Interview

André Ayew : « Lorient correspondait le mieux à ce que je recherchais »

André Ayew : « Lorient correspondait le mieux à ce que je recherchais »

Interview
Publié le 16/01 à 09:40 -

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A 34 ans et de retour en Ligue 1 Uber Eats au HAC, André Ayew participe à sa 8e CAN avec le Ghana. Entretien dans lequel l’attaquant aborde l’Afrique, son père Abedi Pelé, mais aussi l’OM et les Merlus.

Que représente la CAN pour les joueurs africains ?
Quand la CAN approche, tous les Africains en parlent, même avec les joueurs d’autres équipes. Ça parle, ça chambre… « On va vous taper », « On vous a tapé à la dernière »... Même si on rigole, il y a derrière ça une réalité : tout le monde veut la gagner. Avec la CAN, il y a toujours un côté affectif, car nous savons ce que cela représente pour les Africains et pour nos familles.

Et plus spécialement pour toi ?
La CAN, c’est la compétition la plus importante à mes yeux, car j’ai grandi avec le rêve de la remporter. Je l’ai jouée très jeune, au Ghana en 2008 (à 18 ans). J’adore cette compétition. C’est une des dernières chances pour moi de la remporter, après deux finales perdues avec le Ghana. Ça serait la consécration. Pourtant, je pourrais être tranquille avec déjà 3 ou 4 CAN remportées. Je le dis sérieusement, car cela s’est joué sur des détails. Mais à la fin, il n’y en a pas… Cela m’a beaucoup fatigué mentalement, mais également boosté pour continuer, espérer de la gagner. Quand tu es un Ayew, tu ne baisses jamais la tête, donc je vais continuer.

« L’OM est le club n°1 en Afrique »

L’Olympique de Marseille a toujours été un club marqué par les Africains. Tu en es la preuve, en ayant joué avec les Taiwo, Kaboré, M’Bia…
Il y a toujours eu de grands joueurs africains qui ont porté le maillot de l’OM. Je pense à mon père (Abedi Pelé), Souleymane Diawara ou encore à Nicolas Nkoulou. C’est un club qui a un côté africain. Déjà parce qu’il peut compter sur énormément de supporters sur tout le continent. C’est le club n°1 en Afrique, surtout en Afrique francophone. Ce club garde une attache particulière avec l’Afrique.

Lorsque l’on évoque l’OM et l’Afrique, le nom de Didier Drogba s’impose. Peux-tu nous dire un mot sur lui ?
C’est un monsieur, une énorme carrière avec beaucoup de buts et énormément de trophées. Il a porté les couleurs de mon club, l’OM, même si ce n’a pas été pendant longtemps. Il y a fait une saison exceptionnelle qui l’a lancé à Chelsea.

Selon vous, pourquoi les Africains aiment-ils la Ligue 1 Uber Eats ?
Je pense que c’est une histoire d’opportunités. Beaucoup de joueurs issus du continent y ont eu leur chance. Dans l’histoire, il y a toujours eu des filières sénégalaise, ivoirienne, malienne ou encore guinéenne qui sont arrivées en France. Ce qui fait que tous les joueurs africains rêvent d’y venir à leur tour, à l’OM ou ailleurs, comme à Saint-Etienne, qui a aussi eu de grands joueurs africains.

Pouvez-vous nous parler de la passion pour le foot des enfants en Afrique ?
Si je suis né en France, je suis retourné au pays (au Ghana) et ce n’est pas facile pour tous les jeunes. J’ai eu la chance d’avoir une bonne vie, d’aller dans de bonnes écoles et de manger à ma faim. Ce n’était pas le cas pour tous les amis avec qui je jouais au foot. Quand tu es un jeune Africain, tu rêves de venir en Europe, d’aider ta famille. Et ce, même au plus jeune âge, car tu veux sortir de la galère. Les Africains aiment le foot car ils aiment ça, et aussi car ils savent que c’est un moyen de sortir de la difficulté. Ça pousse à travailler plus et à faire des choses extraordinaires sur le terrain.

