Interview

Téji Savanier : « Les JO ? Ma plus grande émotion avec mon 1er but à la Mosson »

Publié le 24/09/2021 à 09:05 - Arnaud Di Stasio

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Revenu dans son club formateur de Montpellier il y a deux ans, Téji Savanier en est aujourd’hui le capitaine. Le maestro du MHSC reste surtout le joueur frisson numéro 1 du championnat. Entretien plaisir.

S’il a découvert la Ligue 1 Uber Eats à 26 ans bien tassés, Téji Savanier n’a pas traîné pour se mettre les esthètes dans la poche entre transversales millimétrées, feintes inspirées et frappes téléguidées. Meilleur passeur du championnat pour sa première saison dans l’élite avec Nîmes, il a rallié Montpellier, son club formateur, dès qu’il a pu. Désormais capitaine du MHSC, le petit milieu entame sa 3e saison dans l’Hérault et « marque les esprits », comme il dit. Avec déjà 2 buts et 3 passes décisives en 6 matchs, Téji Savanier respire plaisir et instinct. Entretien de Tokyo à la cité Gély.

Depuis le début de la saison, vous jouez plus haut sur le terrain que lors de vos deux premières années montpelliéraines. Est-ce une évolution qui vous plaît ?
Beaucoup. C’est un vrai plaisir de jouer à ce poste-là. Je suis proche du but plus rapidement, je suis en mesure de faire la dernière passe plus rapidement, c’est ce que j’aime. Je me sens bien à ce poste-là mais ce n’est pas si différent de quand j’évolue en 6. Le changement principal, c’est que j’ai presque tous mes coéquipiers derrière moi, que j’ai besoin d’eux pour replacer. Mais c’est un kif pour moi de jouer plus haut. Je peux aider encore davantage l’équipe à bien jouer et à marquer des buts, c’est ce que j’adore.

Quand on vous voit dribbler, feinter, on a l’impression que l’instinct occupe une grande place dans votre jeu. Qu’est-ce qui se passe dans la tête de Téji Savanier sur le terrain ?
C’est le mouvement de l’adversaire qui me permet de décider si je pars à gauche, à droite ou si je repars vers mon but. J’essaie de faire le geste qu’il faut et, si ça passe, tant mieux. C’est aussi une question de confiance. Quand le match commence, c’est très important pour moi de réussir mon premier geste. Ça me permet d’acquérir de la confiance et de lancer mon match.

« Je me faisais marcher dessus »

Comment avez-vous développé cette faculté à dribbler et à vous en sortir dans les petits espaces ?
Ça me vient du quartier, des petits matchs dans les city stades de la cité (la cité Gély, à l’Ouest de Montpellier). J’ai toujours joué, depuis tout gamin, et c’est ce qui m’a permis de tenter des gestes techniques que d’autres n’oseraient pas tenter. J’ai toujours joué contre des plus grands que moi. Dans mon quartier, on venait tout le temps me chercher : « Téji, viens jouer avec nous ». Quand je jouais, je me faisais marcher dessus. Parfois, je rentrais chez moi en pleurant (rires). Mais ça m’a forgé et j’en suis fier. Jouer au foot, c’est un régal. Ce que je tentais quand j’étais jeune, je le tente aujourd’hui en professionnel. Jusqu’ici, ça marche plutôt bien ! C’est pour ça qu’il ne faut pas se freiner quand on joue. Un match, ce n’est qu’un match, il y a plus grave dans la vie. Sur un terrain, il faut s’amuser.

Depuis le début de la saison, vous avez déjà marqué sur coup franc direct et délivré deux passes décisives sur coups de pied arrêtés, confirmant votre statut de spécialiste de l’exercice. Comment avez-vous façonné votre technique de frappe sur ces phases de jeu ?
J’ai toujours tiré les coups de pied arrêtés, que ce soit au centre de formation, à Nîmes ou ici. Il n’y a qu’à l’AC Arles-Avignon où je ne tirais pas tout le temps. Lorsque je suis arrivé là-bas, j’étais jeune et il y avait des joueurs expérimentés comme Chaouki Ben Saada devant moi dans la hiérarchie. Mais ensuite, c’est moi qui les tirais. Pour en revenir à la façon de frapper, c’est justement à l’époque où je jouais en Ligue 2 BKT avec Arles-Avignon que j’ai trouvé ma technique. Je passais des après-midis à frapper les coups francs, les corners… J’essayais de toujours trouver le cadre. Aujourd’hui, je continue à les travailler à l’entraînement et j’ai la chance que ça marche bien pour moi.

