Interview

B. Sako : « J’ai joué mon 1er derby en oubliant toutes les consignes »

Publié le 20/01/2022 à 09:01 - LFP

Partager

Dix ans après son départ du club, Bakary Sako pourrait signer son grand retour en Ligue 1 Uber Eats sous les couleurs de l’AS Saint-Etienne vendredi lors du derby face à l’OL. Entretien.

Cela fait plus de 3440 jours que vous n’avez plus joué en Ligue 1 Uber Eats (dernier match le 18 août 2012). Un record pour un Stéphanois. Quel joueur êtes-vous devenu près de 10 ans plus tard ?
Je suis presque le même joueur avec un peu plus d’expérience (33 ans). Je me suis aguerri en Angleterre, où j’ai pu grandir en tant que joueur et en tant qu’homme. A savoir dans la façon d’aborder et de gérer les matchs, dans la maturité. Quand j’étais à Saint-Etienne, je découvrais la Ligue 1 (à 21 ans). J’étais un peu foufou, très explosif. Avec les années passées en Angleterre, j’ai appris à mieux me gérer, notamment les émotions.

Et sur le terrain, quel est votre positionnement désormais ? Avec Christophe Galtier, à l’époque des Verts, vous étiez exclusivement un joueur de couloir.
J’évolue toujours dans ce registre. Mais les trois dernières saisons, comme j’ai réussi à marquer pas mal de buts, mon coach Roy Hodgson (à Crystal Palace) a décidé de me faire jouer « 9 », en pointe. Donc j’ai dû apprendre le poste d’attaquant que je n’aimais pas du tout à la base… Mais il a réussi à me le faire apprécier avec des efforts et des déplacements différents de ceux que j’avais l’habitude de faire. C’est assez rare comme évolution. Il n’y a pas beaucoup de joueurs qui font cela dans cet ordre. Habituellement, quand on vieillit on redescend sur le terrain. Comme j’ai marqué des buts en étant excentré au cours de ma carrière, il m’a dit : « Je suis certain que tu ferais un super n°9. Avec tes qualités de vitesse et de percussion, je pense que tu pourrais t’épanouir à l’avant. » Au début, j’étais un peu sceptique, mais j’ai vraiment apprécié de jouer à ce poste.

Avez-vous parlé de cette option tactique possible avec Pascal Dupraz ?
Oui, on a évoqué quelles sont mes positions préférentielles. Mais ça ne me dérange pas d’être sur le côté ou en pointe. Car même lorsque je suis devant, je ne reste pas que dans l’axe, je prends la profondeur ou je me décale. Il en est content, ça lui permettra s’il le souhaite de m’utiliser à plusieurs postes.

« J’ai déjà joué et gagné des derbys »

Vous revenez donc à l’ASSE. Avez-vous retrouvé vos repères au sein du club, à part avec Loïc Perrin qui fait partie des meubles ?
Parmi les meubles, il y a aussi Romain Hamouma (rires) ! Il y a aussi quelques personnes dans les bureaux ou encore l’intendant. J’ai revu le doc, le kiné, la podologue…qui étaient déjà présents il y a 10 ans. En revanche ce qui a changé, c’est le stade. Il y a vraiment un très beau stade. Mais autrement, j’ai l’impression de n’être jamais parti. J’ai gardé mes repères. Je reconnais la ville, je connais par cœur le centre-ville.

Vous avez changé de statut depuis votre départ en 2012. Quel rôle allez-vous jouer dans cette équipe ?
Je connais bien la maison. J’essaye de jouer un rôle de conseiller auprès de certains joueurs, d’apporter de la fraîcheur. Et je pense que les joueurs me font confiance. Avec mon expérience, ils m’écoutent parce qu’ils savent que j’ai les ingrédients pour bien faire et satisfaire nos supporters. Même si ce n’est pas ma nature de prendre la parole, quand on a un rôle à jouer j’estime qu’il faut l’endosser. Je suis quelqu’un de toujours souriant et optimiste.

Votre retour coïncide donc avec ce derby face aux Lyonnais vendredi. Comment vous sentez-vous avant cette affiche ?
J’aborde ce derby sereinement. Je sais que c’est vraiment un match différent des autres matchs en Ligue 1. J’ai déjà joué et gagné des derbys. Je sais qu’il faut bien se préparer et essayer d’arracher un résultat. Il y a plus de concentration, plus d’efforts, plus de tout : tout est multiplié. On va au-delà de ce que l’on est capable de faire habituellement. Un derby c’est tout ou rien. Soit c’est exceptionnel, soit on passe à côté. Donc en sachant cela, il faut garder la tête froide, rester concentré du début à la fin. Tout ce que je connais de ce derby, je vais le transmettre à mes coéquipiers avant le match. Je sais qu’ils en auront besoin. L’équipe est assez jeune, ils n’ont pas encore joué beaucoup de derbys, donc j’imagine qu’ils vont être preneurs de conseils.

« J’avais été vraiment surpris de rentrer »

Vous faites donc partie des Stéphanois à avoir l’expérience de ce match contre l’OL. Quel est votre premier souvenir d’un derby ?
C’est celui joué à Geoffroy-Guichard, mon tout premier (2009). Comme Blaise Matuidi sort blessé, Christophe Galtier me fait entrer super tôt dans le match. On avait réussi un très bon match même si on avait finalement perdu (1-0, Gomis 83e). A la fin, je m’étais dit : « Ouah ! C’est donc ça un derby ! ». Ce match m’avait marqué.