« Avec l’âge, je réalise tout ce que mon père a fait »

Que pensez-vous de votre père Abedi Pelé, de ce qu’il vous a apporté ?
Quand je vois d’où il est parti, tout ce qu’il a accompli et l’homme qu’il est devenu aujourd’hui... Cette vie qu'il nous a donnée à ma famille et moi... Il a réussi quelque chose d’extraordinaire. Avec l’âge et le temps, je réalise tout ce qu’il a fait sur le terrain et surtout en dehors. C’est la personne qui m’impressionne le plus. Il croit en tout ce qu’il entreprend, il ne cède jamais rien.

Et avez-vous regardé ses matchs comme joueur ?
J’ai vu toutes les cassettes de lui au LOSC, à l’OM et aussi à l’OL. Je me souviens d’un coup franc avec Lille contre l’OM. Son premier but avec l’OM était une tête plongeante en glissant au sol contre Nantes. Quand j’ai vu ce but quelques années plus tard, je me suis dit que, pour réussir, il faut juste avoir faim, que ce n’est pas une affaire de qualité. Il a montré à quel point il voulait faire partie de cette grande équipe marseillaise. Car à l’époque, il n’était pas encore un titulaire indiscutable. Il était prêt à tout pour y arriver et ce but l’illustre parfaitement.

« Eric Gerets voulait que je fasse une saison à 20 matchs »

Si l’on vous dit OM-OGC Nice (4-2), 32e journée de la saison 2010/2011, à quoi pensez-vous ?
Quatre buts d’Ayew : trois d’André et un de Jordan. On avait bien rigolé ce jour-là ! Je pense que c’était un de mes meilleurs moments en Ligue 1 Uber Eats. A chaque période de sa carrière, on se donne des objectifs différents et là, pour moi, c’était mon premier triplé. Un moment particulier. Il y a eu d’autres matchs où nous avons marqué tous les deux, mais celui-ci était spécial d’autant qu’il me semble que mon frère me fait une ou deux passes décisives (une, sur un centre sur son 2e but). Je crois que c’est ce match qui a installé les frères Ayew dans le cœur des Marseillais. J’ai senti énormément de fierté. J’ai pris conscience qu’il était possible de réaliser cette performance en Ligue 1 Uber Eats. C’était une période importante car le club jouait le titre à cette période. Pour moi, l’objectif était de dépasser mes limites, de continuer à progresser en réalisant des choses nouvelles.

Avant cela, vous avez connu un prêt au FC Lorient en 2008/2009. Comment cela s’est-il passé ?
Après ma première saison à l’OM, où j’avais la chance de faire quelques matchs comme titulaire et surtout plusieurs entrées en jeu pour participer au championnat, à la Coupe et à la Ligue des Champions, l’année d’après, le coach Eric Gerets – qui me faisait confiance – voulait que je fasse une saison à plus de 20 matchs en Ligue 1 Uber Eats. Pour ensuite revenir à l’OM, si tout se passait comme prévu. Et parmi toutes les offres reçues à l’époque, Lorient correspondait le mieux à ce que je recherchais au niveau du style de jeu avec le 4-4-2 bien huilé de Christian Gourcuff.

Qu’est-ce que cette saison chez les Merlus vous a-t-elle apporté ?
Cette décision m’a fait grandir car à Marseille, j’étais vraiment dans mon petit cocon avec tous mes amis et mes proches. Partir pour Lorient (à 19 ans), ce n’était pas une épreuve car ça reste en France, mais ça changeait mes habitudes. Je quittais un centre que je fréquentais depuis mes 14 ans. Au final, ça s’est bien passé car je me suis aguerri et j’ai obtenu du temps de jeu.

(crédit photo : HAC-foot.com)