Interview

Steve Mounié : « J’observe comment Cristiano Ronaldo attaque les ballons »

Publié le 02/12/2021 à 14:39 - Arnaud Di Stasio

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Ses modèles Ronaldo et Drogba, sa technique décryptée, son adaptation face au vice, ses bêtes noires, ses demandes aux centreurs... Entretien 100% jeu de tête avec Steve Mounié, l’attaquant du Stade Brestois 29.

Depuis le début de votre carrière professionnelle, vous avez marqué 70 buts. En enlevant les deux pénaltys que vous avez inscrits, ça fait 68. Est-ce que vous avez une idée du nombre de buts que vous avez inscrit de la tête ?
Je dirais… 25 ?

C’est plus que ça ! 34, soit pile la moitié !
(Rires) Je ne savais pas que j’en avais mis autant de la tête. Pourtant, je me souviens de presque tous mes buts. Mais c’est bon à savoir, ça veut dire qu’au total, je ne suis plus si loin des 100 buts !

Pour beaucoup, il n’est pas naturel de jouer de la tête. Est-ce que ça vous a toujours plu ?
Oui, j’ai toujours aimé ça. Petit, je jouais dans un city stade de mon quartier de Perpignan, Saint-Assiscle, et le père d’un ami, que je considère comme mon oncle, m’entraînait avec d’autres enfants dont mon frère. Il nous faisait travailler notre jeu de tête tour à tour et, après chaque tête, il nous disait : « Là, tu m’as fait une tête de CFA… Là, tu m’as fait une tête de Ligue des champions… » Avec moi, c’était souvent des têtes de Ligue 1 ou de Ligue des champions. J’ai toujours eu ça en moi. La plupart des enfants n’aiment pas recevoir le ballon mais, moi, je n’ai jamais eu peur du ballon. Et, en plus, je gardais toujours les yeux ouverts. C’était quelque chose d’instinctif pour moi. Il y a certains joueurs à qui tu peux répéter pendant 50 ans de faire attention à garder les yeux ouverts, ils n’y arriveront pas ! Ce n’est pas quelque chose qui s’apprend.

« Je marquais sur corner à tous les matchs »

En classe comme au foot, avez-vous toujours été l’un des plus grands ?
Pas toujours, mais c’est sûr que je n’étais pas le plus petit ! Entre 13 et 14 ans, j’ai eu une grosse poussée de croissance et j’ai pris presque 15 centimètres. D’ailleurs, c’est à ce moment-là que Montpellier me repère. Je jouais en 14 ans fédéraux avec mon club de Perpignan Méditerranée. On avait décroché la montée et j’avais été monstrueux de la tête. C’était une boucherie. Je marquais sur corner à tous les matchs. On avait un bon tireur de coups de pied arrêtés, ce qui m’aidait à écrabouiller tout le monde de la tête !

Vous marquiez également lorsque vous jouiez en position de numéro 6 ?
C’est une connerie ça. Quelqu’un a balancé ça une fois et ça a été repris par tous les journaux. Ça faisait sans doute une belle histoire mais c’est complètement faux. Dans ma vie, j’ai joué une seule fois en 6 parce qu’il fallait dépanner l’équipe. Mais non, j’ai toujours joué attaquant.

Tout à l’heure, vous parliez d’instinct. Pour ce qui est de ce qui s’apprend, comment avez-vous fait évoluer votre technique au fil de votre carrière ?
Le timing, c’est instinctif. Pour le reste, j’ai dû m’adapter à chaque fois que j’ai grimpé de niveau. Quand je suis arrivé en professionnel, en Ligue 2 notamment, je me suis confronté à des défenseurs malins. Je me souviens notamment de Cédric Varrault, qui jouait dans l’axe à Dijon avec Christopher Jullien. Comme il savait qu’il n’allait pas remporter le duel, il me poussait avant que je saute et ça m’avait posé problème. Je débutais à ce niveau et c’était nouveau pour moi mais, maintenant, quand un défenseur me fait ça une fois, je sais comment le contrer. Je me suis adapté grâce aux conseils de mon agent et conseiller, un ancien attaquant très bon de la tête. Il m’a donné des astuces. Sur les dégagements de mon gardien par exemple, j’utilise des techniques que je ne connaissais pas plus jeune. Avant, je sautais sans savoir, j’attaquais la balle sans calcul. Maintenant, je sais comment avoir le dessus sur mon défenseur. Je m’adapte en fonction de mon adversaire, je ne vais pas faire la même chose contre un défenseur qui va jouer le duel aérien et contre un défenseur qui va me pousser. Mais je n’ai pas envie de trop entrer dans le détail, c’est secret ! Je suis vraiment désolé (rires) !