Quelle est votre routine avant de frapper ?
Sur ma course d’élan, j’ai l’habitude de regarder où le gardien est placé. Je frappe ensuite en fonction de sa position. Si je vois qu’il fait un petit pas sur un côté, je peux viser l’autre côté. Ça dépend aussi du gardien adverse. Je fonctionne beaucoup à l’instinct. Une de mes qualités est de jouer « sans réfléchir ».

« Je joue à l’instinct »

Vous prenez très peu d’élan avant de frapper. Quels sont les avantages de cette façon de faire ?
Je joue à l’instinct. Si je dois tirer et que le ballon est à 30 ou 40 centimètres de moi, je ne me pose pas de question. Ces frappes-là ressemblent aux frappes que tu peux faire dans le jeu, quand tu enchaînes contrôle et frappe. En plein match, quand tu te retrouves dans un petit périmètre, tu n’as pas le temps de faire une course d’élan de plusieurs mètres avant de tirer. Et quand tu frappes comme ça, le gardien a moins le temps de réagir. J’ai toujours frappé sans élan, je marche comme ça depuis tout petit. J’ai gardé cette façon de faire, je l’ai travaillée et voilà.

Frapper un coup franc pour tenter de marquer est une chose. Frapper un coup franc pour faire marquer, comme ça vous arrive souvent, en est une autre. Quel travail spécifique effectuez-vous à l’entraînement ?
Mes coéquipiers savent où je vais mettre le ballon. Je leur dis d’arriver lancés dans cette zone, de s’engager à fond. C’est un avantage de savoir très bien tirer les coups de pied arrêtés et, à Montpellier, on a la chance d’avoir un autre très bon tireur avec Florent Mollet, qui frappe exactement de la même manière que moi. Nos coéquipiers nous connaissent parfaitement et on va apprendre à mieux connaître les derniers arrivés, comme Valère Germain, qui va nous apporter un plus avec son jeu de tête, que ce soit sur phase arrêtée ou dans le jeu. Mes coéquipiers savent où je vais tirer et s’ils peuvent toucher la balle dans cette zone, ça peut faire but. On travaille souvent ça la veille des matchs. Avec le coach et 5-6 joueurs, on frappe souvent 4-5 corners. Ça nous permet de nous adapter aux déplacements de l’adversaire et de nos coéquipiers en prévision du lendemain. J’espère que cette arme nous servira encore sur les prochains matchs.

Avec les départs de Vitorino Hilton, Andy Delort et Gaëtan Laborde cet été, Montpellier a perdu plusieurs joueurs réputés pour leur jeu de tête. Est-ce qu’il a fallu revoir certaines choses dans votre façon de tirer les coups de pied arrêtés ?
Je n’ai pas changé mes habitudes ou adapté ma façon de tirer. Cette saison, on a encore de très bons joueurs de tête comme Valère Germain, Matheus Thuler, Mamadou Sakho… Ça fait 6-7 matchs qu’on joue ensemble, ça va venir au fur et à mesure. Il faut juste trouver le petit truc en plus, savoir où le ballon va tomber. J’espère qu’on trouvera ça le plus rapidement possible pour continuer à marquer beaucoup de buts sur coups de pied arrêtés.

« J’ai pas mal discuté avec Gaël Monfils »

Il y a quelques semaines, vous avez participé aux Jeux Olympiques. Qu’est-ce que vous en retenez ?
Franchement, c’était une expérience de fou. Je ne m’attendais pas du tout à faire ces JO à Tokyo. Porter le maillot de l’équipe de France, chanter la Marseillaise, représenter mon pays, c’était un rêve. Certains joueurs n’ont pas voulu aller à Tokyo, certains clubs n’ont pas voulu libérer leurs joueurs mais moi, je ne regrette rien du tout. J’ai pu disputer le tournoi olympique et j’ai même marqué un but (celui de la victoire 4-3 contre l’Afrique du Sud, dans le temps additionnel), ce qui m’a permis de connaître une émotion que je n’avais jamais vécue. C’est la plus grosse émotion que j’ai ressentie avec celle sur mon premier but à la Mosson, marqué à la 74e minute, celle de l’hommage au président Louis Nicollin (74 comme l’année de rachat du club par Louis Nicollin et son âge au moment de sa disparition).



