Interview

Yannick Cahuzac : « Je regrette presque tous mes cartons rouges »

Yannick Cahuzac : « Je regrette presque tous mes cartons rouges »

Interview
Publié le 24/05 à 12H10 - Arnaud Di Stasio

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Après un dernier match avec le RC Lens samedi, Yannick Cahuzac vient de raccrocher. L’ancien milieu du SC Bastia, 37 ans, revient sur une carrière bien remplie. Entretien.

Yannick, quelle est la plus grande joie de votre carrière ?
C’est dur de n’en retenir qu’une. Il y a forcément les montées avec le Sporting, de National en Ligue 2 BKT puis de Ligue 2 en Ligue 1 Uber Eats deux années de suite. Je retiens aussi la montée en Ligue 1 avec Lens même si c’était particulier puisque c’est la saison qui n’est pas allée au bout à cause du covid. Récemment, la victoire dans le derby sur la pelouse de Lille, c’était quelque chose aussi…

Quel est le moment le plus compliqué que vous avez vécu ?
La relégation administrative du Sporting (le club bastiais était descendu sportivement en Ligue 2 à la fin de la saison 2016/2017 avant d’être relégué administrativement en National 3)… Je citerais aussi mes blessures, ma luxation de l’épaule notamment. Ce sont des moments difficiles mais ils m’ont permis de forger mon caractère et ma force mentale. Ça m’a aidé par la suite mais, sur le moment, c’est toujours compliqué d’être éloigné des terrains, de ce que l’on aime.

Vous avez marqué 6 buts en Ligue 1 Uber Eats. Vous avez un préféré ?
Sans doute le premier. C’était intense ! On recevait Rennes à Furiani fin 2014 et on menait 1 à 0. Les Rennais étaient en train de pousser et, à 10 minutes de la fin, on a une contre-attaque et je me retrouve devant, je ne sais pas trop pourquoi. On me décale le ballon et je frappe en une touche dans le petit filet pour marquer le but qui nous assure la victoire. Un grand moment !

« Si on ne montait pas, le club disparaissait »

Quel match aimeriez-vous revivre ?
Le match du titre en National, à Furiani contre Créteil en 2011. Il fallait gagner pour être champion mais on perdait 1 à 0 à la mi-temps. On égalise à une demi-heure de la fin avant de marquer un deuxième but dans le temps additionnel. Cette victoire nous a permis d’être champion de National. C’était mon premier titre, ça reste une grande émotion. Il y a aussi eu de belles victoires en Ligue 1 mais, cette saison-là, on avait une vraie pression car on savait que si on ne montait pas, le club disparaissait.

Vous souvenez-vous d’un match référence sur le plan individuel ?
C’est compliqué parce que j’ai disputé pas mal de matchs… Je ne dirais pas qu’ils ont tous été bons mais c’est dur d’en ressortir un en particulier. Je n’ai pas souvenir de performances particulièrement au-dessus, j’ai plutôt été quelqu’un de régulier. Mais entre 27 et 30 ans, c’était une belle période. Je me sentais costaud, j’avais des jambes…

Qui est le joueur avec qui vous avez noué l’amitié la plus forte durant votre carrière ?
Il y en a deux : Jean-Louis Leca et Gilles Cioni ! Avec Jean-Louis, on est tous les deux nés en 1985. On s’est connus à l’âge de 14 ans lorsque l’on est entrés au centre de formation du Sporting. C’est là qu’on a connu Gilles, qui a un an de plus que nous. Ça a tout de suite matché entre nous car on a les mêmes valeurs, les mêmes centres d’intérêt… Jean-Louis et Gilles sont deux des très belles rencontres que j’ai pu faire grâce au foot. C’est quand même quelque chose de jouer avec Jean-Louis à Lens, nous qui nous nous connaissons depuis plus de 20 ans. C’est aussi parce que Jean-Louis était ici que j’ai signé à Lens. Finir ma carrière avec lui, c’est top.

« J’ai déjà vu Gilles Cioni déguisé en Borat »

Quel est le truc le plus fou que vous avez vu dans un vestiaire ?
Il y en a eu des choses… A Bastia, j’ai déjà vu Gilles Cioni déguisé en Borat, quasiment nu avec ce slip de bain vert fluo remonté jusqu’aux épaules ! Je ne sais pas si c’était un pari mais, un matin, il est arrivé en Borat !