Vous jaugez votre adversaire direct sur les premières minutes des matchs ?
En général, on le sait à l’avance. Un gars qui est grand va essayer de jouer le duel car il pense qu’il va le gagner. Un adversaire plus petit sait que c’est perdu d’avance et il ne va même pas tenter de sauter. Il va te pousser ou faire quelque chose pour te gêner, te tenir, t’empêcher de prendre ton élan ou de courir pour te démarquer… Un grand va penser qu’il va gagner le duel mais, contre moi, il le perd (rires).

« Je suis au-dessus, je n’ai pas besoin de faire faute »

Pour parler un peu de ces adversaires qui jouent avec les règles parce qu’ils partent avec un désavantage, qu’est-ce qui vous horripile le plus ?
La bascule dans les airs ! C’est très dangereux et c’est souvent celui qui joue le duel qui se fait sanctionner plutôt que celui qui fait la bascule. C’est un gros souci pour moi car je saute très haut donc, quand mon adversaire fait la bascule, je tombe de très haut ! Les fois où on siffle contre moi sur ce type d’actions, c’est horrible…

Justement, le fait d’être plus costaud que la plupart de vos adversaires vous oblige à vous retenir ?
Clairement. Être costaud peut être un handicap. Lorsque je joue trop de ma force, je peux être sanctionné. Je suis obligé de retenir mon engagement, ma force. Et quand je saute, je saute comme un pingouin maintenant. Si j’écarte un peu les bras, on risque de penser que j’essaie de mettre un coup de coude alors que ce n’est pas du tout mon intention. Essaie de sauter chez toi et tu verras que tu écarteras les bras automatiquement. On a besoin de ses bras pour prendre son élan et utiliser toute sa détente. Ce n’est pas naturel de garder les bras le long du corps. En Angleterre, si tu ne sautes pas en écartant les bras, c’est ton adversaire qui écarte les bras et tu te fais défoncer. Et l’arbitre ne siffle pas, il n’en a rien à faire (rires).

Pourtant, la Ligue 1 Uber Eats est réputée être un championnat physique…
Oui mais non. C’est physique car il y a des mecs costauds mais c’est autre chose, pour les défenseurs notamment. J’en discutais avec Cédric Hountondji. Il me dit qu’il se retient sur tous ses duels avec des joueurs plus petits car il sait que s’il y va fort, l’arbitre va siffler. Même sur un duel à l’épaule. Si on est plus forts que certains et qu’on veut s’appuyer sur notre force, on est obligés de s’adapter. Sur certains duels, je n’y vais pas à fond.

On voit souvent les bons joueurs de tête utiliser leurs bras, notamment poser un bras sur l’épaule de leur adversaire direct…
Exactement. Il faut différencier le coup de coude et le bras que tu utilises pour aller sur l’épaule de l’adversaire. Quand tu viens sur l’épaule du mec, ça veut dire que tu as déjà gagné ton duel. Tu as déjà le dessus. Tu poses ton bras pour bien ajuster ta tête. Ça permet de maîtriser ta tête, de la diriger où tu veux, sans être gêné par l’adversaire. C’est ce que les gens ne comprennent pas toujours. Je ne me sers pas de mon coude pour défoncer mon adversaire. Je ne suis pas là pour blesser le défenseur ou lui casser une dent. Si tu sautes comme un pingouin et que l’adversaire te bouscule dans les airs, rien qu’un peu, tu perds l’équilibre. Tu ne vas pas forcément faire un soleil mais ça ne fera pas but ! De toute façon, je suis au-dessus, je n’ai pas besoin de faire faute pour gagner mon duel aérien. Je ne vois pas pourquoi on siffle parfois contre moi. Quoi qu’il arrive, je vais gagner mon duel.

« Au fil des années, j’ai ajouté la maîtrise à l’instinct »

Comment travaillez-vous votre jeu de tête à l’entraînement ?
Déjà, quand je fais du travail spécifique, je n’aime pas avoir un gardien en face. Je préfère mettre un piquet à côté de chaque poteau, à l’intérieur du but, et je vise ces zones. On m’envoie une vingtaine de centres depuis la droite, une vingtaine de centres depuis la gauche, et j’essaie de la mettre au ras du poteau. Je fais ça à la fin des entraînements. Le vendredi, on a aussi une séance de travail devant le but. J’aime travailler avec les joueurs qui sont amenés à me faire des centres le week-end.

