Bilan

Saint-Etienne, la culture verte

Publié le 17/09/2021 à 07:51 - CHP

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Au cours de sa riche histoire, l’AS Saint-Etienne qui fête ses 90 ans s’est notamment révélé comme un club misant sur ses jeunes talents. De Paganelli à Green en passant par Perrin, Coupet, Gomis, Zouma ou encore Fofana et Saliba.

A l'occasion des festivités des 90 ans de l'AS Saint-Etienne, retour sur l'une des forces du club : la formation. Car les pépites foisonnent du côté Verts ! A l’AS Saint-Etienne, voir des jeunes pousses prendre la lumière et se faire une place de choix est fréquent. A l’arrivée de Claude Puel en octobre 2019, le club stéphanois a plus que jamais misé sur ses jeunes, notamment les brillants vainqueurs de la Gambardella. Si les cadres étaient d’expérience (Ruffier, Perrin, M’Vila, Debuchy…), les rookies ont toujours été bien présents. « Nous voulons permettre à nos jeunes de s'épanouir en les faisant jouer », évoquait ainsi le président du Directoire Roland Romeyer.

Alors que du haut de ses 20 ans, Zaydou Youssouf débarquait de Bordeaux, les autres - Arnaud Nordin (21 ans à l'époque), lancé par Christophe Galtier en 2016/17, Madhi Camara (21 ans), devenu depuis capitaine, William Saliba (18 ans), Wesley Fofana (18 ans), Charles Abi (19 ans), et Stéfan Bajic (17 ans) arrivé en U7 - sortaient tous du centre de l’Etrat, pépinière verte située à quelques kilomètres au Nord de Saint-Etienne. Les quatre derniers font donc partie de l’équipe qui a apporté au club sa 4e Gambardella, 21 ans après celle de l’équipe conduite par Julien Sablé. « Ils représentent bien notre zone de recrutement, soulignait dans Ouest France Philippe Guillemet, ancien directeur du centre de formation. Charles Abi arrive du Clermont Foot 63 et il a fait 2 ans au Pôle de Vichy. Il est d’Auvergne. Le petit Wesley Fofana est arrivé du SC Air Bel (Marseille). Comme Charles. Ils sont tous arrivés en U16, comme le préconise la DTN. William Saliba, il venait de Montfermeil, club partenaire, qu’il avait rejoint après Bondy. Il est dans sa 4e saison au club. Méditerranée, Auvergne-Rhône-Alpes et Ile de France sont nos secteurs de recrutement. ».

Si Fofana et Saliba font profiter de leur talent à d'autres clubs après l'avoir façonné dans le Forez, aucun regret n'est affiché côté stéphanois. « Il y a une satisfaction pour tout le monde du travail accompli, d’avoir pu sortir ces jeunes. » rappelait encore dernièrement Laurent Huard (directeur du centre de formation) pour Peuple-Vert.

Gourna, Green et Sow, la nouvelle génération

Et de résumer la philosophie du club en la matière quand certains regrette de voir ces pépites partir : « On peut penser à la saison qu’on aurait pu faire avec Wesley (Fofana) et William (Saliba) en défense centrale. Néanmoins, on peut aussi se dire que Saïdou Sow aujourd’hui continue à avancer et progresser et sera peut-être le futur gros transfert de l’AS Saint-Étienne. Il a pu progresser et jouer aussi parce que Wesley et William ont été transférés. Notre travail à la formation c’est d’être capable de fournir l’équipe première sur des postes, des profils et du niveau attendu pour qu’il n’y ait pas de « trous » malgré les transferts. » Le projet Puel et de l'ASSE est de s'appuyer sur ces jeunes. La saison passée, aucun club des cinq plus grands championnats n'a accordé davantage de temps de jeu à plus de U21 au cours de la saison.

