Interview

Jimmy Cabot : « Je me souviens encore des gueulantes de Jean-Marc Furlan »

Publié le 09/12/2021 à 10:12 - Arnaud Di Stasio

Partager

De sa reconversion comme piston avec le SCO aux championnats de France de pétanque en passant par Jean-Marc Furlan, Jimmy’s on fire et ses modèles Hakimi, Guerreiro ou Dubois, entretien avec Jimmy Cabot.

Jimmy, vous semblez bien plus épanoui cette saison que lors de votre première année au SCO. Comment expliquez-vous cette transition ?
Ma première saison avec Angers a été un peu délicate car, entre l’arrêt prématuré de la saison précédente à cause du covid et ma signature au SCO fin septembre, j’ai quasiment eu six mois sans football. Quand je suis arrivé, je n’étais pas forcément prêt physiquement mais, comme il y avait pas mal de blessés dans l’effectif, Stéphane Moulin a rapidement fait appel à moi. J’étais très content de rejouer et je me disais que ça allait me permettre de vite m’intégrer. Mais ma saison a été compliquée même si le coach m’a beaucoup utilisé. Je n’ai pas eu le rendement que je souhaitais. Cette saison, c’est différent. J’ai pu me préparer correctement cet été, ce qui m’a permis de reprendre dans d’autres dispositions. Et le nouveau coach (Gérald Baticle) a amené beaucoup de fraîcheur, grâce notamment à un nouveau système de jeu auquel je me suis bien acclimaté. Ça a changé pas mal de choses.

Sur cette première partie de saison, le SCO obtient des résultats et séduit dans le jeu. Pouvez-vous nous parler des grands principes de Gérald Baticle ?
Quand il est arrivé, il a voulu travailler deux systèmes : le 4-4-2, qu’on connaissait bien ici, et le 3-5-2. Mais dès les matchs de préparation, on a vu qu’on pouvait être performants en 3-5-2. Dans l’animation, le coach veut des pistons très offensifs, un pressing haut et un jeu assez direct basé sur nos qualités de vitesse devant. La base défensive du SCO n’a pas changé avec des « anciens » qui connaissent très bien la Ligue 1 et quis sont très performants. On est solides et on est capables de s’adapter au niveau de l’animation : il y a du jeu dans l’axe, sur les côtés, des phases rapides, d’autres où on est davantage dans la conservation…

« Je regarde particulièrement Achraf Hakimi »

Vous prenez une nouvelle dimension au poste de piston droit cette saison. Aviez-vous déjà joué à ce poste par le passé ?
Seulement une fois, avec Mickaël Landreau, à Lorient. J’avais dépanné comme piston sur un match de Ligue 2 et on n’avait pas spécialement travaillé les spécificités du poste. C’est vraiment cette saison que j’ai découvert ce poste. Même chez les jeunes, je n’avais jamais évolué comme piston ou latéral.

Comment avez-vous réagi lorsque Gérald Baticle vous a annoncé qu’il voulait vous tester à ce poste ?
La transition s’est faite naturellement pendant la préparation. Comme je le disais plus tôt, le coach voulait travailler le 4-4-2 et le 3-5-2. Lors d’un match amical contre Niort, je me suis retrouvé piston droit. Le coach ne m’avait pas spécialement parlé de mon rôle avant la rencontre mais on avait déjà un peu travaillé avec la vidéo donc j’avais assimilé certaines choses. Je crois que j’ai été bon et, derrière, on a de plus en plus échangé, on a fait davantage de vidéo, notamment pour étudier les déplacements et les choses essentielles à corriger pour ce poste. Tout s’est enchaîné naturellement pour moi et, après une bonne préparation à ce poste, j’étais à l’aise au moment de commencer le championnat.

Est-ce que vous avez été surpris par vos performances en tant que piston ?
Je n’ai pas spécialement été surpris car je savais que j’avais le volume de jeu, que j’étais capable de répéter les efforts. Sur la partie offensive du poste, je savais que j’étais capable de percuter. J’avais peut-être plus d’appréhension sur la partie défensive. L’alignement et les couvertures par exemple, ce n’était pas dans mon ADN… J’ai fait de mon mieux pour comprendre le jeu et ça s’est bien passé.

