Christopher Jullien (MHSC).
Interview

Christopher Jullien : « Conduire Montpellier dans le top 5 des meilleures défenses »

Christopher Jullien : « Conduire Montpellier dans le top 5 des meilleures défenses »

Interview
Publié le 28/09 à 09:41 - N. Maître

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Recruté pour stabiliser l’arrière-garde du Montpellier Hérault SC dans les dernières semaines du mercato, Christopher Jullien (29 ans) se livre sur ses retrouvailles avec Olivier Dall’Oglio, son expérience au Celtic, sa longue blessure, ainsi que sur ses objectifs. Entretien.

Après plus d’un an et demi sans être titulaire, vous avez retrouvé le bonheur de disputer 90 minutes lors de la 4e journée à Brest. Cela a dû être un immense soulagement ?
Soulagement ? Le mot est faible ! C’était une délivrance de pouvoir enfin disputer 90 bonnes minutes à haute intensité. En plus, même si c’était face à une bonne équipe de Brest, on a vraiment été supérieurs durant toute la rencontre. Gagner 7-0, ce n’est pas quelque chose qui arrive tous les jours. Je ne pouvais pas rêver mieux. L’équipe m’a offert un joli cadeau pour mon arrivée et mon retour comme titulaire.

Qu’est-ce que vous vous êtes dit quelques heures après la rencontre ?
Au coup de sifflet final, j’ai directement pensé au match suivant face à l’AC Ajaccio. J’étais tellement dans ma bulle, déterminé et concentré sur ma progression, que je suis vite passé à autre chose. Dans ma tête, je me suis directement tourné vers la prochaine mission. Pour moi, on avait fait un bon match, mais on devait continuer sur cette voie. Après, quand je suis rentré chez moi, j’ai vu que j’avais plein de messages, de la famille, des amis me disant : « Ça fait plaisir de te revoir sur un terrain ». Ça m’a touché mais je me suis dit qu’il fallait que je continue.

Après votre expérience au Celtic FC, revenir en Ligue 1 Uber Eats, c’était votre priorité ?
Ce n’était pas ma priorité absolue. Je voulais tout d’abord repartir sur de bonnes bases, dans un championnat à haute intensité et compétitif. C’était ça mon objectif. Je voulais signer dans un championnat où tous les week-ends, j’allais avoir un client en face de moi, une adversité qui allait me pousser dans mes retranchements et où j’allais progresser. Et la Ligue 1 Uber Eats en fait partie. Aujourd’hui, la Ligue 1 est parmi les cinq plus grands championnats car il y a vraiment de très bons joueurs et beaucoup de qualité. Ça fait plaisir d’y revenir. Quand le challenge de Montpellier s’est présenté, je me suis dit que c’était la bonne opportunité à saisir. Je suis très content d’avoir fait ce choix.

« Avec Olivier Dall’Oglio ? On est sincères l’un envers l’autre »

Le fait de retrouver Olivier Dall’Oglio, un entraîneur que vous avez côtoyé à Dijon, a certainement dû faire pencher la balance…
Oui. Savoir que l'ensemble du club était intéressé par mon profil et, qu’en plus, le coach était une personne que j’avais déjà côtoyée ont pesé dans ma décision. Quand tu connais les méthodes de travail, le staff, le préparateur physique, l’analyste vidéo, tu es plus à l’aise. Tu sais qu’ils ont déjà réussi à te faire progresser. Pouvoir performer avec des gens qui connaissent ta manière d’être et ton corps, c’est toujours plus facile. La communication est aussi plus fluide. On a connu beaucoup de choses ensemble, donc il n’y a pas d’étape de découverte. Le coach connaît mes forces, mes faiblesses, sait quand je suis moins bien. Il sait aussi que je peux ne pas être très bon dans un exercice la semaine, mais qu’il pourra compter sur moi le week-end et que je donnerai tout pour lui et le club.

Qu’est-ce qui fait que votre relation est si spéciale ?
On est sincères l’un envers l’autre. On se dit les choses. Si je vois quelque chose sur le terrain que j’apprécie ou pas, je vais lui dire. Si lui préfère autre chose, il va aussi directement venir m’en parler. J’essaie le plus possible de transmettre ses idées sur le terrain. Mais depuis qu’il est arrivé à Montpellier, il a déjà des confidents et des joueurs qui ont cette capacité sur le terrain. Personnellement, savoir ce qu’il aime et connaître sa manière de faire jouer son équipe, ça me facilite beaucoup de choses. Pour se relancer, c’est plus simple.