« C’est en donnant petit à petit des temps de jeu que chaque joueur peut emmagasiner de l’expérience. Quand on laisse un jeune, les prestations sont inégales mais il faut continuer à insister. C’est ce qu’on fait avec toute une génération, ce n’est pas le seul. Mais tout ça fait partie de notre gêne. Ce sera le futur de l’ASSE », confiait le coach stéphanois en janvier 2021.

Une approche toujours d'actualité. A l'image de Sow, titulaire cette saison à 19 ans et déjà buteur face à Lille lors de la J3, mais aussi d'Etienne Green, Lucas Gourna ou encore Aïmen Moueffek, la nouvelle génération est déjà bien en place. Et les prolongations de contrat de l'été de neuf jeunes pros du club rappellent combien l'ASSE compte sur eux. De même que l'investissement fait en juillet 2020 pour recruter Adil Aouchiche (19 ans). Une saison 20/21 qui a été celle de la révélation du portier Etienne Green, alors âgé de 20 ans. Quatrième de la hiérarchie en début d'exercice, celui qui avait rejoint le Forez à 9 ans a saisi sa chance en connaissant une première à la Landreau - qui comme lui avait stoppé un pénalty pour ses débuts en 1996. Cette fois, Green y est parvenu face pourtant au spécialiste Ripart, alors à Nîmes. Le rigoureux claude Puel ne cache pas sa satisfaction de pouvoir compter sur l'enfant du club. « Etienne continue d'être calme, à l'écoute, à gérer les temps. Il est toujours très performant, concentré ».

A l’annonce de sa prolongation, le central Saïdou Sow avait évoqué l’environnement favorable proposé par Saint-Etienne : « Claude Puel me pousse chaque jour à en faire plus. Grâce aux éducateurs du centre de formation, j'avais acquis les fondamentaux mais l'exigence du coach et de son staff m'a aidé à grandir. »

L’ASSE et ses fidèles formateurs

Du côté des Verts, la formation ne peut être évoquée sans notamment citer le nom de Gérard Fernandez, un pur stéphanois, fils de mineur et agent de conduite SNCF lorsque le club est allé le recruter en 1985. Réputé « très exigeant, mais juste », ce dernier a tout connu à Saint-Etienne : formateur, recruteur, observateur, adjoint chez les pros de Frédéric Antonetti et d’Alain Michel en D2, entraîneur des jeunes (U15, U17, DH, CFA). Avec un tel parcours, il est forcément bien placé pour évoquer les valeurs maison. « Ce club est populaire, l'attente des gens est grande. On doit être heureux de jouer à l'ASSE, c'est une chance. Le club s'identifie à la ville, aux origines ouvrières de celle-ci. Ici, on aime les gens qui ne lâchent pas, qui sont généreux, qui vont au charbon. Julien Sablé en est un bon exemple. En arrivant ici, Julien n'était pas le plus doué. Il a réussi parce qu'il a beaucoup bossé, grâce à son sérieux, sa volonté, un état d'esprit remarquable. »

En 2003, cinq ans après avoir lui-même guidé les jeunes stéphanois à la victoire en Gambardella dans la foulée d’un titre de champion de France U17, Gérard Fernandez a rappelé que c’est Elie Baup qui « a relancé la formation à l’ASSE. Il arrivait de Toulouse, il avait pris de l'avance sur nous. C'est quelqu'un qui avait des idées. Avec Alain Blachon et Christian Larièpe, il a participé à la création du sport études en 1993, à l'installation d'une cellule de recrutement. Un virage a été pris avec lui au début des années 90 ». Chez les Verts le coach champion de Ligue 1 en 1999 a aussi lancé les Chedli, Aulanier, Bastou et Potillon.