Dans cette équipe de France olympique, il y avait des joueurs que vous connaissiez un peu ?
Je connaissais André-Pierre Gignac et Florian Thauvin, contre qui j’avais joué. Il y avait beaucoup de joueurs du championnat comme Arnaud Nordin, Enzo Le Fée ou Anthony Caci. J’ai passé beaucoup de temps avec eux au Japon et ce sont devenus de très bons amis. Pareil pour Lucas Tousart, que je ne connaissais pas personnellement. Une autre belle rencontre. Je suis très content d’avoir rencontré ces gars-là et j’espère qu’on aura vite l’occasion de se revoir.

Vous logiez au village olympique. Comment était la vie sur place ?
Je ne m’attendais pas du tout à ça. Tu arrives au self et tu te retrouves au milieu d’athlètes de tous les sports et de tous les pays. Tu peux te retrouver à manger à côté de Novak Djokovic ! Il n’y a qu’aux JO que tu peux vivre ça. C’était magnifique le village olympique. En fin de journée, on allait souvent se faire masser au bâtiment France et, sur la table d’à côté, il y avait les escrimeurs, les nageurs… Florent Manaudou, c’est impressionnant comme il est costaud. Je ne m’attendais pas à ce que ce soit à ce point-là. J’ai aussi croisé Gaël Monfils. Ce sont des sportifs que je voyais à la TV et je ne m’imaginais pas les côtoyer un jour. C’était quelque chose. J’ai vécu un rêve et je n’ai aucun regret. Si c’était à refaire, je n’hésiterais pas une seconde.

Vous avez eu l’occasion d’échanger avec certains de ces sportifs ?
J’ai pas mal discuté avec Gaël Monfils. Il voulait en savoir un peu plus sur moi, d’où je viens, comment je joue… C’était un plaisir de faire connaissance avec lui. Malheureusement, je n’ai pas pu aller le voir jouer ou voir les autres compétitions car on n’avait pas le droit à cause du covid. J’aurais bien voulu voir le basket aussi, les Américains et l’équipe de France, mais malheureusement, ça n’était pas possible avec la bulle sanitaire. Ça reste une petite déception mais c’est un détail. C’était un rêve de faire les JO et certains vont vivre ça à Paris en 2024… Les grands joueurs n’ont peut-être pas voulu se bouger pour aller à Tokyo, à cause du covid notamment, mais à Paris, je pense qu’il y aura de très grands noms, les joueurs vont se battre pour y aller (rires) ! Et j’espère que la France fera une belle compétition.

Au fait, ils étaient comment les lits en carton du village olympique ? Pas trop inconfortable ?
Etonnamment, c’était plutôt agréable (rires). On a dormi pendant deux semaines dans ces drôles de lit, c’était un autre univers ! Mais c’était comme ça pour tout le monde. Dans notre immeuble, il y avait d’autres équipes de football. Il y avait l’Afrique du Sud, la Nouvelle-Zélande, les Suédoises… Il y avait aussi le Mexique. Toutes les équipes contre qui on a joué dormaient dans notre bâtiment et l’ambiance était très bonne ! Après les matchs, on rigolait ensemble, on pouvait manger un bout ensemble. C’était une expérience magnifique à vivre.

« Capitaine du club de ma ville, je ne pouvais pas rêver mieux »

Lorsque vous avez été sélectionné pour disputer les Jeux Olympiques, vous avez évoqué votre fierté de représenter la France mais aussi la ville de Montpellier. Vous y êtes né, vous avez été formé au MHSC et vous en êtes aujourd’hui le capitaine. Beaucoup de joueurs parlent de leur « club de cœur » mais, avec vous, ça prend une autre dimension…
Après Nîmes, j’aurais pu partir dans de très grands clubs. Mais j’ai eu le président Laurent Nicollin au téléphone et je lui ai dit que mon rêve, c’était de porter le maillot de Montpellier. J’aurais pu gagner beaucoup plus d’argent ailleurs mais je m’en foutais. Mon rêve, c’était de jouer ici. Aujourd’hui, c’est une réalité et j’en suis très fier. Quand j’étais tout petit, je venais à la Mosson pour voir jouer Montpellier en Ligue 2, dans la pluie, le froid… Aujourd’hui, je suis capitaine de mon club, du club de ma ville, je ne pouvais pas rêver mieux. Il ne faut pas oublier d’où l’on vient, sa trajectoire.