Quel est le coéquipier dont la progression vous a le plus étonné ?
J’ai joué avec plusieurs jeunes joueurs réputés pour leur potentiel : Wahbi Khazri, Florian Thauvin, Alexandre Song… Jeunes, ils étaient déjà au-dessus du lot et ils ont réussi des carrières extraordinaires ensuite. A Bastia, j’ai aussi connu Seko Fofana quand il avait 20 ans. Il appartenait à Manchester City donc c’était une plus-value pour le Sporting. C’était déjà un grand joueur, très costaud. Malgré son jeune âge, il nous apportait énormément.

Votre plus grand regret ?
Je n’en ai aucun. Si c’était à refaire, je referais tout pareil.

Quel carton rouge n’auriez-vous jamais dû prendre ?
Il y en a beaucoup ! Je dirais que je méritais deux tiers des cartons rouges que j’ai pris et un peu moins pour le tiers restant !

« Plein de cartons que je regrette »

Il y a un carton rouge que vous ne regrettez pas ?
Je les regrette presque tous. Quand on est dans son match, on le vit à fond. Moi, tout ce que je fais, je le fais à fond. Il y a plein de cartons que je regrette, je ne suis pas « fier » d’un rouge que j’ai reçu. Certains se font expulser pour une faute tactique mais, moi, je n’ai pris quasiment que des cartons pour des contestations ou des disputes avec des adversaires.

Quel est le joueur adverse que vous aviez le plus de plaisir à croiser sur le terrain ?
Je n’ai pas de joueur en tête, je pense plutôt à des équipes. C’est toujours plaisant de se mesurer aux grands clubs, de se confronter à ce qui se fait de mieux au niveau français.

S’il y avait une chose à retenir de vos années Bastia ?
Il y a eu plein de matchs incroyables à Furiani : quand on a battu le PSG (4-2 en janvier 2015), notre premier match à domicile à notre retour en Ligue 1 en 2012, contre Reims, avec une victoire sur le fil (2-1 avec un but d’Ilan à la 95e)…

Même question pour vos deux saisons à Toulouse ?
A la fin de la première saison, ça a été intense avec les matchs de barrages contre Ajaccio qui nous ont permis de nous maintenir. La deuxième année, je me souviens d’un match à Lille juste avant Noël. On avait beaucoup souffert mais on avait réussi à gagner, ce qui nous avait permis d’avoir 4-5 jours de vacances supplémentaires (rires).

Et s’il y avait une chose à retenir de votre période lensoise ?
C’est compliqué de choisir, à tous les matchs à Bollaert, il y a une telle ferveur, c’est impressionnant ! Même à l’extérieur ! C’est incroyable de pouvoir jouer devant un tel public. Mais le retour après le derby gagné à Lille il y a quelques semaines (1-2 mi-avril) était incroyable… Sur les derbys précédents aussi, l’ambiance qu’il y avait sur le trajet entre l’hôtel et Bollaert va me rester…

« J’aurais aimé finir à Bastia mais… »

Vous avez aussi joué avec l’équipe de Corse…
Et on est invaincus, c’est une véritable fierté. On devait faire un match en fin de saison mais je n’ai pas eu de nouvelles. Ce n’est peut-être plus au programme. Mais, en Corse, ils nous préviennent au dernier moment donc on ne sait jamais. Je ne serai pas loin de toute façon (rires).

Savez-vous de quoi votre avenir sera fait ? Beaucoup vous imaginaient terminer votre carrière sous le maillot bastiais…
J’ai décidé d’arrêter car je n’ai plus le niveau. Physiquement, c’est compliqué. Ça ne sert à rien d’aller à Bastia juste pour dire que j’ai fini ma carrière là-bas. Je ne souhaite pas aller à Bastia si je n’ai pas le niveau pour aider l’équipe, ce n’est pas ce que je veux. J’aurais aimé finir à Bastia mais il aurait fallu que je sois en pleine possession de mes moyens, que je sois en mesure d’apporter quelque chose. Je ne suis plus en capacité physique de le faire donc je préfère m’arrêter que de faire l’année de trop. Maintenant, je vais passer mes diplômes d’entraîneur. C’est ce chemin-là que je vais essayer de suivre.