De même, Gilles Rodriguez a été un autre fidèle de l’école stéphanoise. Recruté à la formation en 1987 justement par Gérard Fernandez, ce jeune retraité depuis avril dernier a largement contribué à l’éclosion de certaines pépites pendant 32 ans ; comme Loïc Perrin, Jessy Moulin, Carl Medjani, Bafetimbi Gomis, Faouzi Ghoulam, Allan Saint-Maximin et Jonathan Bamba, débarqué à 15 ans dans le Forez. Milieu défensif à cette époque, l’actuel lillois a rapidement formé un duo performant avec Saint-Maximin lors du titre national U17 de 2013, tout en étant surclassés en U19 la même saison. « Ils étaient antinomiques, Allan était très extraverti quand Jonathan était beaucoup plus simple dans ses tenues, son attitude. Il était plus rassurant pour ses entraîneurs-formateurs car il offrait davantage de garanties en termes de travail, de sérieux, d’implication », racontait Abdel Bouhazama, leur coach des U19, au Figaro.fr.

Une nouvelle génération verte

Depuis sa prise de fonction, Claude Puel saisit chaque opportunité avec ses jeunes du groupe pour effectuer « une revue d’effectif, tout en étant compétitif ». Une façon de « voir où en sont certains joueurs », généralement les teenagers. Même en Coupe d'Europe, contre Wolfsburg en 2019/20. Dans son groupe de vingt, le coach des Verts avait ajouté trois nouveaux joueurs de champ, tous aussi des vainqueurs de la Gambardella, en plus de Bilal Benkhedim (18 ans), déjà apparu contre Montpellier quelques semaines auparavant : à savoir le défenseur central Marvin Tshibuabua (17 ans), le milieu Victor Petit (18 ans) et l’attaquant Tyrone Tormin (18 ans).

Ce retour au premier plan de la formation s’inscrivait tout à fait dans le projet évoqué par Bernard Caïazzo (président du Conseil de surveillance de l’ASSE), en mars 2017 : « Tout le monde a compris à l’ASSE l’importance de faire jouer les jeunes. On commence à voir l’émergence de jeunes prometteurs et je crois que ça va continuer ». Les derniers faits lui donnent complètement raison, comme le titre en Gambardella.

A l’occasion de cette finale remportée, le directeur de la formation de l'époque, Philippe Guillemet, insistait sur l’importance du vécu de cette génération 2000-2001 : « cela fait six ans qu’ils sont là. Ils ont joué ensemble dans les catégories jeunes. Ils ont beaucoup d’amour les uns envers les autres et sont contents de se retrouver. » Un succès qui s’inscrit dans un ensemble. « Le projet Mine Verte porte ses fruits. A L'Etrat on a un beau site où sont regroupées toutes les équipes, des U12 jusqu’aux pros. Il y a une vraie proximité, une vraie vie de club. On ne perd pas de temps. Quand les petits viennent pour les détections, ça marque les esprits. Ce n’est pas parce qu’on a gagné la Gambardella qu’on est les meilleurs de France, loin de là. C’est fragile ».

Le projet « Mine verte »

Alors au même poste de directeur de la formation à l’été 2017, Julien Sablé avait initié ce projet basé sur trois axes : « le projet de vie, le projet scolaire et le projet sportif. On est là pour former des joueurs de football, mais l'attitude et le comportement sont indispensables surtout quand on représente l'ASSE. Les gens rêvent du club, on doit avoir un comportement irréprochable. Je suis et serai intransigeant dessus. », détaillait l’ancien milieu stéphanois.

Depuis à l'ASSE toute la formation est au service de l'équipe pro. Quand l'entraîneur des pros a besoin de joueurs, les jeunes montent naturellement, que ce soit pour les entraînements ou pour les matchs. Cela fonctionne bien car les entraîneurs sont pour la promotion de leurs joueurs. Et ici, on rappelle combien il est important d'avoir des joueurs de clubs issus de la région ou de la Loire.

Et comme la aussi rappelé David Guion, ancien coach du Stade de Reims mais également ancien responsable de la formation stéphanoise (2003-2007), l’AS Saint-Etienne ne se limite pas « à former sportivement des jeunes, notre mission est également de les éduquer à travers les règles de la vie : respect, scolarité… ».