Cette trajectoire n’a justement pas toujours été rectiligne puisque vous avez dû quitter votre club formateur à l’âge de 19 ans. Votre ami et ex-coéquipier Hugo Rodriguez expliquait que vous vous mettiez trop la pression lorsque vous jouiez dans les équipes de jeunes du MHSC. Avec le recul, avez-vous trouvé des explications ?
C’est assez simple, c’est une période où je prenais moins de plaisir sur le terrain. Je voulais tellement bien faire que parfois, pendant les matchs, je n’y arrivais pas. Je pouvais ressentir de la pression par rapport à plusieurs choses : le contrat professionnel à aller chercher, la concurrence, le regard des entraîneurs d’au-dessus comme René Girard ou Ghislain Printant qui venaient nous voir… C’était un tout. J’ai mis tout ça derrière moi quand je me suis rendu compte que ce n’était que du foot, qu’il fallait prendre du plaisir quand on jouait, et aujourd’hui, je prends énormément de plaisir.

Un de vos ex-formateurs montpelliérains, Fabien Lefèvre, évoquait, lui, vos quelques kilos superflus plus jeune. Qu’est-ce qui vous a amené à évoluer ?
C’est en Ligue 2 que ça s’est joué. Lors de ma première saison avec Arles-Avignon, j’avais encore quelques kilos en trop. Au milieu de ma deuxième saison (en 2012/2013), je suis revenu après les fêtes avec deux ou trois kilos en moins et j’ai ressenti une différence incroyable sur le terrain. Je me suis dit : « Attends, si je me sens comme ça tout le temps, je vais être meilleur ». Je me suis mis à faire attention à tout et c’est entré dans mes habitudes. Je pense que j’en avais besoin à l’époque. Aujourd’hui, je me sens très bien et ça se voit sur le terrain je pense. Je suis content d’avoir fait ces efforts, ces sacrifices.

« Montrer qu’il n’y a pas que les conneries »

Revenir au MHSC lors de l’été 2019, était-ce aussi une manière de boucler la boucle, de vous imposer dans un club qui ne vous avait pas conservé ?
Non, mon rêve, c’était que ma famille et mes enfants me voient porter ce maillot un jour. Quand j’arrive dans mon quartier, il y a une fresque de moi avec le maillot de Montpellier… C’est une fierté… Et si ça me permet aussi d’aider les petits de mon quartier en leur montrant qu’il n’y a pas que les conneries, qu’une belle vie peut s’offrir à eux, parce qu’on sait ce qui se passe dans les cités en ce moment… J’essaie d’enseigner aux jeunes de mon quartier que c’est possible et je suis fier de pouvoir leur montrer ça.

Après des années à vivre dans votre quartier, vous aviez expliqué l’année dernière que vous vous faisiez construire une maison mais qu’il allait être difficile de quitter la cité Gély. Avez-vous franchi le pas ?
La maison est désormais finie mais elle est encore vide (sourire). J’habite toujours dans mon quartier. Je repousse l’emménagement tous les mois mais je pense m’y installer après Noël ! Il faut rester là où on se sent bien et c’est dans mon quartier que je me sens bien. Je vais avoir du mal à partir mais je vais partir. De toute façon, la maison est à 10 minutes de mon quartier, ce n’est pas loin, ça ira.

