Interview

Dans les coulisses du métier de référent supporters

Publié le 31/03/2022 à 12:22 - Arnaud Di Stasio

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Référent supporters du RC Strasbourg Alsace, Arnaud Szymanski nous dévoile les coulisses de la fonction. Immersion avec cet ancien capo de la tribune Ouest de la Meinau un jour de match.

Ancien capo de la tribune Ouest de la Meinau, Arnaud Szymanski, 40 ans, officie comme référent supporters du RC Strasbourg Alsace depuis 2018. A l’occasion de la réception de l’OGC Nice le 26 février dernier lors de la 26e journée de Ligue 1 Uber Eats, nous avons suivi à la trace celui qui se définit comme un médiateur entre tous les acteurs présents au stade. Son rôle ? Réussir à rassurer tout le monde tout en favorisant une belle ambiance. Reportage.

12h50 : Arnaud Szymanski arrive à la Meinau un peu plus de quatre heures avant le coup d’envoi du match du jour. En ce samedi 26 février, le RC Strasbourg Alsace accueille l’OGC Nice à 17h00. Une affiche à guichets fermés qui fait saliver les supporters locaux puisque le RCSA, 4e avant cette 26e journée de championnat, peut grimper sur le podium en cas de victoire contre les Aiglons, 3es au classement. Le bulletin distribué par les Ultra Boys 90 (le principal groupe de supporters strasbourgeois) appelle à la mobilisation : « Encourageons nos Bleus et Blancs à en perdre la voix. Nous vivons la meilleure saison du Racing depuis des lustres. Le meilleur moyen de leur rendre la pareille, c’est de nous transcender pendant TOUT le match ». Les quatre pages des Dernières nouvelles de la Ouest se concluent par une profession de foi : « Si tu viens en tribune Ouest, ce n’est pas pour faire de la figuration. Tu te lèves, tu chantes, tu tapes dans tes mains et tu laisses ton téléphone au chaud dans ta poche. D’ailleurs, si jamais l’idée de venir avec un maillot ou un survêt’ d’un autre club te vient, oublie. Ici, c’est une zone 100% Racing ».

13h00 : Derrière une porte sur laquelle est affichée la composition du corps arbitral, une dizaine de personnes prend place autour d’une grande table rectangulaire. A quatre heures du coup d’envoi, c’est le premier temps fort de la journée : la réunion délégués. Ils sont deux, désignés par la LFP pour s’assurer du bon déroulé des rencontres, et passent en revue l’organisation du match, quasiment minute par minute. Dirigeant du club recevant, commissaire club, stadium manager, media manager, référent covid, médecin de service, technicien éclairage, référent pelouse… Sous l’égide de Bruno Chapel, le directeur sécurité et organisation, chacun est invité à prendre la parole tour à tour. Arnaud s’exprime en premier. Il évoque toutes les animations au programme, notamment le tifo du jour et les banderoles prévues, timing de sortie inclus.

13h06 : On apprend lors de cette réunion H-4 qu’une petite centaine de supporters niçois est attendue. Un point est fait sur l’historique des relations entre supporters des deux équipes, sans qu’aucun antagonisme ne soit relevé. Côté police, au-delà des traditionnelles palpations à l’entrée, on informe qu’un commandant divisionnaire sera à la Meinau alors qu’une manifestation a lieu en centre-ville le même jour. On décide également du lieu et de la composition d’une éventuelle cellule de crise.

13h11 : La présence pour le match du discret Guy Stéphan, adjoint du sélectionneur de l’équipe de France Didier Deschamps et père de Julien Stéphan, le coach du Racing, est attendue. Le passage en revue se poursuit : du nombre d’escort kids à la zone d’action de la mascotte en passant par l’éventualité d’une coupure de courant ou du choix des images diffusées sur les grands écrans de la Meinau.