Loïc Perrin, le plus bel exemple

L’un des meilleurs exemples demeure sans aucun doute Loïc Perrin. Devenu emblématique avec 23 ans de fidélité au club, ce Stéphanois de souche est obligatoirement associé la formation stéphanoise. Il symbolise la réussite du club aussi bien par sa longévité que par son exemplarité. Arrivé à l’âge de 12 ans dans le club forézien, l’ex-capitaine de l’ASSE a d’abord évolué au milieu, poste où il remporte notamment la Coupe de la Loire en U13 et le tournoi international St-Joseph en U18. Un parcours rappelant celui du fidèle René Domingo, vert pendant 15 ans (1949-64) et capitaine à 424 reprises. Ancien entraîneur de Perrin, Jean-Philippe Primard confiait au Figaro : « Loïc, c’était la force tranquille. Je le voyais tellement progresser de semaine en semaine que je me rendais compte qu’il avait toutes les qualités physiques, mentales et techniques pour le haut niveau ».

Autre formateur du défenseur central (2000/01), Gilles Rodriguez a lui souligné l’entourage de Loïc Perrin : « Ce qui a construit sa carrière, c’est son éducation et l’accompagnement de sa famille. Ses parents ne lui mettaient aucune pression et l’encourageaient à travailler pour être récompensé. » Et s’il n'a avoué n’avoir imaginé devenir professionnel qu’en 2003, à 18 ans, il n’a pas pour autant traîné en chemin ! Comme Bafé Gomis, il a grimpé de la réserve à l’équipe première à la Ligue 2 en août 2003, à une époque où l’ASSE doit piocher chez ses jeunes, faute de pouvoir recruter. Capitaine de l’époque, Julien Sablé s'est rappelé avoir été « beaucoup impressionné par son physique. Dans les tests, Loïc était en tête avec nous, les autres milieux de terrain... Il se mettait au niveau, on aurait dit un vieux briscard ». Le jeune stéphanois a profité d’une excellente entente avec Frédéric Antonetti : « Si tu ne triches pas avec lui, il te le rend ». Du coup, « entre son attitude et son talent, il correspond exactement à l’idée du jeune joueur qu’un directeur de centre de formation peut se faire. », expliquait Sablé. De quoi mieux comprendre  le parcours exemplaire de Loïc Perrin chez les Verts, dont il est devenu pour la première fois capitaine à 21 ans et avec seulement une cinquantaine de rencontres au compteur en Ligue 1 Uber Eats. « Loïc a toujours fait l’unanimité par sa gentillesse, son engagement, les valeurs qu’il prône », validait Roland Romeyer pour le Figaro.

Fixé au poste de défenseur central à 27 ans, en 2012 par Christophe Galtier, Perrin a personnifié plus que n’importe qui l’esprit vert. « A l’image des Stéphanois, c’est un guerrier, qui parle peu. », a dit de lui Alain Blachon, ancien entraîneur-adjoint. Et le club compte sur lui pour véhiculer ses valeurs : il y est désormais conseiller. Comme l’avait décrit Josuha Guilavogui, avec lequel il a remporté la Coupe de la Ligue BKT 2013 : « J'ai un lien particulier avec Loïc. Comme tout le monde le sait c'est un avant tout un homme exceptionnel. Dans mon leadership, dans mon capitanat je me suis inspiré de lui. Il te donne envie de te surpasser », a confié l’ancien Vert sur France Bleu. L’extrême fidélité de Perrin aux Verts l'a conduit ainsi à transmettre les valeurs du club, tout en lui permettant retrouver les premiers rangs dans le Championnat, ainsi que l’Europe. En récompenses, Perrin a lui obtenu deux convocations en Equipe de France en 2014 et 2015. Une autre réussite à mettre au crédit de l’AS Saint-Etienne et de sa formation.

Bafé Gomis, l’autre « Panthère » des Verts

Autre talent de la même époque : Bafétimbi Gomis. Il est l’attaquant emblématique des années 2000 qui a atteint le niveau international (12 sélections). A 14 ans à l’issue d’un stage, il a intégré le centre de formation de l’ASSE après avoir joué dans le Var à l’AS Beaucaire, puis au Sporting Toulon. Ce sont Gérard Fernandez et Christian Larièpe, successivement directeur de la formation et directeur sportif, qui le font signer.

