Interview

PSG : Dans les coulisses du métier d’analyste vidéo

Publié le 08/06/2022 à 19:14 - ADS

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Analyste vidéo au PSG depuis trois saisons, Antoine Guillotin dévoile les coulisses du métier au sein du club parisien. Observation des adversaires, échanges avec les entraîneurs… Entretien.

Antoine, comment êtes-vous devenu analyste vidéo ?
Depuis tout petit, je joue en club. Je suis notamment passé par le Racing Club de France, dans les Hauts-de-Seine, où j’ai côtoyé des entraîneurs qui m’ont fait réfléchir sur le foot, qui nous faisaient énormément travailler la tactique. Ça me plaisait beaucoup. Après le lycée, j’ai suivi une formation d’ingénieur, rien à voir avec le milieu du foot, mais ça restait ma passion. Je regardais toujours énormément de matchs en parallèle de mes études. Après avoir été diplômé comme ingénieur, j’ai voulu tenter ma chance et prendre le risque de faire de ma passion mon métier. Je me suis demandé quel métier du foot pouvait me correspondre le mieux et l’analyse vidéo m’a sauté aux yeux. J’ai alors fait une école qui délivre un diplôme d’analyste vidéo et l’été suivant, en 2019, j’ai eu l’opportunité d’entrer au PSG comme stagiaire. Aujourd’hui, je termine ma 3e saison au club.

Comment définiriez-vous votre rôle ?
L’analyste vidéo est devenu un analyste du jeu. Au-delà de l’outil vidéo, notre but est d’analyser le jeu, que ce soit le jeu de notre équipe ou le jeu des adversaires. On essaie d’aider au maximum le staff sur leurs demandes techniques et tactiques. L’outil vidéo est un moyen d’y parvenir. Pour entrer davantage dans le détail, quand je suis arrivé au PSG, je m’occupais principalement de l’analyse de l’adversaire, à travers différentes missions. J’ai fait de plus en plus de choses sur l’adversaire. Ça a commencé par le séquençage des matchs puis il y a eu le montage vidéo, la sélection des clips, les rapports… Aujourd’hui, je travaille sur les différents aspects de l’analyse vidéo : nos matchs, ceux des adversaires et, au quotidien, les entraînements.

« Quatre à cinq matchs par adversaire »

Comment se déroule l’observation d’un adversaire ?
On va regarder quatre à cinq matchs par adversaire en Ligue 1, généralement les plus récents, mais ça peut arriver de sélectionner d’autres matchs plus pertinents par rapport au contexte, au système utilisé, aux joueurs absents… Plein de critères entrent en compte. Pour nos adversaires en Ligue des champions, on peut facilement monter jusqu’à 10 matchs car on connaît moins les équipes. Le PSG dispute une cinquantaine de matchs par saison donc, avec mes collègues, on doit regarder autour de 300 matchs, rien que pour l’observation des adversaires. Il faut ensuite ajouter nos matchs à nous !

Quelle est la structure de l’équipe analyse vidéo du PSG ?
Nous sommes trois, plus un stagiaire. Vincent Brunet et moi travaillons sur la vidéo et Clément Gonin est plus orienté data. Notre stagiaire, Maxime, nous aide tous, selon les besoins de chacun. Sur la partie vidéo, on fait un adversaire chacun avec mon collègue Vincent. On a essayé différentes méthodes. Au départ, on s’occupait du même adversaire tous les deux, en se répartissant les tâches. Mais on a vite remarqué que c’était plus facile pour nous, notamment dans la relation avec le staff, de maîtriser totalement un adversaire.

Quelle est la nature des échanges au sujet de la data ?
La data et la vidéo fonctionnent en parallèle et se recoupent à la fin. Il y a une analyse à travers l’œil et l’image. La partie data va, elle, nous permettre de traiter des informations et des données depuis le début de la saison, plus dures ou plus longues à quantifier à l’œil. La data nous fait gagner du temps, ce qui est précieux quand on joue tous les trois jours. Ça nous oriente vers certains concepts ou indicateurs très durs à voir à l’œil nu.

De quels concepts parlez-vous ?
Par exemple, on va regarder si les équipes surperforment ou sous-performent par rapport au reste de la saison, si elles sont particulièrement en forme au moment où on les joue. On va regarder si les équipes ont tendance à jouer court ou long, si elles pressent… On peut voir ce genre de choses à l’œil nu sur quelques matchs mais on veut savoir si les équipes fonctionnent de la sorte tout le temps.