Entre Dijon et Montpellier, la méthode Olivier Dall’Oglio a-t-elle évolué ?
J’ai envie de dire oui. Par exemple, à Dijon, on ne parlait pas trop des sorties de balle, alors qu’ici, on en parle beaucoup plus. Je trouve qu’il a innové sur certains principes de sa méthode. Après, j’ai toujours connu le coach très bon sur les tactiques sur les coups de pied arrêtés, sur ses principes tournés vers un football offensif. Il dit toujours qu’il ne faut pas forcer les choses et qu’il faut avoir confiance en ses qualités pour réussir à trouver des failles. J’ai totalement confiance en sa méthode. Ce n’est pas tous les jours qu’un entraîneur qui n’a pas un effectif du top 5 de Ligue 1 essaie de jouer un beau football.

A ses côtés, vous vous étiez mis au yoga. Continuez-vous à le pratiquer ?
J’ai arrêté (rires). Mais avoir pratiqué cette discipline m’a appris certaines choses sur ma personne. Ça m’a permis d’être plus calme. Quand le coach m’avait invité à faire du yoga, c’était pour voir autre chose que le football. Aujourd’hui, j’ai mes enfants et plus d’expérience, donc j’arrive plus facilement à me déconnecter du football. Une fois que je passe la porte du bâtiment sportif, je passe à autre chose. C’est sur ce point que le coach voulait que je travaille à Dijon, et ça a fonctionné.

« J’ai cette force de parvenir à me démarquer sur les coups de pied arrêtés »

Vous aviez aussi inscrit 9 buts lors de votre saison avec le DFCO en Ligue 2 BKT. Est-ce quelque chose qu’on pourrait revoir ?
C’est sûr ! Si ça n’arrive pas, ça voudra dire que les équipes se sont ajustées et qu’elles auront mis deux ou trois joueurs sur moi. Mais dans ce cas-là, ça va ouvrir des brèches pour mes partenaires. De toute façon, à partir du moment où on gagne, même si je ne marque pas, je serai très heureux. Si je ne mets pas un but de la saison mais qu’on finit dans le top 6, je signe tout de suite. Mais si jusqu’à la fin de la saison, j’arrive à jouer une bonne quantité de matchs et que je me retrouve souvent en duel en un contre un, je suis sûr que je vais marquer quelques buts.

D’où vient cette confiance en vous dans le domaine aérien ?
J’ai cette force de parvenir à me démarquer sur les coups de pied arrêtés. En plus, aujourd’hui, j’ai encore plus d’aide en ma faveur car il y a la VAR. Si les adversaires essaient de me tirer ou de me pousser, comme ils pouvaient le faire par le passé, ils vont être sanctionnés. J’ai confiance en la qualité de mon jeu de tête dans la surface, que ce soit défensivement ou offensivement. Le fait également d’avoir Téji Savanier dans l’équipe me donne encore plus de force. C’est la référence du championnat chez les tireurs de coups de pied arrêtés. Donc, j’ai les munitions, maintenant, c’est à moi de savoir les utiliser.

Est-ce un aspect de votre jeu que vous avez beaucoup travaillé ?
Oui et non. J’ai envie de dire que j’aimante parfois le ballon, mais il y a aussi une part de réussite. J’ai du mal à l’expliquer. Je regarde souvent comment les coups de pied arrêtés sont tirés de notre part, mais également de la part des adversaires ou des équipes européennes. Et je trouve que les buts dans ce type de situation sont souvent les mêmes. Si tu sais bien te positionner, tu sais qu’à un moment donné du match, tu auras au moins une situation. La seule chose que j’ai réellement travaillé, c’est mon jeu de tête. Je sais que sur cinq opportunités, je suis capable d’en mettre quatre. Après, tu peux être le meilleur joueur de la tête du monde et savoir sauter très haut, ce qui est le plus important, c’est la qualité de la passe et la manière dont le coup de pied arrêté est tiré. C’est 90% du travail. Dès que tu vois que le ballon est bien parti, tu sais directement qu'il va y avoir danger.

Vous dites souvent regarder les coups de pied arrêtés. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Je regarde beaucoup de vidéos. Ma référence reste Sergio Ramos. Au début de ma carrière, je regardais ses vidéos en boucle (il répète trois fois en boucle). Je me concentrais sur sa façon de jouer, sa manière de se déplacer. C’est le meilleur joueur sur les coups de pied arrêtés, même si au PSG, il n’est plus sur le même rythme qu’au Real Madrid. Il faut dire qu’il faisait tout là-bas (rires). A force de l’observer, cela m’a aussi permis de voir qu’il faut varier les appels. De cette manière, les adversaires vont toujours se sentir en danger et sans cesse être surpris.

