Interview

Maxime Gonalons : « Ce serait beau que Karim Benzema termine à l’OL »

Maxime Gonalons : « Ce serait beau que Karim Benzema termine à l’OL »

Interview
Publié le 24/08 à 09H40 - Arnaud Di Stasio

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À Clermont après 5 ans à l’étranger, l’ex-milieu de l’OL Maxime Gonalons revient sur le capitanat et ses difficultés, une amitié vieille de 26 ans dans le vestiaire clermontois ou encore ses anciens coéquipiers Luis Suarez, Alexandre Lacazette et le « boss » Karim Benzema. Entretien.

Clermont et Pascal Gastien sont réputés pour leur volonté de bien jouer au football. Après deux mois au club, peux-tu nous dire comment ça se traduit au quotidien ?
Je suis Clermont depuis pas mal d’années car j’ai débuté le football avec Florent Ogier, que je retrouve ici, et je regardais ses matchs. Je connaissais donc bien cette équipe. Depuis leur montée en Ligue 1, ils n’ont pas abandonné leur philosophie de jeu, ce qui m’a poussé à signer ici. J’ai été formé à l’Olympique Lyonnais, où l’on met beaucoup l’accent sur le jeu. C’est important pour moi. Quand je suis arrivé à Clermont, je n’ai pas été surpris car, même si l’on travaille aussi la tactique ou le physique, tout est basé sur le jeu.

Après quatre saisons en Espagne, c’était obligatoire pour toi de poursuivre ta carrière au sein d’une équipe qui met l’accent sur le jeu ?
Bien évidemment ! J’ai passé quatre ans en Espagne, à Séville puis à Grenade. Le football espagnol s’organise autour du jeu, que ce soit à l’entraînement ou en match. La Ligue 1 est différente car plus physique, même si ça joue très bien au ballon, comme on a pu le voir la saison dernière. Forcément, je connais très bien ce style de football basé sur le jeu et c’est pour ça que je suis venu ici. Je sais très bien que je vais m’éclater à Clermont, que je vais prendre beaucoup de plaisir.

« Il ne faut pas seulement parler pour parler »

Tu as longtemps été capitaine de l’Olympique Lyonnais. Même si tu es nouveau à Clermont, Pascal Gastien a-t-il évoqué cette responsabilité avec toi ?
Pas vraiment. Mais quand Florent Ogier ou Johan Gastien n’étaient pas sur le terrain pendant la préparation, le coach me confiait le brassard. Pour la suite, ça se fera naturellement. Je connais cette fonction de capitaine pour avoir porté le brassard à l’OL pendant cinq ans. Ce n’est pas qu’un bout de tissu autour du bras, ça implique beaucoup de responsabilités. Si je suis parfois amené à être capitaine cette saison, ce ne sera pas un problème pour moi. Mais je pense que je n’ai pas besoin du brassard pour amener mon expérience et ce que j’ai pu apprendre tout au long de ma carrière. Je n’y suis pas spécialement attaché.

Qu’est-ce qu’un bon capitaine selon toi ?
Déjà, il faut être irréprochable sur le terrain pour pouvoir être important dans le groupe, pour pouvoir être crédible quand tu parles aux autres. Quand j’étais à Lyon, c’est la première des choses qui m’importait : être efficace pour le collectif. Ensuite, il ne faut pas seulement parler pour parler, il faut être juste dans ses mots. Il faut pouvoir amener quelque chose au groupe, notamment dans les moments où c’est plus compliqué.

Lors de tes cinq ans en Italie et en Espagne, as-tu observé des différences entre la façon dont le rôle de capitaine est interprété là-bas par rapport à la France ?
Il n’y a pas de grande différence, c’est la même fonction. Le capitaine va aller négocier les primes avec le directeur sportif ou le président, le capitaine fait le tampon entre les joueurs et le staff technique et les dirigeants… Ça pompe un peu d’énergie mais, avec le temps, c’est quelque chose qu’on apprend à gérer de mieux en mieux. Le fonctionnement d’un capitaine dépend davantage de sa personnalité que de sa nationalité. A Séville, par exemple, j’ai eu Jesús Navas pour capitaine et ce n’est pas quelqu’un qui parle beaucoup. Pourtant, c’est le joueur emblématique du club, le capitaine depuis des années. Mais, pour lui, l’important, c’est le terrain. C’est un leader par l’exemple. J’ai vraiment connu différents styles de capitaines à l’étranger. A Grenade, ça peut paraître curieux mais notre capitaine, Víctor Díaz, ne jouait pas tout le temps. Et à la Roma, Daniele De Rossi, c’était encore autre chose…