Parmi eux : Franck Honorat. Aucun joueur n’a délivré plus de centres à un même coéquipier en Ligue 1 Uber Eats…
Malheureusement, avec Franck, on n’a pas encore réussi à marquer comme ça cette saison. Mais on a une relation particulière avec Franck, on échange beaucoup. Il sait où j’aime recevoir le ballon, comme les autres centreurs. C’est quelque chose qui se travaille au quotidien. Dès qu’il y a un centre, je vais voir le centreur pour lui dire : « Tu aurais dû la mettre ici » ou « Excellent, c’est comme ça que je le veux ». Mais ce n’est pas toujours possible de centrer comme je souhaite, c’est à moi de m’adapter. Chaque joueur centre de façon différente, selon le côté, la position, rentrant ou non… Il faut que je sois capable de m’adapter, que ce soit dans l’orientation de mes épaules, dans ma manière de taper la balle, dans mes courses vers le ballon…

C’est-à-dire ?
Par exemple, l’orientation des épaules est primordiale pour diriger la balle vers le but. Lorsque tu reçois un centre avec les épaules dirigées vers le centreur, ta balle va repartir vers le centreur. Ça, c’est si tu la prends plein front bien sûr. Mais si tes épaules sont de trois quarts, ta balle va aller vers le premier poteau. Donc si tu sens que tes épaules ne sont pas bien orientées, tu ne vas pas taper la balle plein front, tu vas la prendre de la corne. Bam. Et pour diriger sa tête, on m’a toujours dit : « Il faut renvoyer la balle là d’où elle vient ». Plutôt tête croisée que décroisée donc, mais ça dépend de là où tu es positionné. La saison dernière, j’ai marqué contre Nice sur une tête décroisée parce que j’étais en avance par rapport au premier poteau. Mais en général, quand le centre passe et que tu es au second poteau, le gardien adverse se déplace vers toi donc, en la remettant là d’où elle vient, vers le premier poteau, tu le prends à contrepied.

Lorsque vous sautez, à quelle hauteur montez-vous ?
La détente est souvent mesurée lors des tests d’avant-saison mais je ne me souviens plus des données… Je crois que j’étais aux alentours de 60 centimètres en détente sèche. Quand je sens que je suis moins bien et que je saute un peu moins haut, je travaille davantage en salle. En plus de ce que je fais habituellement, je vais faire des squats, des deadlifts (soulevés de terre) et des bondissements. Cette saison, je me suis senti un peu moins bien à un moment mais je n’ai pas pu mettre tout ça en place car j’enchaînais beaucoup entre Brest et l’équipe nationale. Il faut trouver le juste milieu pour caler des séances en salle sans empiéter sur la récupération. Mais dès que j’ai pu faire mes séances de force et explosivité, c’est revenu.

Quel est le but de la tête dont vous êtes le plus fier ?
Parmi mes meilleurs souvenirs, il y a un triplé de la tête avec Montpellier en U19, contre l’OM si je me rappelle bien. Mais mon plus beau but de la tête, c’était avec le Bénin. J’en avais mis un impressionnant contre la Gambie. Sur un centre côté droit, la balle arrive entre le point de pénalty et le premier poteau, je monte sur le défenseur en sortant la tête… C’est difficile à expliquer ! Je suis en l’air et je réussis à me détendre encore plus pour taper la balle et marquer. Ce but ressemble beaucoup à une tête que j’avais mise contre le Red Star avec Nîmes. Ils font partie de mes préférés. J’ai mis d’autres beaux buts de la tête, davantage dans la maîtrise. Avec le temps, j’ai appris à davantage maîtriser ce geste. Plus jeune, quand je faisais des têtes, c’était à l’instinct. Au fil des années, j’ai ajouté la maîtrise à l’instinct. Il faut savoir ce que tu fais.

Comment avez-vous fait pour gagner en maîtrise ?
Parfois, j’ai marqué des buts en me disant : « Bam ! Cette tête, elle est grave maîtrisée ! ». Tu sautes, tu es dans les airs, tu as l’impression de flotter, et pouf, la balle te tape le front et va exactement là où tu veux la mettre. On travaille pour ressentir ce type de choses. Je regarde beaucoup de vidéos de mecs qui sont très bons de la tête, Cristiano Ronaldo par exemple. J’observe comment les spécialistes attaquent les ballons.