Racontez-nous votre entrée en cours du jeu dans un tel contexte.
J’avais été vraiment surpris de rentrer. Parce que Blaise est un milieu de terrain. Et le coach m’a dit : « Baky, accélère, tu rentres tout de suite ». Et moi, dans ma tête, je me dis : « Mais il ne va pas me faire entrer au milieu… ». Finalement, je suis entré en jeu et il a changé un peu l’organisation au milieu pour que je joue sur le côté gauche. Je m’en étais bien sorti. J’étais vraiment surpris de ce qu’était un derby !

Qu’est-ce qui vous avez le plus marqué lors de ce premier derby ?
On voyait que c’était un peu plus tendu que d’habitude. Que les joueurs voulaient bien se préparer. On sentait la ferveur autour du derby. Quand je marchais dans la rue, cette semaine-là, il y avait beaucoup de gens qui m’abordaient pour me dire : « Allez ! Faut aller le gagner ce match ! ». A l’arrivée au stade, c’était vraiment la folie. On sentait que les supporters avaient vraiment envie de gagner. Pour les remercier d’un tel soutien, il faut tout donner sur le terrain.

Lors de ce premier derby, quels joueurs avaient joué le rôle de conseiller auprès de vous ?
Il y avait Pape (Diakhaté) qui avait l’expérience des derbys et forcément Jérémie (Janot) aussi. Mais pour mon premier derby, je crois que je l’ai joué en oubliant toutes les consignes qu’on m’avait données ! J’étais dans ma bulle.

Les supporters apportent une motivation supplémentaire sur ce match. Mais c'est aussi une pression supplémentaire, non ?
Pour les supporters stéphanois c’est un match très important. Ça l’est aussi pour nous les joueurs, mais peut-être encore plus pour eux. J’essaye de vivre normalement, de ne pas mettre davantage de pression. Avant ce match, on a des commentaires comme : « Si vous gagnez ce derby, vous pouvez perdre tous les autres matchs ». Alors on sait bien que c’est dit dans l’euphorie, mais ça montre toute l’importance d’un derby.

Et vous avez contribué à écrire une des plus belles pages du derby côté stéphanois, en septembre 2010…
C’est sans conteste le meilleur souvenir ! L’année d’avant on avait perdu, mais là c’était un derby spécial, le 100e (victoire 1-0 de l’ASSE) ! Réussir à s’imposer à Gerland a été quelque chose d’historique pour nos supporters et le club. En plus, Dimtiri Payet avait mis un coup franc magnifique ! Cela restera gravé dans l’histoire des Verts. C’était un match serré. On avait subi, mais on avait fait le dos rond. Nous avions eu des occasions, notamment par Emmanuel Rivière qui en avait eu des franches. Quand on loupe ce type d’occasions, on se dit dans nos têtes que ça va être difficile ce soir… Mais il y a eu ce coup de génie de Dimitri pour nous délivrer.

Avez-vous conservé le maillot de ce match historique ?
Les maillots du derby on essaye toujours de le garder ou de le donner à ses proches. C’est un maillot spécial. Mon premier maillot avec Saint-Etienne, je l’ai fait encadrer. Pour mon retour en Coupe, j’ai aussi gardé le maillot. Et celui-là, si je joue vendredi, je pense que je le garderai aussi.

Une fois que l’on a participé à ce type de match, est-ce que même une fois parti on continue de s’intéresser aux performances des Verts dans le derby ?
C’est surtout une fois qu’on a joué à Saint-Etienne. C’est vraiment un club attachant, avec une histoire. Une fois qu’on a porté ce maillot, on continue à suivre les résultats, notamment les jours de derby en effet. On essaye de voir ce que l’équipe a réussi à faire. C’est ce que j’ai fait une fois parti en Angleterre. Je suis aussi resté en contact avec d’anciens Stéphanois : Max-Alain Gradel, Pierre-Emerick Aubameyang, Kurt Zouma, Faouzi Ghoulam, Josuha Guilavogui…On a pris des routes différentes, mais on suit les évolutions de carrières des uns et des autres. Ce sont des joueurs avec lesquels j’étais très proche à Saint-Etienne. Donc on est resté en contact et on l’est encore aujourd’hui.

Dernier élément d’un derby, la motivation le jour J. Quels souvenirs avez-vous des causeries de coach avant un match contre l’OL ?
Avant les derbys, je ne m’en souviens pas d’une précisément… Christophe Galtier devait nous passer des messages de supporters. Mais avant tous les matchs, il aimait bien nous mettre des vidéos dans le car. Par exemple, il nous passait tous nos derniers buts pour nous motiver, nous montrer que l’on était de bons joueurs capables de le reproduire. Aux défenseurs, il leur mettait leurs belles interventions, aux gardiens leurs meilleures parades. Ça nous boostait pour commencer le match à bloc !

Et avant un derby, ces causeries devaient être encore plus mobilisatrices, plus fortes que d’habitude…
Je pense que c’est plutôt le contraire. Avant un derby, j’ai souvenir que le coach nous préparait très bien la semaine mais, le jour du match, il était assez silencieux. Il savait qu’il n’avait plus besoin de nous dire quoi que ce soit : on était chargé à bloc. On ne voulait rien laisser sur le terrain, ne pas avoir de regret. Il n’avait pas besoin de nous motiver davantage. Ça se voyait déjà sur les visages des joueurs. Avec le staff et la direction, nous ne faisions vraiment qu’un. On essayait de tout donner. Ça ne nous a pas souri à chaque fois, mais on a fait des bons matchs.

(Photo : ASSE)