C’est-à-dire ?
C’était un enfant du club donc, tout ce qu’il faisait, c’était avec l’amour du maillot, de l’écusson. J’ai énormément appris auprès de lui. C’était vraiment un très grand joueur mais aussi un grand homme, sur et en dehors du terrain, avec cette âme de guerrier. Daniele De Rossi, c’est la grande classe. C’est une légende mais il communiquait les choses en toute simplicité, pour faire comprendre aux nouveaux quelles étaient les valeurs du club : gagner le derby, haïr la défaite, toujours mouiller le maillot… Ça peut paraître con à dire mais ce sont des choses très importantes. Quand j’y repense, c’est un peu ce que j’ai vécu à Lyon, je me voyais un peu à travers lui. Mais oui, quand tu es capitaine de la Roma, tu as des responsabilités immenses car c’est un club où il y a beaucoup de pression, beaucoup d’attentes.

« Le brassard ne fait pas tout »

Après cinq ans à porter le brassard avec l’OL, est-ce que ça a été compliqué de redevenir un joueur parmi d’autres lorsque tu jouais à l’étranger ?
Comme je le disais plus tôt, le brassard ne fait pas tout. Certains joueurs se comportent naturellement comme des capitaines sans porter le brassard. J’amenais ce que je pouvais à la Roma, à Séville ou à Grenade, même si je n’avais pas le brassard, comme je le faisais à Lyon.

Tu disais que ça pompait de l’énergie. Ça fait du bien de redevenir un joueur parmi d’autres ?
Entre les conférences de presse, les négociations avec le staff ou les dirigeants au nom du groupe, les diverses demandes, c’est sûr que la fonction de capitaine peut représenter un poids supplémentaire et que ne pas porter le brassard peut libérer de certaines choses. Il y a beaucoup d’attentes autour du capitaine. Les autres joueurs te posent souvent des questions sur un tas de choses. C’est un tout et il faut toujours être là. Sans le brassard, on n’a plus qu’à se concentrer sur soi. Mais j’essayais d’être aussi utile que possible pour le groupe même sans l’avoir.

Quand tu es arrivé à la Roma, ça n’a pas été trop dur de te défaire de certains réflexes de capitaine ? Tu n’es jamais allé signer la feuille de match alors que ce n’était plus à toi de le faire ?
Non (rires), à vrai dire, c’est très français de faire signer la feuille de match au capitaine. Je ne crois pas que ça se passe comme ça en Italie et en Espagne ! Ce qui était dur à mon arrivée à la Roma, c’était plutôt la barrière de la langue. Pendant les premiers mois, tu écoutes et tu apprends. Ça n'a pas toujours été évident car je quittais la France pour la première fois. En plus, ça ne s’était pas très bien terminé avec Lyon donc il fallait digérer. Mais j’ai adoré mon expérience romaine, on a fait une super saison.

« Avec Lacazette et Tolisso, on a toujours notre groupe WhatsApp de l’époque »

Alexandre Lacazette et Corentin Tolisso à l’OL… Mehdi Zeffane et toi à Clermont… Vous vous êtes concertés pour tous revenir dans la région en même temps ?
Même pas (rires). Il y a plusieurs semaines, j’ai aussi discuté avec Moussa Sissoko, qui fait son retour en France, lui aussi. Je ne sais pas pourquoi ça s’est fait comme ça pour nous tous cet été mais c’est marrant car, avec Coco et Alex, on a quitté Lyon en même temps et, là, on revient en France en même temps également. Ça va être sympa de se retrouver sur les terrains, ça fait plaisir ! On a joué très longtemps ensemble à l’OL, en jeune et en pro, donc on était toujours en contact. On a toujours notre groupe WhatsApp de l’époque, avec d’autres anciens comme Clément Grenier, Mathieu Valbuena, Rachid Ghezzal…