Tout à l’heure, vous disiez que vous alliez à la Mosson enfant. Quels souvenirs en avez-vous gardé ?
Je devais avoir 10 ans quand j’ai commencé à aller au stade. Je me rappelle qu’à l’époque, j’avais réussi à faire une photo avec Paulo Sérgio, Toifilou Maoulida et Marcel Mahouvé. Lors de ma première saison à Nîmes, j’ai retrouvé Toifilou Maoulida et je lui ai ressorti ma photo. J’étais tout petit, avec mon gros sac de sport. Ça lui a fait bizarre ! Comme quoi, il faut croire en ses rêves et, lorsqu’on y croit et qu’on s’en donne les moyens, tout peut arriver. C’est ma philosophie et c'est que je me suis fait tatouer sur le tibia (il montre sa jambe droite) : « Rien n’est impossible, il suffit d’y croire ». Pour revenir à mes premières fois au stade, je ne suivais pas un joueur en particulier, je venais voir le MHSC. Il fallait gagner et j’étais à fond derrière mon club. Mais je me rappelle des noms : il y avait Pascal Fugier, Philippe Delaye, Laurent Robert… Il y avait une belle équipe et je suis fier d’avoir pris la suite, encore plus avec ce nouveau statut de capitaine…

La saison dernière, aucun club de Ligue 1 Uber Eats ne s’appuyait plus sur son bassin régional que Montpellier. Est-ce que vous pensez que l’identité locale a une place plus importante au MHSC qu’ailleurs ?
Déjà, parmi les gens qui travaillent au club, il n’y a que des anciens joueurs ou des gens qui viennent du coin. C’est bien et c’est rare. Dans notre effectif, il y a 5 ou 6 jeunes qui habitent à Montpellier ou aux alentours. L’identité du club, c’est le Sud, la mentalité pailladine. C’est très important d’avoir cette mentalité et de la transmettre aux joueurs qui arrivent.

« J’étais déjà un "capitaine sans brassard" »

Après la retraite de Vitorino Hilton et le départ d’Andy Delort, est-ce que vous vous attendiez à récupérer le brassard de capitaine ?
Quand « Vito » est parti, je savais qu’Andy allait récupérer le brassard. Je ne m’attendais pas à être capitaine cette saison car je ne m’attendais pas au départ d’Andy Delort, tout simplement. Personne ne s’y attendait. Mais j’ai récupéré le brassard et ça s’est fait naturellement. Lors de son dernier match avec nous, contre Lorient, Andy a été remplacé en fin de rencontre et il m’a donné le brassard avant de sortir. Je n’y ai pas réfléchi sur le coup. On a ensuite eu une discussion avec Olivier Dall’Oglio. Ça me fait plaisir mais je ne vais pas changer pour autant. Sans le brassard, j’étais déjà un compétiteur, un « capitaine sans brassard ». Mais bien sûr qu’avoir le brassard aujourd’hui, c’est un plus, une grande fierté. Je vais rester comme je suis, je vais continuer à m’arracher sur le terrain pour ma ville, mon club, mes coéquipiers et les supporters.

Le brassard de capitaine, c’est une première pour vous, non ?
Oui, je n’avais encore jamais été désigné capitaine. A Nîmes, j’étais numéro 2 derrière Anthony Briançon. Mais, encore une fois, je ne vais pas changer mes habitudes pour autant. Je vais rester comme je suis. Sur un terrain, j’aime bien parler, j’aime bien encourager, j’aime bien crier sur mes coéquipiers… En dehors du terrain, je suis un peu plus timide, un peu plus caché. S’il y a des choix à faire ou des responsabilités à prendre, je serai là. Mais sur le terrain, pour moi, c’est la gagne à tout prix. Mes coéquipiers connaissent mon caractère. C’est ça mon rôle de capitaine.

Avec le départ d’Andy Delort, vous avez récupéré le capitanat. Est-ce que vous allez également récupérer la charge des pénaltys ?
Quand j’ai signé à Montpellier, c’était Andy qui les tirait. Ensuite, ça a tourné et c’était moi. Dernièrement, Andy était redevenu le tireur numéro 1 et on s’était dit qu’on allait alterner. Aujourd’hui, je pense que c’est moi le tireur, j’aime bien les frapper. Mais si pendant le match, un coéquipier se sent de le tirer, on en discutera et on choisira entre nous. On ne va pas se prendre la tête pour un pénalty.

« Le départ d’Andy Delort m’a fait mal »

Pour en terminer avec Andy Delort, comment avez-vous vécu son départ, vous qui sembliez très proche de lui ?
C’est vrai qu’avec Andy, on était toujours ensemble. On repartait de l’entraînement ensemble, on allait parfois au stade ensemble, on partait en vacances ensemble… Son départ nous a fait mal. Il m’a fait mal. On ne s’y attendait pas et ça nous a affectés. C’est un joueur sur qui on pouvait compter. Mais c’est son choix, il faut le respecter et maintenant, il faut passer à autre chose, aller de l’avant. Andy joue à Nice et, nous, on est à Montpellier. On a recruté des attaquants et j’espère qu’ils feront du bon boulot.