« Quand il saute, Cristiano Ronaldo reste en suspension »

Justement, que retirez-vous de la façon de faire d’un Cristiano Ronaldo ?
Lui, il est tout en maîtrise. Quand il saute, il reste en suspension et il sait ce qu’il fait quand il met une tête. Il n’y a pas de hasard. Récemment, j’ai aussi été marqué par un but de Harry Kane. Il fait un de ces appels de balle… Un appel contre-appel qui a « fumé » le défenseur. Derrière, il reçoit un super centre, il saute et pouf, la balle rebondit à peine sur son front et ça rentre. Les gens ne comprennent pas que pour mettre une tête, il n’y a pas forcément besoin de mettre un coup de tête. C’est la force du centre qui fait que la balle repart avec force. Si le centre est bon, tu as juste à laisser la balle taper sur ton front. Mon conseiller avait remarqué que, parfois, j’en mettais trop.

Outre Cristiano Ronaldo, quels autres spécialistes font partie de vos modèles ?
Didier Drogba ! Je ne regarde que les attaquants. Les défenseurs ne maîtrisent pas le geste de la même manière. Les défenseurs qui marquent de la tête, c’est sur corner le plus souvent. Un corner, c’est quoi ? Tu cours, tu attaques la balle et tu la dévies. C’est dur à effectuer bien sûr mais je ne parle pas de ça quand je parle de « maîtrise ». Je me répète un peu mais un bon joueur de tête se reconnaît au fait qu’il flotte dans les airs et qu’il laisse juste la balle taper son front, tranquillement, sans mettre de coup de tête. La majorité du travail, c’est avant même que la balle ne touche ta tête, à commencer par le placement des épaules et le démarquage.

Depuis le début de votre carrière, quels ont été les adversaires les plus coriaces ?
Il y a deux défenseurs qui m’ont marqué : Marko Baša de Lille et Kurt Zouma. Lui, il a une détente incroyable. C’est très difficile de lui prendre un ballon de la tête. Il monte très haut et il met une de ces puissances… Il te défonce dans les airs. Tu te demandes ce qui t’arrive ! J’ai affronté Kurt Zouma plusieurs fois et, à chaque fois, c’était un duel au sommet ! Et Marko Baša, je n’ai joué qu’une fois contre lui mais il m’a surpris. Il était toujours en l’air avant moi, je ne sais pas comment il faisait. C’était ma première saison en Ligue 1 donc j’étais encore en apprentissage, je ne savais pas trop quoi faire. Bon, je marque quand même de la tête sur ce match mais je n’étais pas allé au duel avec lui, je m’étais démarqué au maximum. Mais sur les dégagements du gardien, Baša prenait le dessus… Quand je vois qu’un défenseur central peut rivaliser avec moi et bah, je vais sur l’autre. Le problème, c’est que parfois, l’autre aussi, il est bon (rires) !

Et cette saison, quel a été le défenseur le plus compliqué à jouer dans les airs ?
Personne ne m’a marqué pour l’instant… Mais ça fait longtemps que je n’ai pas joué contre Cédric Hountondji, mon coéquipier en équipe du Bénin. Au match aller contre Clermont, j’étais malheureusement blessé. Je pense que lui, il peut rivaliser avec moi. Quand j’avais joué contre Cédric en Ligue 2, lorsqu’il était à Auxerre et moi à Nîmes, c’était très disputé (rires). J’aimerais bien jouer contre lui cette saison, j’espère qu’on sera tous les deux là au match retour.

« Quand on te met une étiquette, c’est dur de faire changer les gens d’avis »

Au Stade Brestois 29, tu as évolué sous les ordres d’Olivier Dall’Oglio avant de découvrir Michel Der Zakarian cette saison. Pouvez-vous nous expliquer comment la façon dont on vous utilise évolue d’un coach à un autre ?
Ce sont deux profils différents. Quand je suis arrivé à Brest, Olivier Dall’Oglio avait son projet de jeu, qui s’articulait notamment autour du jeu de position. Ce n’est pas spécialement le jeu de tête de Steve Mounié qui l’intéressait lorsqu’il m’a recruté. Après, il connaissait cette qualité bien sûr donc, sur les centres, il demandait aux latéraux et aux milieux excentrés de penser à utiliser cette arme. Mais ce n’était pas la priorité. Il fallait jouer et je m’inscrivais dans ce collectif. Avec le coach Der Zakarian, c’est différent. Il sait que c’est une arme qui peut être fatale et il l’utilise au maximum. Le coach ne veut pas qu’on ressorte de derrière sur les remises en jeu et qu’on risque de se prendre un but après une perte de balle dans cette zone. Il préfère que le gardien dégage car si je dévie bien, ça peut faire but. A Strasbourg par exemple, on encaisse un but et, sur l’engagement, on dégage sur moi, déviation, but. Le coach Der Zakarian est très pragmatique, il ne s’emmerde pas. Il ne veut pas voir son équipe prendre un but sur un 6 mètres.