Tu en parlais plus tôt, outre Mehdi Zeffane, tu retrouves à Clermont un autre ancien Lyonnais, Florent Ogier…
Ah, Flo… On est nés à quelques jours d’intervalle et on a commencé le foot ensemble à Villefranche à 7 ans ! C’est marrant parce qu’à l’époque, on habitait juste à côté l’un de l’autre donc on faisait tous les trajets ensemble. On a joué deux ans ensemble à Villefranche, lui derrière et moi devant, puis il est parti à l’OL. Je devais y aller aussi mais, avec mes parents, on était en train de déménager et on avait estimé que j’étais encore un peu jeune pour quitter la maison. Finalement, j’ai rejoint Florent à l’OL l’année d’après et on a joué ensemble jusqu’à nos 18 ans, moment où il n’a pas été conservé. Au total, on a joué dix ans ensemble en jeunes. Depuis, on est toujours resté en contact. C’est la belle histoire !

« Ils appelaient Luis Suárez "le bison" »

Pour parler d’un autre ancien coéquipier, à Grenade, tu as joué pendant deux saisons avec l’attaquant colombien Luis Suárez, qui a signé à l’OM cet été. Peux-tu nous en dire davantage sur lui ?
Luis est un joueur athlétique. A Grenade, ils l’appelaient « le bison ». Il pèse sur les défenses. Pendant deux ans, il nous a marqué des buts importants même si je pense qu’il peut encore gagner en efficacité parce qu’il se crée beaucoup de situations. Ça a plutôt bien commencé pour lui donc je suis content. Les supporters marseillais doivent être patients avec lui car c’est encore un jeune joueur et c’est la première fois qu’il va jouer dans un très grand club français et européen, avec des attentes importantes. Il faut encore qu’il apprenne mais je lui souhaite de réussir là-bas.  Et en dehors des terrains, c’est quelqu’un de très casanier, qui aime rester en famille. Il n’y a jamais d’histoires avec lui, ça, c’est sûr ! Luis peut avoir le sang chaud sur le terrain mais, en dehors, il est tranquille.

A la Roma, tu as également côtoyé Cengiz Ünder et Gerson…
Tu aimes bien les Marseillais toi (rires) ! Ça ne me surprend pas du tout de les voir à ce niveau-là désormais. A l’époque, Gerson était très jeune. Il arrivait tout juste du Brésil. Il n’avait pas beaucoup l’occasion de montrer ses qualités à la Roma car il jouait peu mais, lorsqu’il est retourné dans son pays, à Flamengo, il a été très costaud. Il a évolué dans son jeu avec l’âge, il a gagné en maturité. Il sort d’une grosse saison avec l’OM même si les premiers mois ont été un peu compliqués. Cengiz Ünder, c’est un peu la même chose. Il est arrivé à la Roma en même temps que moi et, au début, il ne parlait ni italien ni anglais donc c’était un peu compliqué. C’est quelqu’un de talentueux, de respectueux aussi. Et je l’ai vu bon avec Marseille la saison dernière, comme Gerson.

Que retiens-tu en priorité de ton expérience dans les championnats italien et espagnol ?
Ce sont des championnats très différents de la Ligue 1. La Serie A reste un championnat très tactique. A l’entraînement, on pouvait rester une heure à travailler les coups de pied arrêtés, 40 minutes à faire des 11 contre zéro… Les entraîneurs, notamment les Italiens, sont très pointilleux sur la tactique. J’ai beaucoup appris dans ce domaine avec Eusebio Di Francesco à la Roma. Et en Espagne, ce qui ressort, c’est le jeu. Quand tu arrives à l’entraînement, tu commences par un toro. Le physique, c’est avec ballon. Le jeu est à la base du championnat espagnol.