Après deux ans avec Michel Der Zakarian, vous découvrez la méthode Olivier Dall’Oglio depuis quelques mois. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Le premier changement, c’est qu’on joue à 4 derrière, ce qui implique beaucoup de différences dans notre jeu. On repart plus de derrière, il y a moins de longs ballons… Je ne critiquerai jamais Michel Der Zakarian car il m’a énormément appris durant les deux ans qu’on a passés ensemble. Je le remercie d’ailleurs. Avec Olivier Dall’Oglio, on s’entend très bien. Les joueurs et le club sont contents de lui car il met beaucoup l’accent sur le jeu. C’est ce qui nous correspond. Au fil de la saison, on va monter en puissance et j’espère qu’on va marquer les esprits.

« Jamais je n’aurais pensé jouer contre Messi un jour »

Après avoir découvert la Ligue 1 Uber Eats sur le tard, vous avez été sacré meilleur passeur du championnat et vous venez de représenter la France aux JO. Quels objectifs vous fixez-vous cette saison ?
Ma motivation première, c’est jouer. Quand je me lève le matin, je sais que je vais aller jouer au foot, dans ma ville, que ma famille est en bonne santé. De quoi d’autre peut-on rêver ? J’ai envie de marquer les esprits ici. Il faut être sérieux, travailler, donner le meilleur de soi-même… Et collectivement, on va continuer à travailler pour essayer de gratter une belle place en haut de tableau. On s’en donne les moyens et j’espère qu’on réussira.

Et l’équipe-type du championnat, vous y pensez ?
On sait que c’est compliqué d’y figurer vu tous les grands joueurs qui évoluent à mon poste, que ce soit au PSG ou à Marseille, qui a monté une belle équipe cette saison. Je ne me fixe pas d’objectifs comme ça, je fonctionne match par match. Si je fais un mauvais match mais que mon équipe gagne, je suis heureux. Je ne pense pas à moi, je préfère penser à l’équipe en premier. Si l’équipe gagne, ça voudra dire que les individualités ont été performantes. C’est cette mentalité qu’il faut avoir.

Plus jeune, vous n’étiez pas un gros consommateur de foot à la TV. Est-ce toujours le cas ?
Aujourd’hui, je regarde souvent la Ligue des champions mais c’est vrai que, plus jeune, je ne regardais aucun match mais vraiment aucun. Même quand la France jouait la Coupe du Monde, je ne regardais pas. J’ai vraiment commencé à visionner des matchs la vingtaine passée, quand je suis arrivé en Ligue 2 BKT. Je regardais la Ligue 1 et je me disais : « Pourquoi eux et pas moi ? ». Quand j’ai vu le niveau, je me suis monté la tête et je me suis convaincu que, moi aussi, j’allais y arriver. Derrière ça, j’ai fait une grosse saison avec Nîmes, celle de la montée, puis une grosse saison avec Nîmes en Ligue 1… Et maintenant, je joue contre des joueurs que je voyais à la TV il y a seulement quelques années. Ça fait plaisir de se dire que j’y suis arrivé et que je joue contre des joueurs comme Messi, Neymar, Ramos… Tu t’imagines ? Messi, c’est le meilleur joueur de la planète. Jamais je n’aurais pensé jouer contre lui un jour. C’est un rêve. Ça risque d’être compliqué mais bon, je vais essayer d’apprécier le moment !

Beaucoup d’observateurs disent de Cristiano Ronaldo qu’il n’est jamais aussi fort qu’avec ses mèches blondes sur la tête. Depuis le début de la saison, vous arborez une teinture blonde et vous en êtes déjà à 2 buts et 3 passes décisives…
On me le dit souvent ! Je ne pense pas que ce soit seulement grâce aux cheveux. C’est plus à l’intérieur de la tête que ça se passe je pense ! Mais si tout le monde me trouve meilleur comme ça, je vais me faire la teinture blonde toute l’année (rires) !