« A la suite d’une telle blessure, tu ne peux que devenir plus costaud mentalement »

Pour revenir à votre expérience au Celtic, qu’avez-vous appris là-bas ?
La rigueur ! Tu ne peux pas sortir d’un seul entraînement sans te dire que tu n’as pas assez travaillé. Il y a une vraie culture de la gagne. Il faut tout gagner, tout ramasser sur ton chemin. J’ai appris à savoir être le plus performant possible tous les jours. J’ai également côtoyé de véritables leaders. Des mecs qui dirigent leur équipe. J’ai eu de bons capitaines en France, comme Yannick Cahuzac (à Toulouse), mais, quand je suis arrivé là-bas, j’ai compris ce qu’était un vrai capitaine. C’était autre chose.

C’est-à-dire ?
J’ai quand même côtoyé Scott Brown, le capitaine emblématique du Celtic, puis juste après Callum McGregor, qui suivait les traces du premier. La différence se fait dans leur manière d’être, d’agir, de parler, de s’entraîner et dans leur comportement en match. Ils sont toujours irréprochables. Tout ce qu’ils font, c’est juste incroyable. Juste après le départ de Scott Brown, ça a été un désastre. Et aujourd’hui, quand Callum McGregor n’est pas sur la pelouse, ce n’est pas la même équipe non plus. La saison dernière, les matchs où il a été absent, la différence a été tellement importante que tu te rends compte que tu ne peux pas le sortir de l’équipe.

Vous avez également rempli votre armoire à trophées…
Ma première saison a été incroyable ! On a réussi à gagner les trois trophées nationaux (Championnat, Coupe d'Ecosse et Coupe de la Ligue écossaise). Mais la deuxième n’a pas été aussi prolifique puisqu’on n'a gagné qu’un trophée. Donc, oui, le palmarès s’est agrandi. Je ne regrette à aucun moment d’avoir signé là-bas. J’ai vécu une expérience incroyable !

En décembre 2020, vous vous êtes gravement blessé à un genou. Comment avez-vous vécu votre longue absence ?
Cela a été une épreuve difficile. Quand tu ne joues pas pendant un an, tu apprends beaucoup sur toi, ton entourage et ta famille. A la suite d’une telle blessure, tu ne peux que devenir plus costaud mentalement. Mais la chose qui m’a le plus marqué, c’est que, lorsque tu es à l’étranger et que tu ne joues pas, ton nom sort très rapidement des radars. Beaucoup de gens me demandaient ce que je devenais et si je jouais ou pas. C’était surtout une très longue absence en match officiel car je suis réellement revenu de ma blessure en novembre 2021. Le problème que j’ai rencontré à mon retour, c’est que l’équipe tournait très bien et que le coach n’avait pas besoin de m’intégrer dans le onze.

« J’arrive mieux à comprendre le jeu et à voir ce qui dérange l’adversaire »

Malgré cette longue période sans jouer, pensez-vous être un joueur plus complet ?
Je pense ! Comme je l’ai dit, j’ai beaucoup appris sur la rigueur. J’ai également progressé tactiquement. J’arrive mieux à comprendre le jeu et à voir ce qui dérange l’adversaire. Même si je n’ai pas joué la saison dernière et que c’était compliqué humainement avec le coach Ange Postecoglou, j’ai beaucoup appris. C’est un coach qui s’appuie beaucoup sur la vidéo et qui essaye d’entrer dans la tête de l’adversaire. Grâce à cela, je me suis rendu compte que lorsque tu pousses l’équipe adverse à faire exactement ce qu’elle ne veut pas, tu peux la faire déjouer à un point inimaginable. C’est comme au jeu d’échecs. Si l’équipe adverse n’arrive pas à trouver de parade, tu te régales. C’est pour cela que je pense être devenu plus aiguisé tactiquement. Mais j’essaie toujours de progresser sur cet aspect, car cela peut te permettre de faire des différences énormes et d’avoir des coups d’avance sur ton adversaire.

Quel rôle souhaitez-vous tenir cette saison ?
Premièrement, je me focalise sur mon travail, sur mes performances et le fait d’être bon défensivement. Ensuite, mon objectif, c’est de conduire l’équipe dans le top 5 des meilleures défenses de Ligue 1 Uber Eats. Je pense qu’on a les qualités pour y parvenir. Offensivement, j’ai le sentiment qu’on est très forts et qu’on a beaucoup d’armes, donc si on arrive à tous tirer dans le même sens défensivement, je pense qu’on peut faire quelque chose de sympa cette saison. Il faut simplement en être convaincu. C’est pour cela qu’il faut avoir des cadres dans l’équipe qui, lorsque certains baissent la tête, savent remettre tout le monde d’aplomb. Même si on a déjà Téji, Wahbi ou Jordan, j’ai, comme le souhaite le coach, envie d’endosser ce rôle mais cela se fera naturellement.

À quoi ressemblerait une saison réussie pour vous ?
Terminer dans le top 6 ! Ensuite, sur le plan personnel, c’est de réaliser une saison où je n’ai aucun accroc physique. En revanche, je ne me fixe aucun objectif individuel, ça viendra avec le temps si, collectivement, on performe.