Rennes, moi le premier puisque c’est mon ancien club. On connaît la formation rennaise, la bonne gestion des jeunes… Dans deux ans maximum, ce sera le gardien titulaire. Il lui faut un peu de temps pour apprendre la langue, s’acclimater au championnat, mais vous verrez que c’est un très bon gardien. Ici, c’est un grand espoir, il n’avait que 17 ans lorsqu’il a commencé à jouer avec Kayserispor. Rennes se trompe rarement.

« Un retour à Sochaux me tente beaucoup »

Vous totalisez 92 buts en Ligue 1 Uber Eats. A 34 ans, est-ce un objectif de revenir en France pour atteindre la barre des 100 buts ?
Pas spécialement. Quand j’ai ces chiffres sous les yeux, je me dis que c’est dommage de ne pas être allé jusqu’à 100 buts mais, franchement, je n’ai aucun regret, j’ai tout donné. Avoir mis 92 buts en Ligue 1, ça reste pas mal ! Je vais bientôt fêter mes 35 ans donc je ne me vois pas revenir en France. Le niveau est vraiment élevé en Ligue 1, je me mentirais à moi-même.

Si la Ligue 1 Uber Eats n’est pas dans vos plans, est-ce qu’une aventure en Ligue 2 BKT pourrait vous tenter ? Pourquoi pas du côté de Sochaux, votre club formateur ?
Ah ça, ça me tente beaucoup ! Mon ancien coéquipier Omar Daf fait du très bon boulot à Sochaux. On a un peu discuté ensemble cet été mais ça ne s’est pas fait. Franchement, je suis content que Sochaux soit 2e du classement et joue la montée. Je les vois monter en fin de saison. Ça me fait plaisir de les voir à ce niveau car Sochaux, c’est un club qui doit être en Ligue 1. C’est une ville qui respire le foot. Quand je pense à Sochaux, je pense au Stade Bonal plein avec 20 000 personnes, c’était magnifique. Sochaux est un bon petit club, il faut qu’ils remontent en Ligue 1 !