Pour Gomis, l’acclimatation a été délicate entre le dépaysement, l’éloignement avec la famille et les quelques degrés d’écart…Alors en CFA, il profite des conseils avisés d’Hérita Ilunga et s’inspire lors des entraînements de Lilian Compan. Dans le Forez, il a rapidement eu sa chance à la même période que son collègue Loïc Perrin, né un jour après lui en août 1985, avec Frédéric Antonetti en 2003/2004, bien que pas encore professionnel : « On est un groupe de jeunes, il nous conseille beaucoup. A l’entraînement, il n’hésite pas à arrêter le jeu pour nous expliquer. Sans lui, je ne serais pas à ce niveau. Ici, on compte sur les jeunes » détaillait un Bafé Gomis encore débutant. Et l’attaquant a apporté sa contribution à la remontée stéphanoise en Ligue 1. Il a même marqué à deux reprises.

C’est à l’occasion de son retour au club en 2005/2006 que l’attaquant français a pris son envol et s’est installé dans l’équipe pour appliquer à la lettre les conseils de son coach Frédéric Antonetti : « Marquer un but c’est bien, mais il faut que cela dure 15 ans. C’est en durant que l’on fait carrière ». Lors des trois saisons suivantes sous le maillot vert, Gomis score à chaque fois au moins 10 buts, et même seize en 2007/2008 pour terminer sur le podium des buteurs Ligue 1 (3e). Il a ainsi eu de nombreuses fois l’occasion de célébrer ses buts tel une panthère, sa signature.

Les vainqueurs de la Coupe de la Ligue BKT 2013

Actuellement en Bleus, Kurt Zouma est l’exemple le plus récent de cette nouvelle réussite, tout comme l’autre international français Josuha Guilavogui arrivé à 15 ans de Toulon cinq années après Gomis, et Faouzi Ghoulam. Ce trio a largement contribué à apporter le dernier titre du club : la Coupe de la Ligue BKT en 2013. Et comment ne pas y associer Piere-Emerick Aubameyang qui est devenu PEA à l'occasion de ses deux saisons et demie dans le Forez. Un lien fort confirmé récemment par son compatriote gabonais, Denis Bouanga : « Il est encore très attaché à l’ASSE. Il sait que sa carrière a vraiment décollé ici ».

Passé pro à 16 ans et demi après avoir été surclassé chez les jeunes, le colossale Zouma est toutefois intégré progressivement à l’équipe première par Christophe Galtier, même s’il a disputé 22 rencontres de Ligue 1 Uber Eats dès sa première saison (2011/12, 2 buts), après s’être partagé en début d’exercice avec la réserve. Encore pour préserver la révélation stéphanoise, le coach de l’ASSE l'a cantonné alors à l’anonyme n°33 jusque fin janvier 2012, après 11 apparitions en Ligue 1. Quinze jours après avoir donné la victoire aux siens face à Sochaux, le défenseur central s'est vu remettre le n°4 des mains de son capitaine Loïc Perrin, au cours d’une cérémonie improvisée par son entraîneur. Et justement, c’est aux côtés de Perrin que le Vert a fait ses classes : « Il m’a beaucoup conseillé. En jouant avec lui, j’ai vraiment beaucoup appris. Par sa sérénité, son calme… C’est un exemple », estimait Zouma une fois parti à Chelsea.