Combien de temps vous a-t-il fallu pour vous sentir complètement opérationnel à ce poste ?
Sur les matchs amicaux, je me suis bien senti presque immédiatement, ce qui m’a donné beaucoup de confiance. On a beaucoup travaillé ce système pendant l’été et j’ai réussi à intégrer beaucoup de choses. Mais même si je sentais que je comprenais ce qu’on me demandait, je n’avais aucun match officiel à ce poste dans les jambes. Lorsqu’on a joué à Strasbourg pour la reprise du championnat, je ne pouvais pas être sûr que tout allait bien se passer mais j’avais certains acquis qui me donnaient confiance. Derrière, on a réussi un bon début de saison, que ce soit au niveau des résultats ou du contenu. Tout s’est bien goupillé et ça a facilité les choses d’un point de vue personnel.

Alors que vous avez presque une demi-saison à ce poste derrière vous, dans quels domaines devez-vous vous améliorer en priorité ?
Bizarrement, je pense que je peux apporter beaucoup plus offensivement, en termes de statistiques, sur mes centres… J’ai des situations pour être encore plus décisif. Et défensivement, il faut que je sois meilleur sur certaines couvertures, dans ma gestion de certaines courses. Il y a aussi la régularité sur l’ensemble du match mais je trouve que j’ai mûri sur cet aspect par rapport aux saisons précédentes. Je veux être plus solide sur mes bases et apporter plus de manière générale. Je veux continuer à progresser parce que je découvre ce poste.

Il y a des joueurs de qui vous vous inspirez ?
Je regarde particulièrement Achraf Hakimi. A Lorient, j’ai aussi joué avec Raphaël Guerreiro, qui était un peu dans ce rôle-là et qui possède un peu le même profil que moi. Ce sont des joueurs que j’aime bien observer. Il y a de plus en plus de clubs de Ligue 1 qui utilisent des pistons donc, tous les week-ends, j’ai l’impression que je peux retirer des choses en observant l’équipe adverse, le pressing… Et lorsque je joue, je fais très attention à la façon dont jouent mes adversaires directs… Je regarde aussi comment joue l’équipe de France et les joueurs qui sont à mon poste comme Dubois, Pavard, Coman… C’est intéressant de regarder l’animation de l’équipe et les particularités de ces joueurs.

« J’étais revanchard »

Gérald Baticle et son staff ont pour réputation de beaucoup s’appuyer sur la vidéo…
C’est sûr ! Après chaque match, on a droit à un retour vidéo très creusé, très conséquent sur la partie collective mais qui intègre beaucoup de retours individuels. Le coach va s’arrêter sur des détails, sur ce qui a été mal fait… Au-delà de ce retour global, le coach nous voit parfois en tête à tête pour un retour plus individuel. Et bien sûr, il y a toujours des échanges sur le terrain, à l’entraînement ou en match.

Par rapport à vos saisons précédentes où vous jouiez plus haut, le poste de piston est peut-être plus défensif mais il permet de se retrouver davantage face au jeu. Est-ce que ça vous convient mieux ?
Oui, je suis plus à l’aise face au jeu car je peux prendre de la vitesse et, quand je percute, c’est plus compliqué de défendre face à moi. Lorsque je jouais milieu excentré, ça pouvait être un peu compliqué quand je me retrouvais dos au jeu. Désormais, j’ai plus de distance pour prendre de la vitesse et percuter, ce qui me correspond bien.

Après une saison perturbée par les blessures, vous avez été titulaire lors de tous les matchs d’Angers depuis l’été dernier, ce qui vous a notamment permis de parcourir 2 705 mètres vers l’avant balle au pied, plus que tout autre joueur du championnat. Vous êtes aussi parmi les joueurs qui sprintent le plus (4e avec 364 sprints). Le secret de la forme que vous tenez se trouve dans la préparation individuelle que vous avez effectuée avant de reprendre la saison avec le SCO ?
Peut-être… C’est vrai que j’étais revanchard par rapport à la saison dernière. J’avais changé de club et je n’étais pas du tout satisfait de ce que j’avais pu donner. J’avais aussi eu quelques petites blessures même si, la dernière, c’était sur un geste anodin. Rien à voir avec ma condition physique. Mais cet été, j’avais vraiment à cœur d’arriver prêt, dans d’autres dispositions mentalement et physiquement. Donc, pendant mes vacances, j’ai gardé une routine de travail plus élevée que d’habitude et je suis rentré à Angers une semaine avant la reprise avec plusieurs séances de travail chaque jour. Au moment de reprendre avec tout le monde, je me suis senti mieux que lors de mes saisons précédentes mais je suis déjà quelqu’un de travailleur au quotidien donc je n’avais pas tellement à changer ma nature. Et c’est un tout je pense. Je me sens mieux dans l’équipe, dans la ville…