« A-t-on retrouvé ce qui a été travaillé à l’entraînement ? »

A quoi ressemble une semaine de travail type ?
Il y a une différence entre les semaines où l’on joue tous les trois jours et les semaines où l’on n’a qu’un match. Sur les semaines à deux matchs, on va travailler dès le lendemain de la rencontre sur notre match, regarder les séquences pour identifier les concepts que le coach a demandés, proposer des corrections… On va parler avec le staff pour voir ce que l’on va traiter grâce à la vidéo, pour que le staff puisse faire passer le message qu’il souhaite aux joueurs. L’analyste qui a travaillé sur notre match va gérer le post-match le lendemain. Pendant le match, on découpe déjà des séquences sur lesquelles on va travailler ensuite, en plus des séquences que nous fournissent le staff. A l’issue de chaque match, il y a un rapport vidéo et un rapport data bien sûr. Pendant ce temps-là, l’autre analyste vidéo étudie le dernier match du prochain adversaire. Il met à jour les rapports, ce qu’il est important de notifier par rapport à ce qui avait été vu sur les matchs d’avant. Et derrière, on enchaîne sur les autres matchs… Il y a aussi notre travail sur les entraînements puisque toutes les séances sont filmées.

Vous parliez des demandes du coach et de son staff… Avez-vous des exemples à nous donner ?
Je ne peux pas trop entrer dans le détail des concepts mais ça peut être les sorties de balle, notre pressing, nos pertes de balle… Tous les concepts que le coach veut mettre en place et que l’on s’approprie au fil de la saison. Est-ce qu’on a retrouvé en match ce qui a été travaillé à l’entraînement ou non ? A partir de toutes ces demandes, on sort une vidéo et un rapport data. Il y a une idée globale du staff par rapport au projet de jeu et par rapport à ce qu’on voit de la rencontre. Ensuite, chaque match a sa propre histoire. Si l’on perçoit quelque chose de nouveau ou qu’on retrouve des éléments que l’on a pu voir trois mois auparavant, il peut y avoir des demandes particulières pour recouper ces infos-là, creuser une idée et voir si on peut en ressortir quelque chose de pertinent.

Pouvez-vous nous parler des retours vidéo individuels ?
C’est le staff qui s’en occupe. Nous, nous interagissons avec le staff qui, dans un second temps, va faire des retours collectifs et individuels aux joueurs. Notre travail est de fournir aux coachs les éléments dont ils ont besoin pour leurs analyses, leur projet de jeu. Le choix des images qu’ils vont montrer aux joueurs leur appartient.

« On s’adapte en permanence »

Vous avez travaillé avec Thomas Tuchel et Mauricio Pochettino. En quoi avez-vous dû vous adapter ?
C’est vrai qu’analyste vidéo est un métier d’adaptation. Les staffs changent, les directions changent et on s’adapte en permanence. Les demandes ne vont pas être les mêmes. Certains entraîneurs demandent plus ou moins de choses sur leur équipe, sur l’adversaire… Il y a des coachs qui vont préférer les rapports écrits, d’autres des rapports vidéo avec des séquences animées… La nature des demandes varie au quotidien. Je ne suis peut-être pas le mieux placé pour répondre à cette question car, à l’époque où Thomas Tuchel était au club, j’étais stagiaire donc j’avais un point de vue un peu plus lointain. Et Thomas Tuchel avait aussi son propre analyste vidéo dans son staff.

Mauricio Pochettino et son staff sont-ils particulièrement friands du travail vidéo ?
Je crois, oui. On échange avec les analystes des autres clubs mais c’est difficile de comparer car le PSG joue souvent tous les trois jours. Le rythme est différent, ce qui fait que l’outil vidéo est très utilisé et très important à Paris pour faire passer des messages. Maintenant, est-ce que notre staff utilise davantage la vidéo que les autres staffs ? Je pense, même si c’est difficile à quantifier et que chaque staff a une utilisation de la vidéo qui lui est propre.

Cette saison, le PSG a parfois joué avec une défense à trois. Quel a été votre travail sur cet aspect du jeu ?
Il n’y a pas eu de demandes particulières, ça reste dans le cadre classique. Si on joue un match dans un système particulier, on va notamment axer le rapport post-match sur ce système-là. Le coach choisit son plan de jeu, sa façon de faire, et, nous, on est là pour lui fournir un maximum d’infos et d’outils pour qu’il puisse faire passer ses messages.

La section handball du PSG dispose également d’un analyste vidéo. Êtes-vous amené à échanger sur vos pratiques respectives ou même à travailler ensemble ?
On n’a pas encore eu l’occasion de le faire mais j’aimerais que ça puisse être le cas. On échange parfois avec les analystes d’autres sports, notamment des connaissances qui travaillent dans des clubs de rugby, en Top 14 et en Pro D2. C’est intéressant de discuter avec des analystes d’autres sports car, même si on parle beaucoup de jeu, il y a aussi la partie matériel, la captation vidéo, quels angles utiliser… Ces retours d’expériences ne peuvent être que bénéfiques car qui dit sports différents dit problématiques différentes, contextes différents... Ces échanges nous permettent de trouver de nouvelles solutions sur l’utilisation de notre matériel, que ce soit en live pendant les matchs ou pendant les entraînements.

(Photo : PSG)