Et à ton poste de milieu, quelles différences as-tu relevé d’un championnat à l’autre ?
En Italie, on joue rapidement vers l’avant. Les entraîneurs n’aiment pas trop faire circuler le ballon. Ça dépend bien sûr des entraîneurs mais les coachs italiens aiment souvent les attaques rapides. En Espagne, comme en France, on aime davantage garder le ballon, faire courir l’adversaire avant de le déséquilibrer à un moment.

« Au départ, je souhaitais rester à l’OL toute ma carrière »

Lyon, Rome, Séville, Grenade… Tu n’as pas choisi les villes les plus moches !
Il y a pire, non ? A Clermont, on m’a dit que l’hiver était froid mais, moi, je suis de Lyon donc je suis habitué à tout ça ! Je ne connaissais pas du tout Clermont mais je suis curieux de découvrir davantage la ville. C’est sûr que j’ai eu beaucoup de chance vu les villes dans lesquelles j’ai joué durant ma carrière, notamment à l’étranger, où j’ai été servi niveau soleil !

Le choix de la ville comptait autant que le projet sportif au moment de changer de club ?
C’est un élément que je prenais en compte car, quand on est footballeur, on ne part pas tout seul. On fait forcément attention au bien être de sa famille. Mais le plus important, ça reste le projet sportif. Si tu pars au soleil mais que ton quotidien n’est pas satisfaisant sur le plan professionnel, ça ne peut pas marcher. Ça s’est fait comme ça pour moi. En Espagne, j’ai joué en Andalousie, où il fait très chaud, tout le temps. A Rome aussi, je n’ai pas souvent sorti le blouson. Ici, ça sera peut-être un peu différent (rires). A l’étranger, j’ai découvert beaucoup de choses, que ce soit la culture, la gastronomie, les lieux, les monuments… A Rome, tu n’es pas à plaindre, idem à Séville et Grenade ! J’ai eu cette chance. J’ai pu en faire profiter ma famille et mes amis. Je remercie le football de m’avoir offert tout ça. C’est beau. Au départ, je souhaitais rester à l’OL toute ma carrière mais j’aurais eu des regrets si j’étais passé à côté de ces choses-là…

« Je comprends ce que Lionel Messi a vécu »

Pour revenir au terrain, quel est le joueur adverse qui t’a le plus impressionné ?
Le meilleur joueur du monde, Lionel Messi ! Je ne sais pas si c’est le meilleur joueur de tous les temps car c’est difficile de comparer les époques mais il fait partie de cette discussion-là. Sur un terrain, il est déroutant. Il passe son temps à se mettre entre les lignes, à se cacher. Il ne court pas beaucoup mais, quand il a le ballon, il est quasiment inarrêtable. Je sais qu’il a été critiqué la saison passée mais il faut comprendre que, même s’il est argentin, il est tout autant barcelonais, vu le nombre d’années qu’il a passées là-bas. Je comprends ce qu’il a vécu lorsqu’il est parti de Barcelone pour avoir vécu la même chose à mon départ de Lyon. Lorsque vous avez passé 20 ans dans un club, vous avez plein d’habitudes. A Paris, il a fallu s’adapter à une autre culture. C’est aussi un autre football. Je me souviens de son premier match avec le PSG, à Reims, où il se fait tamponner 2-3 fois, il n’avait pas l’habitude en Liga ! Même si c’est un des plus grands joueurs de l’histoire, c’est normal d’avoir besoin d’un temps d’adaptation. Je voudrais aussi citer Ever Banega, avec qui j’ai joué à Séville et qui était incroyable. Il y a aussi Karim Benzema… Son évolution est incroyable. Je le suis de près et, depuis le départ de Cristiano Ronaldo du Real, il a pris conscience que c’était lui le boss. Et surtout, il assume. Énorme.

C’est lui le prochain Lyonnais à rentrer à la maison ?
Il joue dans le plus grand club du monde donc je pense qu’il a tout intérêt à rester là-bas tant qu’il est au top, pour écrire encore un peu plus l’histoire du Real. Vu ce qu’il est capable de faire, je ne pense pas que le Real soit prêt à le lâcher ! On n’a pas encore tout vu. Mais oui, ce serait beau qu’il termine à Lyon et qu’il boucle la boucle à l’OL. Ce serait beau pour tout le monde !