Le désormais Hammer a aussi d’autres souvenirs avec des mots pour Christophe Galtier rappelant ceux plus récents de Sow pour Puel. L'actuel coach niçois « a joué un rôle prépondérant dans ma carrière. C’est lui qui m’a fait grandir, il m’a mis dans le grand bain, m’a fait jouer dans le monde professionnel. Je lui dois beaucoup. Il m’a canalisé, je n’avais que 16 ans et demi. J’ai grandi avec lui. C’est lui qui m’a permis d’avoir mon bac aussi. », a déclaré le défenseur international à Eurosport en 2017. Son grand ami et latéral algérien, Faouzi Ghoulam, est un autre pur produit stéphanois qui a grandi dans le même quartier (Montreynaud) que l’illustre Georges Bereta (8 saisons au club et six titres de champions entre 1966 et 1974) ; il est devenu titulaire à 19 ans avec les Verts (2010), avant de se faire une place de choix au Napoli et en sélection.

Du côté des latéraux, les Verts en ont connu un particulièrement brillant dans les années 90 : Willy Sagnol, né à Saint-Etienne en 1977, à la grande époque des Verts. De ce latéral droit repéré à 13 ans, Elie Baup s’est souvenu : il affichait « la maturité », même si « c'était difficile de dire qu'il avait la fibre. C'était un jeune joueur qu'on est allé recruter au Puy-en-Velay pour l'AS Saint-Etienne. Il avait quand même déjà une écoute, une attention forte. » a-t-il reconnu sur France Bleu en 2014. Comme Charles Abi en octobre 2019, c’est lors d’un derby que Sagnol a débuté en pro, en février 1996 sous les ordres de l’intérimaire Max Bossis et avec un certain Giuly face à lui.

Les portiers maison

Outre le très bel exemple d'Etienne Green, la formation des gardiens a connu quelques gloires. Avant tout, Grégory Coupet (34 sélections), originaire de Haute-Loire et dont toute la famille habite Saint-Etienne. S’il a tout gagné avec le voisin lyonnais, c’est bien dans le Forez que Greg Coupet a débuté son immense carrière après son arrivée à 17 ans, lui qui comme un symbole est né l’année de l’arrivée au club du mythique Ivan Curkovic (1972). Ce dernier qui a par la suite contribué à former un autre portier 100% stéphanois dans les années 70, l’international Jean Castaneda.

Comme un clin d’œil c’est dans le Chaudron que le gardien international a bouclé sa carrière pro en mai 2011 (ASSE-PSG, 1-1). A l’ASSE, Coupet est coaché et façonné par les anciens gardiens Elie Baup et Jean Dées, un autre enfant de la maison (arrivé en cadet au club) qui a ensuite été dévoué à la formation des Jérôme Alonzo, Dominique Casagrande et Jérémie Janot. A 22 ans, Greg Coupet goûte à l’équipe première malgré la concurrence de Joseph-Antoine Bell et de Robin Huc. Le futur international a gardé la cage verte jusqu’en décembre 1997 en D2, avant de rejoindre l’OL.

A la différence de son prédécesseur, Janot n’est pas un local ; il vient du Nord. C’est à 15 ans en 1993 que le gardien a démarré son aventure avec Saint-Etienne. Vert d’adoption, il y a découvert l’amour du maillot et du « Peuple Vert » et a intégré le groupe pro trois ans plus tard. En mai dernier, il est revenu sur son arrivée au club presque comme par hasard : « Ma mère aurait pu s’installer n’importe où, elle vient à Sainté. Je rencontre Alain Blachon, alors directeur du centre de formation de l’ASSE. Il cherche un gardien U16 pour faire monter le titulaire en réserve. Un mec qui viendrait de manière un peu désespérée, sans aucun espoir de jouer. Je corresponds à ce profil, je signe et les pièces du puzzle se sont assemblées... » (Figaro.fr). Dans le Forez, Janot fréquente donc Coupet et se nourrit de son expérience. « Quand j’étais au centre de formation, il était le n°1 à l’ASSE », a expliqué Janot. « Je lui posais 1000 questions, je devais le souler. »