13h30 : La réunion H-4 terminée, Arnaud Szymanski peut reprendre son tour du stade. Dans la tribune Est, également appelée « famille », le deuxième virage, plusieurs membres du Club central des supporters sont présents depuis 9 heures du matin pour mettre en place le tifo du jour. Au total, 4 000 feuilles et drapeaux bleus et blancs sont à disposer sur les sièges. Ils encadreront un maillot du Racing géant qui sera déployé au centre du virage. Arnaud fait le point avec Thomas Trur, le président du CCS. L’association a été choisie par le RCSA pour s’occuper des animations financées par le club, vainqueur des deux dernières éditions du championnat des tribunes de la LFP. Sans passe-droit pour autant : « J’essaie d’être le plus juste possible avec toutes les associations. Ce n’est pas parce que le CCS met en place un tifo depuis ce matin que le club va leur offrir des maillots. Mais c’est impensable que des supporters suent sang et eau, disposent parfois jusqu’à 20 000 feuilles dans le stade, et qu’il n’y ait rien derrière. J’ai proposé que leurs membres aient la priorité pour agiter les drapeaux sur le terrain à l’entrée des joueurs. »

13h50 : Le référent supporters fait son entrée dans les bureaux du club. Situés sous la tribune ouest en face de l’entrée principale du stade rue de l’Extenwoerth, ils abritent les différents services du RCSA. Arnaud évoque avec émotion la période pas si lointaine lors de laquelle le club avait abandonné à la ville une partie des locaux à la suite de la rétrogradation administrative en CFA 2 et de la perte du statut professionnel de 2011.

13h58 : Nous arrivons maintenant à la fin du couloir. Dans un open space, Arnaud prend place derrière son bureau. Au-dessus de sa tête, un cadre avec le maillot de la saison 1978/1979, celle du titre de champion de France. En face de lui : la souriante Ségolène Braun. Assistante communication et événementiel, elle imagine notamment les tifos initiés par le club et commande le matériel nécessaire. « Ségo donne des idées, je peux aussi lui en donner mais c’est elle qui a la main. On travaille ensemble, comme sur la journée des supporters par exemple », explique Arnaud. Cette journée qui réunit plusieurs milliers de Strasbourgeois donne le coup d’envoi de la saison, entre découverte des nouveaux maillots et tour des installations.

14h12 : Arnaud récupère un talkie-walkie dans le bureau des opérations. « Je suis entièrement transparent avec le directeur des opérations et mes autres collègues. Je ne peux pas bosser sans confiance réciproque. Je suis en contact avec Bruno Chapel tous les jours, même pendant les vacances. On se tient au courant pour les tifos, les banderoles... Il n’y pas de surprise entre le service sécurité et moi. Mais il faut que je sache garder ma place. Les associations de supporters ne doivent pas m’assimiler à un agent de sécurité, je perds ma légitimité sinon ! »

14h26 : Après avoir blagué avec le responsable de la sécurité, il chambre un des régisseurs, dont le bonnet n’est visiblement pas à son goût. Toujours le sourire aux lèvres, il est temps de prendre la direction du parvis pour l’ouverture des portes au public.

14h30 : Les premiers supporters pénètrent déjà dans l’enceinte de la Meinau, à 2 heures 30 du coup d’envoi. « Ça doit être unique en France », précise-t-il fièrement, alors qu’il va bientôt être l’heure de déguster une tarte flambée. Un rituel partagé par nombre de supporters assis de part et d’autre de grandes tables en bois pendant que la sono crache les tubes du moment. Non loin du DJ, qu’Arnaud n’a pas manqué de saluer, une petite scène sous une tente bleue et un groupe de rock en train d’effectuer les derniers réglages sur ses instruments.

14h35 : Alain Plet, le directeur général adjoint du RCSA, vient trouver Arnaud. Il le prévient que le président Marc Keller et son homologue niçois Jean-Pierre Rivère devraient, eux aussi, passer par la case « tarte flambée » dans quelques minutes.

14h45 : Dernière relance sur un groupe WhatsApp qui réunit une dizaine de leaders d’associations. Arnaud vérifie qu’il n’y a pas de changement quant à l’horaire d’arrivée des ultras à la Meinau. Dans le même temps, Arnaud salue un nombre de connaissances impressionnant. Et quand ce n’est pas lui qui arrête quelqu’un, on l’arrête, comme ce jeune supporter qui se renseigne sur le déplacement à Reims du week-end suivant. « Ce matin, j’ai reçu une dizaine de coups de fil ou de messages de la part du grand public à propos de ce déplacement. Mon numéro est sur le site du club, ce qui permet aux gens d’avoir les bonnes infos. Par contre, ça ne s’arrête jamais, même à 23 heures (rires). »

14h55 : Arnaud échange maintenant avec Gilbert Brisbois, qui anime l’After Foot sur RMC. Les deux Strasbourgeois se sont rencontrés à Nîmes il y a quelques années. Début 2020, Arnaud avait même participé à une émission délocalisée à Strasbourg pour parler du rôle de référent supporters.