Sur les réseaux sociaux, j’ai vu que vous mettiez parfois en avant votre premier entraîneur en pro, Jean-Marc Furlan, et ses coups de gueule...
Je l’aime beaucoup, aussi bien le coach que le personnage. C’est un entraîneur charismatique, avec beaucoup de caractère. Et il prône un jeu offensif ! C’est le coach qui m’a lancé en pro, ça compte dans une carrière. Il m’a beaucoup appris donc je le suis de près… Je me souviens notamment d’un échange incroyable qu’il avait eu avec Benjamin Nivet, que j’adore aussi. Et pour revenir à son fort caractère, c’est sûr que je me souviens encore de ses gueulantes, avec un vocabulaire un peu particulier (rires). Il faut être habitué pour l’accepter. Moi, j’avais 18-19 ans donc la question ne se posait pas ! Il peut parfois avoir des déclarations marquantes car il parle franchement. De l’extérieur, ça peut surprendre mais, quand on connaît le personnage et l’exigence qu’il demande au quotidien, c’est cohérent.

Jean-Marc Furlan, Christophe Pélissier, Gérald Baticle… Depuis le début de votre carrière, vous avez souvent joué pour des entraîneurs connus pour faire pratiquer du beau jeu à leurs équipes…
C’est une chance de tomber sur des entraîneurs comme ça. Mais à Lorient, j’ai connu 6 coachs différents en 4 ans donc ce n’est pas ce que j’imaginais en signant là-bas. J’arrivais pour franchir un cap en Ligue 1 et c’était compliqué de ne pas pouvoir travailler dans la continuité. Mais j’ai connu des bons coachs depuis le début de ma carrière et je suis content d’avoir travaillé avec beaucoup d’entraîneurs différents. Ça m’a permis de voir un certain nombre de dispositifs, de façons de jouer... C’est peut-être grâce à tout ça que j’arrive à m’adapter dans un nouveau système à Angers.

« A 4 ans, je faisais déjà des carreaux »

Il y a quelques années, vous envisagiez de passer vos diplômes d’entraîneur avant même vos 30 ans. Où en est ce projet ?
C’est une chose à laquelle je pense pour ma reconversion. Je vais bientôt commencer une école de management via un programme en ligne adapté aux sportifs professionnels. Je commence à penser à l’après-carrière car je suis curieux et que plusieurs choses m’intéressent, mais ce n’est pas encore une priorité, je n’ai que 27 ans.

Est-ce que reprendre la pétanque fait partie de vos pistes pour l’après-carrière ?
Je ne suis pas sûr que la pétanque soit ma voie (rires) ! Mais c’était cool... J’ai commencé à jouer très petit, à l’âge de 4 ans, car mon père jouait. Contrairement à d’autres, je n’ai pas découvert la pétanque sur la plage, avec les glacières à côté ! Non, moi, j’ai tout de suite baigné dans l’univers compétition puisque mon père m’a immédiatement emmené à des tournois. Doublettes, triplettes, doublettes mixtes… C’est en compétition que j’ai découvert la pétanque. J’ai notamment fait les championnats de France en triplette lorsque j’étais minime. A 4 ans, je faisais déjà des carreaux. On me parle de pétanque aujourd’hui mais j’ai arrêté ma carrière à 7 ans ! En cadet, je ne faisais déjà plus que du foot. A l’époque de la pétanque, j’étais très petit, même si je ne suis pas beaucoup plus grand aujourd’hui !

Pour terminer sur une note musicale, les supporters lorientais avaient adapté la chanson des fans nord-irlandais Will Grigg’s on fire en Jimmy’s on fire. Vu vos performances cette saison, à quand une chanson en votre honneur à Raymond-Kopa ?
Aucune idée (rires). Je ne m’attendais pas à ça à Lorient mais c’était très sympa. C’est kiffant d’avoir un chant en son honneur… Mais, attention, je ne demande rien aux supporters du SCO !