L’ASSE en précurseur du recrutement

Tous ces brillants parcours sont une partie des réussites d’un club précurseur en matière de formation, auxquels peuvent venir s’ajouter ceux de la génération dorée des années 70 avec les frères Revelli, Rocheteau, Bathenay…tous recrutés par Pierre Garonnaire, considéré comme le tout premier recruteur dévolue à un club en France (1961). Il est d’ailleurs resté en poste plus de vingt ans après avoir été missionné pour revoir le système de recrutement, notamment celui des jeunes pour le centre de formation. Déjà dans les années 60, la politique de recrutement vise à attirer des jeunes correctement éduqués, avant que Garonnaire – par ailleurs connu pour avoir déniché les talentueux Herbin, Curkovic, Piazza, et autre Janvion - ne détaille comment il identifiait ses jeunes recrues : « il fallait qu'il possède déjà du talent. Ce qui importe en dehors de cet aspect, c'est qu'il soit intelligent, qu'il ait été élevé dans un environnement favorable au football où l'on exige effort et discipline. » (Libération, 1995).

Paganelli en symbole de la jeunesse verte

Autre illustration que dans le Forez la chance est donnée aux jeunes, l’AS Saint-Etienne est en bonne place parmi les records de précocité. D’abord avec celui de Laurent Paganelli réussi le 25 août 1978. Alors âgé de 15 ans, 10 mois et 5 jours, le jeune attaquant devenait le plus jeune joueur à fouler une pelouse du championnat de France, celle du Parc des Princes. Un stade où il avait déjà évolué en cadets, mais pas devant 48.000 spectateurs.

Dans ce choc, « Paga » est entré en cours de jeu à la place de Rocheteau, après avoir eu le trac à l’échauffement. Après le match, le jeune attaquant a dit avoir été surpris par le rythme et le marquage. Dans son édito de l’époque, France Football évoque un joueur bien connu, « nous l’avons tous vu avec la sélection Cadets du Sud-Est se jouer de ses adversaires à coups de dribbles au rasoir, d’astuces et de tirs décisifs ». Ses premières minutes contre le PSG de Larqué ne se passent d’ailleurs pas vraiment comme espéré. FF poursuit : Paganelli « vint s’asseoir sur le banc à la fin du match aux côté de Robert Herbin (coach de l’ASSE) pour lui dire – je ne suis pas content. – Ce à quoi Robby répondit – Ce n’est pas comme en cadets. Tu ne peux pas passer systématiquement balle au pied ». Un match de prestige par ailleurs disputé par un autre « Baby Vert », à peine plus expérimenté que Laurent Paganelli - Laurent Roussey. D’un an son aîné, ce dernier avait déjà trouvé la faille en championnat.

Puel, le profil parfait pour les jeunes

Un rectificatif historique qui ne retire en rien le fort lien de l’ASSE avec ses jeunes talents. Et donc cette saison encore avec Claude Puel, cette culture de la jeunesse perdure. « Il n’y a pas d’âge pour débuter. Ce qui importe, ce sont la qualité et l’état d’esprit que le joueur montre. » disait le coach des Verts il y a deux saisons, après avoir titularisé le trio Saliba-Fofana-Abi lors d'une la victoire à Bordeaux, après avoir déjà surpris son monde pour sa première en intégrant le dernier nommé à son onze de départ lors du 119e derby face à l’OL dans le Chaudron. Pour deux victoires 1-0. Homme du match de la finale de la Gambardella 2019, Charles Abi ne comptait qu’une heure de jeu en Ligue 1 Uber Eats avant que Puel ne le lance d’entrée face aux Lyonnais. « On savait que Claude Puel avait l'habitude de faire jouer les jeunes. Il n'a pas peur de lancer des joueurs moins expérimentés. Wesley (Fofana), Charles (Abi), Zaydou (Youssouf) ont été titularisés et il leur a apporté de la confiance en faisant appel à eux. Ça nous donne envie de nous battre pour lui », confirmait Arnaud Nordin. Chez les Verts, Claude Puel Puel se retrouve dans son élément, comme il l’a exprimé dans les colonnes du Monde : « découvrir, éduquer des talents, sortir des gamins en échec dans les centres de formation et les voir devenir internationaux, c'est une récompense extraordinaire. »