15h06 : Les Ultra Boys 90 arrivent aux abords du stade. Arnaud en informe ses collègues de l’organisation et dit bonjour à plusieurs dizaines de membres de l’association. Leur président a, lui, droit à une bise.

15h15 : Pendant qu’Arnaud discute avec un leader, un grand brun, la trentaine, évoque les relations avec le référent supporters : « On se connaît très bien. Les relations entre nous sont super saines. C’est sûr que la situation sportive facilite les choses mais tout se passe super bien ». Juste à côté, Arnaud parie avec un UB sur le score du match. L’enjeu ? Un resto.

15h19 :  Pas de surprise de dernière minute. « Avec les ultras, on se parle au téléphone presque tous les jours. Les sujets ? Le prochain déplacement, le prochain match à domicile, les animations prévues… C’est surtout de l’organisation et de la logistique. Ils demandent l’autorisation d’accéder au stade pendant la semaine ou tôt le jour du match pour mettre en place des choses. Je dois leur faciliter la vie dès que ça touche le Racing. S’ils ont une question, je dois avoir une réponse, comme pour toutes les autres associations et le grand public aussi. »

15h27 : Un peu plus loin, juste derrière l’entrée principale, Arnaud va trouver un groupe de supporters qui a prévu de faire entrer une banderole rendant hommage à un ami disparu. Prévenu en amont, Arnaud s’assure que la bâche passe bien le filtre de la fouille. Sur le parvis, le groupe de rock local fait le show, pour le plus grand plaisir de Storcki. La mascotte du RCSA, une cigogne géante, se déhanche sur un solo de guitare électrique.

15h31 : Pendant ce temps-là, les supporters niçois commencent à investir le secteur visiteurs, accrochant bâches et drapeaux. « Je prends contact avec le référent supporters de l’autre équipe 15 jours avant le match. Ça se passe toujours très bien. Il me donne des infos sur le déplacement de ses supporters et je les transmets au club pour qu’on puisse les accueillir au mieux. Le référent niçois, je l’ai vu en décembre à l’Allianz Riviera mais, le jour du match, on est dans le jus. On n’a pas vraiment le temps d’échanger. Et c’est plutôt bon signe car si on doit parler, c’est souvent pour régler un problème ». Une réunion avec la préfecture a également lieu pour organiser les déplacements et discuter effectifs, logistique, animations, risques… « On fait toujours en sorte que les supporters d’en face puissent se déplacer. Ce qu’on ne veut pas, c’est que des gens traversent le pays pleins de bonne volonté et qu’on leur refuse une animation au dernier moment parce que les clubs ou la police ne sont pas au courant. On essaie d’avoir un maximum d’informations en amont mais si on a ces informations plus tard, on s’adapte. »

15h35 : Un peu moins d’une heure et demie avant le coup d’envoi de la rencontre, Arnaud repasse une dernière fois par son bureau. Le juriste du club le taquine. Les deux hommes échangent régulièrement sur les questions de supportérisme.

15h42 : Arnaud Szymanski gravit quelques marches. Il circule au milieu de supporters qui discutent et boivent un coup en attendant de rejoindre les gradins de la tribune Ouest. Avec les différentes jauges dues à la pandémie, les sièges sont revenus dans ce qui était une tribune debout.

15h43 : C’est déjà bien rempli dehors. Les membres des UB90 comme du Kop ciel et blanc, situés dans la Ouest haute et le mur bleu, sont venus tôt à la Meinau, répondant à l’appel à la mobilisation des groupes de supporters. Pendant que certains suivent le match du XV de France en Ecosse sur leur téléphone, d’autres se pressent aux tables de vente où l’on trouve écharpes, sweats à capuche, stickers ou T-shirts à l’effigie des groupes ultras.

15h48 : Des supporters de tous âges se côtoient. Deux petites filles blondes se courent après. La benjamine ne doit pas avoir plus de trois ans. Non loin de là, Arnaud remet un pass à un photographe. Il remet aussi des invitations à des supporters de Karlsruhe, ville située juste de l’autre côté de la frontière avec l’Allemagne. A chaque match, le RCSA et le KSC, pensionnaire de 2. Bundesliga, peuvent s’échanger jusqu’à 50 places.

16h10 : Alors que le gardien strasbourgeois Matz Sels entre sur la pelouse pour démarrer son échauffement, Arnaud arrive au bord du terrain. Après avoir jaugé le remplissage des différentes tribunes, il repart vérifier que l’entrée des membres de groupes de supporters dans le stade se déroule sans souci. RAS.