Selon l’équipe que vous affrontez, est-ce que vos coachs réclament de s’appuyer plus ou moins sur votre jeu de tête ?
Pas spécialement. Il y a des choses simples à respecter. Comme je disais juste avant, le coach Der Zakarian ne veut pas que l’on encaisse de but sur une relance du gardien ou sur une passe manquée d’un défenseur. Il n’y a pas de consigne particulière en fonction de l’adversaire, à moins que l’on tombe sur une équipe qui presse vraiment haut. Dans ce cas, on ne cherche pas midi à 14 heures, ce sera : « Ne vous emmerdez pas, envoyez des longs ballons sur Steve ». Et moi, je bataille devant.

Un plan de jeu qui vous a permis de remporter 120 duels aériens, ce qui fait de vous le joueur le plus dominant de la tête devant le Strasbourgeois Ludovic Ajorque (61)…
C’est sûr qu’on m’envoie beaucoup de ballons sur la tête. Ce n’est pas forcément ma façon de jouer mais, comme les entraîneurs voient que j’excelle dans ce domaine, ils utilisent cette arme. Mais je suis aussi capable de jouer autrement.

Vous trouvez ça réducteur que l’on mette systématiquement en avant votre jeu de tête ?
Non non, je ne m’en plains pas. Regarde, je fais une interview pour le site de la Ligue 1 aujourd’hui parce que je suis très bon de la tête. Si l’on se souvient de moi pour mon jeu de tête, ce sera un plaisir. Quand on parle de Steve Mounié, on sait qu’il est excellent de la tête. Steve Mounié, tête ! Ça ne me dérange absolument pas d’avoir cette étiquette-là ! Ça veut dire que j’excelle et que personne ne peut rivaliser avec moi dans ce domaine ! Quand on te met une étiquette, c’est dur de faire changer les gens d’avis. Mais, encore une fois, ça ne me dérange pas. Sans mon jeu de tête, je ne ferais sûrement pas une aussi belle carrière. Merci ma tête !

Dans quel club vous a-t-on le plus sollicité dans les airs ?
A Nîmes ! On commence la saison 2015/2016 avec 8 points de pénalité et, quand le coach Blaquart est arrivé, il a dit : « Les gars, on ne va pas s’emmerder ! Mounié prend tout de la tête. On va jouer à deux devant : Mounié et Koura. On envoie la balle sur la tête de Mounié, déviation sur Koura, but et c’est terminé ! » C’est sans doute l’équipe où on s’est le plus appuyé sur mon jeu aérien. On ne cherchait même pas à faire autre chose, on en a vraiment abusé (rires).

Lors de l’été 2017, vous passez de Montpellier à la Premier League. On vous avait signifié que vous aviez été recruté principalement pour votre jeu de tête ?
Non, quand je signe à Huddersfield, le coach David Wagner, qui est actuellement aux Young Boys de Berne, ne m’a pas parlé de ça. Pour me convaincre, il m’a montré des vidéos de mes matchs mais ce n’était pas axé sur mon jeu aérien. Au contraire, il aimait bien que je défende en tant qu’attaquant, que je presse, que je puisse garder le ballon, me projeter devant le but… Le jeu de tête, c’était en plus. De toute façon, si tu fais 1m90 et que tu n’es pas bon de la tête, tu n’as rien à faire en Angleterre !

Qu’avez-vous retiré de vos trois saisons en Angleterre ?
Là-bas, j’ai progressé dans le sens où j’ai appris à jouer avec mes bras. Si tu ne te sers pas de tes bras, tu te fais défoncer tous les week-ends. En Angleterre, je ne sais pas si j’étais le joueur qui remportait le plus de duels aériens parce que je jouais contre des monstres. Les défenseurs font tous 1m90, ils sautent tous haut, ils te mettent les bras dans la gueule… Si tu ne te protèges pas, tu te fais défoncer ! Et quand je jouais en Championship, c’était encore pire qu’en Premier League. Les mecs sont encore plus grands et c’est vraiment le football anglais, le combat. Tu te prends des coups dans la gueule et l’arbitre s’en fout (rires).