16h32 : Tous les joueurs du RC Strasbourg Alsace comme de l’OGC Nice sont désormais en train de s’échauffer alors que la Meinau continue de se remplir. De retour bord pelouse, Arnaud échange avec un jeune photographe du club. Lui aussi porte un bonnet mais il n’aura droit à aucun chambrage.

16h36 : Arnaud fait maintenant escale dans la tribune famille puis le virage Kop’In, la tribune 100% féminine. « Je regarde, j’assure une présence. Je me montre pour que les stadiers puissent me trouver en cas de souci. Mais bien souvent, s’il y a un problème, je suis prévenu par la radio. Dans tous les cas, je rentre dans la tribune avant les stadiers ou la police, je suis là pour faciliter les choses. »

16h41 : Quelques drapeaux sénégalais fleurissent au pied d’une des deux tribunes latérales, non loin de la tribune Est. Si le club n’autorise habituellement pas de symboles ou drapeaux autres que ceux du RCSA, une exception a été faite pour cette délégation venue du Sénégal sur invitation de Kader Mangane, ex-Lion de la Teranga, Racingman de 2016 à 2018 et actuel coordinateur sportif du club. Il s’agit du premier match à la Meinau depuis la victoire à la CAN du Sénégal de Habib Diallo, qui ne manquera pas de faire un signe vers le petit groupe.

16h45 : L’ambiance se réchauffe encore lorsque la sono du stade fait résonner un chant de supporters. Une bonne partie du public présent reprend en chœur ce chant repris par le kop dans les années 90. Une idée soumise par Arnaud peu après sa prise de poste.

17h00 : Coup de sifflet de Stéphanie Frappart, Kévin Gameiro engage. C’est parti !

17h03 : Premières alertes, sur le but de Walter Benítez et en tribune. Après un corner, Frédéric Guilbert envoie une frappe lourde non loin de la lucarne gauche niçoise. Pour ce qui est de la tribune Ouest, les piles d’un mégaphone sont mortes et des piles neuves vont arriver de l’extérieur. Prévenu, Arnaud s’assure que les stadiers vont les laisser entrer lors de la fouille.

17h19 : Dans ce début de match dominé par les joueurs locaux, Arnaud jette régulièrement un coup d’œil vers la plateforme des capos, au cœur du virage. Surveillance ou nostalgie ? « C’est un peu frustrant car je suis au bord de la pelouse mais je ne peux pas regarder la rencontre, ce n’est pas mon rôle ! Je dois être attentif à ce qu’il se passe en tribune. »

17h28 : Arnaud revient près du rectangle vert après être allé voir les indépendants, près d’un des poteaux de corner. De quoi assister à un superbe tir de Sanjin Prcić et à une envolée du gardien niçois. Arnaud s’excite, lève les bras, pendant que le kop pousse et que les chants puissants s’enchaînent. « Pendant le match, il faut que je sois visible des leaders des différentes associations. Quand je ne suis pas en tribune, je suis au bord du terrain, entre les bancs de touche et le poteau de corner. »

17h42 : Un peu avant la mi-temps, Arnaud se dirige vers la coursive derrière la tribune Ouest. L’occasion de croiser (et saluer, évidemment) un autre supporter allemand mais aussi Cédric, un ancien capo : « Depuis qu’il est là, il y a la paix en tribune. C’est super depuis plusieurs années. Depuis que ce poste de référent supporters existe, on a des retours de la part du club. C’est grâce à ce dialogue qu’on a pu se déplacer à 700 personnes à Saint-Etienne le week-end dernier et que tout s’est parfaitement passé. »

17h56 : Arnaud est arrêté pour faire un point sur le remboursement du déplacement des supporters strasbourgeois à Clermont. Programmé le 22 décembre, le match de championnat avait été reporté en raison du brouillard. Les supporters bénéficient d’un remboursement de la LFP jusqu’à hauteur d’un certain montant.

18h27 : La seconde période se déroule à 10 contre 11 après l’expulsion du capitaine niçois Dante. Les joueurs de Julien Stéphan poussent mais ne trouvent pas la faille. Arnaud Szymanski reçoit un coup de fil de Dimitri Liénard, suspendu ce samedi. Comme l’avait fait Alexander Djiku en octobre, il souhaite suivre une partie de la deuxième période à l'intérieur du kop. Escorté par Arnaud jusqu’au virage, il s’emparera même du mégaphone pour lancer quelques chants sous l'œil amusé des supporters.

18h48 : Toujours pas de but pour faire chavirer (ou glacer) la Meinau. Mme Frappart siffle la fin de la rencontre. Arnaud se tient non loin des bancs de touche, un œil sur les tribunes pour « calmer d’éventuelles tensions, dissuader des jets d’objets. Il faut surveiller que tout se passe bien et, surtout, être témoin de n’importe quel événement qui pourrait survenir lorsque les joueurs saluent le public ». Les Niçois regagnent leur vestiaire après s’être rendus devant leur parcage. Aucun souci à déplorer malgré une fin de match un peu tendue par l’expulsion de Justin Kluivert.

19h00 : « Une fois le match terminé, j’attends que le matos des groupes soit rangé et, pour moi, c’est terminé. Aujourd’hui, il n’y a pas eu d’incident avant la rencontre, pas d’incident après, le stade était plein avec plus de 25 000 personnes, c’est plutôt pas mal ! », résume Arnaud.

19h06 : Avant de retrouver des amis au pied de la tribune Ouest, Arnaud est arrêté de nouveau, cette fois par Cédric Kanté. Natif de Strasbourg et ex-capitaine du Racing, il a soulevé la Coupe de la Ligue 2005 brassard au bras. La discussion porte sur l’équipe du Mali, entre CAN et barrages pour le prochain Mondial. Tout s'est déroulé sans encombre aujourd'hui, l'heure est à la décompression !

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Arnaud Szymanski : « Le plus important, c’est de rassurer »

Le référent supporters strasbourgeois Arnaud Szymanski revient sur son parcours, détaille son rôle, des spécificités strasbourgeoises aux échanges avec ses homologues.

Quelle est votre définition du référent supporters ?
C’est un médiateur entre toutes les composantes du football : les associations de supporters, le club, la police, les préfectures, les ministères, la LFP, la FFF… Le référent supporters fait tampon entre tous. (La mise en place d'un référent supporters est une obligation pour les clubs professionnels apparue avec la loi du 10 mai 2016 relative au renforcement du dialogue avec les supporters et de la lutte contre le hooliganisme).

Quel est le principal enjeu du métier ?
C’est de réussir à rassurer tout le monde. Le meilleur exemple est ce qu’il se passe pendant la réunion délégués, il n’y a pas de surprise. Même chose avec la police. Je me souviens de mon premier déplacement en tant que référent supporters à Saint-Etienne. Je m’étais mis une grosse pression. En arrivant à l’aire de repos, j’ai laissé mon numéro au gérant de la station-service pour qu’il le remette à la police quand elle passerait. Un policier m’appelle un peu plus tard et me remercie car c’était la première fois que quelqu’un fonctionnait ainsi avec lui. Il m’a dit : « J’ai votre contact. Ne vous inquiétez pas, tout se passera bien ». Ce petit échange a permis de désamorcer une situation car les supporters avaient 45 minutes de retard et la police a été prévenue. Le plus important, c’est de rassurer. Mais ce n’est pas parce que ce travail a été fait qu’un abruti ne va pas lancer un objet sur la pelouse. Je ne suis pas magicien non plus. Il peut arriver qu’il y ait des couacs mais on minimise leur nombre, on se donne un maximum de chances pour que tout se déroule bien.

Quel a été votre parcours jusqu’à cette fonction de référent supporters ?
Supporter du Racing, j’ai commencé à venir à la Meinau lors de la saison 1989/1990. En 1995, j’ai intégré l’association des Ultra Boys 90. J’ai fait partie du groupe et de son bureau directeur pendant de nombreuses années. J’ai été capo, notamment lors de périodes qui n’étaient pas les plus simples mais qui font partie de l’histoire du Racing. J’ai pris un peu de recul au moment où je passais mes diplômes d’entraîneur. A domicile, je n’ai raté quasiment aucun match du Racing mais à l’extérieur, ça devenait compliqué avec les équipes que j’entraînais. Mais je fais toujours partie de la Vieille Garde des UB90. Le Racing et les ultras m’ont donné de vrais amis, ce sont des liens qui ne se couperont jamais.

Comment s’est opéré le rapprochement avec le club ?
Je connaissais des gens qui y travaillaient, notamment au centre de formation. Quand le club était au plus bas, j’ai fait des animations micro pour le club. J’avais déjà beaucoup de contacts avec les supporters et, à un moment, on m’a demandé si ça m’intéressait de faire ça de manière plus officielle. J’ai commencé par travailler à la pige le week-end, pour les matchs à domicile comme à l’extérieur. On s’est rapidement rendu compte qu’il y avait besoin de plus donc j’ai eu un contrat de 30 heures par semaine en 2018. Un an plus tard, ça s’est transformé en CDI de 35 heures, à 100% sur la fonction. On partait d’une feuille blanche. J’ai appelé Hugues Esteban, le référent supporters de l’OL, ainsi que Clément Laborieux et Malik Nait-Liman du PSG, pour qu’ils me parlent de leur fonctionnement, qu’ils me donnent des tuyaux… J’ai pioché des idées et j’ai adapté ça à la culture strasbourgeoise.

Quelles sont les spécificités strasbourgeoises justement ?
On a une relation encore plus proche avec nos associations. Il faut dire qu'on vit une période dorée. Ça fait 10 ans que les gens viennent au stade et qu’ils ne connaissent pas la défaite ou la relégation. On a gagné la Coupe de Ligue 2019, on a disputé la Coupe d’Europe, on est 5e du championnat… Il n’y a que du positif. La situation est différente dans bien des clubs où il peut y avoir des résultats décevants, des conflits avec les coachs. On aura sûrement ces problématiques un jour mais, en ce moment, tout se passe bien, ce qui a permis de mettre en place une relation de confiance, un réel dialogue. J’ai pu profiter des bons résultats sportifs pour mettre des choses en place.

C'est-à-dire ?
Prenez l’organisation des déplacements à l’extérieur et le système de contremarques. La priorité est donnée aux associations mais les déplacements sont ensuite ouverts au grand public. Avec une réservation en ligne, les supporters hors assos obtiennent cette contremarque. Ils la présentent à l’espace visiteurs, leur identité est vérifiée et ils récupèrent leur billet. On ne le fait pas par obligation, nous l’avons proposé avec le club et ça a été accepté. On ne veut pas de surprise. Un carnet de route détaillant le trajet est fourni. Et après les matchs, on envoie un questionnaire de satisfaction. Lors du déplacement à Saint-Etienne il y a un mois, il y avait 700 Strasbourgeois. Un record pour le club à Geoffroy-Guichard. Si on ne se prépare pas, il n’y aura pas suffisamment de stadiers, 150 voitures… Qu’est-ce qu’on fait ? On veut que ce soit carré. On veut montrer que si on prépare les choses en amont, on peut se déplacer à beaucoup. On m’a dit qu’à Geoffroy-Guichard, les supporters stéphanois mettaient le feu. C’était le cas mais on est venus à 700, on a mis une belle ambiance et on est repartis, sans qu’il n'y ait le moindre problème. Prenez aussi les déplacements de supporters adverses à la Meinau. Ils ne sont pas bloqués même s’ils viennent en voiture, il y a de la restauration pour tous… Et si tout se passe bien, on donne un ou deux pass aux photographes de chaque association, ce qui leur permet de circuler librement dans le stade et de prendre de belles photos du parcage.

Vous faites chaque déplacement ?
Je les fais tous mais je ne fais jamais le trajet avec les supporters. Depuis que je suis en poste, j’ai toujours demandé à me déplacer à part de la sécurité et à part des supporters. Cette saison, je voyage avec les joueurs, ce qui est un confort incroyable. Mais les saisons précédentes, je me déplaçais tout seul. Si je me déplace avec les supporters et que je descends de leur bus, que vont penser les autorités ? Que je suis de mèche. Même chose si je me déplace avec les agents de sécurité. Les supporters vont penser que je suis là pour les balancer. Ne pas faire de mélange me permet d’être le plus juste possible.

Y a-t-il des échanges avec vos homologues ?
J’échange surtout avec 4-5 d'entre eux. En France, il y a beaucoup de respect entre nous mais on n’a pas tous les mêmes problématiques. On a notamment des discussions par rapport à l'INS (Instance Nationale du Supportérisme). Tout le monde a compris l’importance du poste. Il y a des séminaires organisés par la LFP et l’UEFA, des échanges téléphoniques, des informations qui sont transmises… A l'étranger, j'ai aussi eu le plaisir de discuter avec les référents supporters de l’Eintracht Francfort, quand le Racing les a affronté en Coupe d’Europe, ou encore de Fribourg, Haïfa ou Plovdiv.